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"Les Allemands attachent plus d'importance à l'expérience qu'aux diplômes" Sandra, éditrice, auteure et traductrice

"Parcours franco-allemands" est une rubrique pour découvrir les visages et les impressions des Français, francophones, Allemands et germanophones qui ont choisi de poser leurs valises en France ou en Allemagne, temporairement ou pour toujours ! C'est aussi l'occasion de découvrir des villes et leurs régions sous un œil différent. Cette semaine, c'est avec Sandra, qu'Olivier s'est entretenu.

Qui es-tu en une phrase ?

Éditrice, auteure, lectrice freelance passionnée de publications d'ouvrages didactiques franco-allemands.

1. Pourquoi l'Allemagne ?
2. Le parcours en tant que candidat en Allemagne
3. Le déroulement de la vie professionnelle en Allemagne
4. L'intégration en tant que Français en Allemagne
5. L'avenir : rester sur place ou retourner en France ?





1. Pourquoi l'Allemagne ?

Comment as-tu appris à parler allemand ?

J'ai choisi l'allemand comme première langue vivante étrangère grâce à un professeur de notre collège-lycée très engagé et persuasif qui tentait désespérément de remplir la seule classe d'allemand qui existait alors (contre 9 d'anglais).

Je n'ai jamais regretté cette décision. Au fil de ma scolarité, notre classe est restée soudée jusqu'au bac. Mon intérêt pour la langue de Goethe, de nombreux séjours chez des correspondantes allemandes, ainsi que des stages en entreprises allemandes co-financés par l'Office franco-allemand pour la Jeunesse (OFAJ) m'ont orientée vers un DESS de management franco-allemand.

Qu'est-ce qui t'a attiré en Allemagne ?

J'ai réalisé un stage de 9 mois en entreprise dans le cadre de mon DESS de management franco-allemand. C'est à cette période que j'ai rencontré mon futur mari. À la fin de mes études, je me suis donc installée définitivement en Allemagne où j'ai trouvé mon premier emploi via une entreprise de Zeitarbeit für Akademiker.

Quels conseils donnerais-tu à un(e) Français(e) pour prendre la bonne décision avant de partir ?

Il est important de bien s'informer sur les différences culturelles franco-allemandes en entreprise, sur le système de rémunération (retenue à la source qui existe depuis en France aussi), sur la fiscalité et les déclarations à faire ou pas (impôt sur le culte religieux entre autres).

Rechercher d'autres Français ou établir un contact avec des associations françaises ou des organismes franco-allemands sur place peuvent être une bonne solution pour glaner des informations et des tuyaux d'expatriés. Le site du Consulat est aussi une bonne source d'informations.





2. Le parcours en tant que candidat en Allemagne

Comment as-tu trouvé un stage / emploi en Allemagne ?

Pendant mes études, j'ai trouvé mes stages en envoyant de France des candidatures spontanées dans des entreprises françaises ayant des filiales en Allemagne ou inversement, à des sociétés allemandes implantées sur le marché français. J'ai toujours veillé à obtenir un soutien financier de l'OFAJ, ce qui supposait la simple rédaction d'un rapport en fin de stage.

J'ai obtenu mon tout premier emploi via une entreprise de Zeitarbeit für Akademiker dans une grande entreprise internationale : au bout de 3 mois, ce job a débouché sur un CDI. Je suis arrivée en 1998 en Allemagne... C'était le début d'Internet et des réseaux sociaux.

Plus tard, j'ai soit fait appel à un headhunter, soit cherché dans la presse (Die Welt, Die Zeit, Süddeutsche Zeitung) ou sur les réseaux sociaux.

Quels conseils donnerais-tu à un(e) candidat(e) cherchant un stage ou un emploi depuis la France ?

J'utiliserais l'Espace recrutement de l'OFAJ, Connexion-Emploi, la Chambre Franco-Allemande de Commerce et d'Industrie, Indeed, StepStone, Monster.

As-tu remarqué des particularités pour réaliser un CV en allemand ?

Un CV allemand doit être accompagné de Zeugnisse (on doit apporter la preuve de ses stages, formations, compétences ou expériences). Contrairement au CV français, il peut faire plus d'une page, mais il doit rester structuré et concis et surtout lisible et original.

Pour réaliser un CV et une lettre de motivation, je m'informe avant tout sur l'activité de l'entreprise, ses produits, sa stratégie, sur le poste à pourvoir et j'adapte toujours mon CV et ma lettre de motivation en fonction, en mettant en avant telle ou telle compétence. En bref, je n'ai pas un CV type.

As-tu remarqué des différences dans le processus de recrutement ?

Je n'ai eu que des entretiens d'embauche en Allemagne et je ne peux donc pas vraiment comparer avec la France.

Avant, ils étaient en présentiel, depuis Corona, tout se passe en visio. Généralement, les entretiens se sont toujours déroulés face à un petit comité de 2 à 3 personnes, dans une ambiance détendue, très cordiale et très respectueuse que ce soit pour le compte de grandes entreprises ou de PME familiales.

Je me souviens de mon tout premier entretien en Allemagne : on m'a demandé si je souhaitais boire un café, de l'eau ou un jus d'orange.

As-tu remarqué des particularités dans le contrat de travail en Allemagne ?

J'ai toujours eu des contrats de CDI avec une période d'essai de 6 mois. On ne m'a jamais proposé de CDD. Depuis 13 ans, je suis à mon compte et les choses ont certainement changé.

Le salaire brut semblait toujours plus élevé qu'en France, mais il était difficile à évaluer au final avec les retenues à la source. Si je ne me trompe pas, pour un même salaire brut, le salaire net en Allemagne est environ 10 % plus faible qu'en France, donc il faut veiller à négocier son salaire brut environ 20 % supérieur à celui en France pour atteindre un même niveau de salaire net.





3. Le déroulement de la vie professionnelle en Allemagne

Dans quels secteurs possèdes-tu de l'expérience ?

Finance et contrôle de gestion (les 10 premières années). Puis je me suis mise à mon compte peu à peu, il y a 13 ans environ, pour travailler dans le domaine de l'enseignement du français et de l'édition (au début en tant qu'indépendante à temps partiel, puis à temps plein).

Quel est ton métier actuel et quelles sont les compétences clefs pour exercer ton métier en Allemagne ?

Je suis éditrice, auteure, relectrice et traductrice en freelance, pour le compte de maisons d'édition et d'entreprises issues de divers secteurs d'activité.
Je gère des projets éditoriaux (photographiques, didactiques, d'apprentissage de la langue française pour des apprenants allemands du secondaire). Je coordonne et j'accompagne ces projets de leur conception jusqu'à leur impression ou à leur parution en ligne.

Ce travail nécessite un grand sens organisationnel, une extrême vigilance (linguistique, artistique, didactique), le respect d'impératifs budgétaires et calendaires, une bonne adéquation avec les attentes du public-cible et les programmes des ministères de l'éducation, une excellente communication avec les acteurs impliqués dans les projets (self-publishers, auteurs, illustrateurs, graphistes, studio d'enregistrement, service juridique en charge de la cession des droits d'auteur...).

Est-il nécessaire de posséder une formation particulière en Allemagne ou est-ce que tes diplômes français ont suffi ?

Mes diplômes français m'ont aidé en terme de méthodologie, d'organisation. Ils sont la base même de ma culture générale. J'ai complété ces diplômes par diverses formations continues en Allemagne. Je pense qu'on doit toujours se former tout au long de sa vie.

Il me semble que les Allemands attachent plus d'importance à l'expérience qu'aux diplômes. Je ne pense pas que mon premier employeur allemand, qui était un très grand groupe international, savait ce qu'un diplôme de Sciences Po signifie.

Peux-tu nous décrire une journée type au travail ?

Je travaille de chez moi, souvent plus de 8 à 9 heures par jour et trop souvent les week-ends... L'activité en freelance est passionnante, mais loin d'être de tout repos, même si elle permet d'avoir une plus grande flexibilité géographique et dans son emploi du temps.

La veille au soir, je contrôle mon agenda pour le lendemain. Le matin, je lis ma boîte mail et y réponds. Je me fixe deux ou trois impératifs par jour pour avancer dans mes divers projets. Je répartis mon temps en fonction des projets en cours et des impératifs de livraison.

Je m'accorde une pause café en milieu de matinée et d'après-midi et bien entendu une petite pause déjeuner. J'ai de nombreuses réunions en visio que je prépare. Le soir je m'informe de l'actualité.

Qu'est-ce qui est passionnant dans ton job et quels sont les défis que tu rencontres ?

J'aime changer de thèmes, de projets régulièrement, avoir de nouveaux impératifs à respecter, j'adore l'aspect créatif de mon activité, la recherche de la perfection dans les manuscrits ou les projets. Mes défis sont toujours liés au temps : mes journées sont toujours trop courtes. J'aimerais avoir plus de temps pour suivre de nouvelles formations en continue.

As-tu évolué par rapport à ton métier d'origine ?

Oui forcément, au gré des expériences, des projets, des formations continues, mais surtout en raison de mon activité en freelance qui suppose de gérer bien des aspects (facturation, problèmes techniques, marketing, assurances etc.).

L'accent français aide-t-il à briser la glace ?

Au début peut-être ? :-) Il est apprécié en Bavière en tout cas.

Quels conseils donnerais-tu aux candidat(e)s qui nous lisent pour réussir dans leur prise de poste et leur job en Allemagne ?

Les Allemands n'aiment pas les ronchons. Je trouve avec le recul, et 24 années passées en Allemagne, que les Français se plaignent trop, et ce sur bien trop de sujets (semaine de 35 heures, RTT, départ en retraite, soutien insuffisant de l'Etat, remboursement des soins médicaux, etc.).

Ici, les 40 heures sont la règle, les heures sup' monnaie courante, la retraite à 67 ans est logique... On parle même d'une retraite à 69 ans : je n'entends personne se plaindre de devoir travailler trop. Les soins et médicaments sont très peu remboursés. Les Allemands sont très concentrés sur leurs tâches et sont très productifs.

Au travail, le bon ton et la cordialité sont toujours de mise. On laisse parler son interlocuteur et on l'écoute : on ne coupe pas la parole. Je n'ai jamais vu un manager ou un collègue s'emporter ou élever la voix. On cherche toujours un compromis et une solution en regardant de l'avant. Une fois le boulot fini, on passe à autre chose.

C'est une chose interculturelle importante : les Allemands ne parlent pas de leurs postes ou de leurs responsabilités professionnelles dans le privé. En France, on aime demander à une soirée : tu fais quoi dans la vie, tu as quelles études ? Quelles sont tes responsabilités ? C'est très rare ici. Les gens se côtoient dans le privé sans souvent connaître le métier des uns et des autres.

On peut se faire des amis au boulot, mais on ne mélange pas les deux registres dans les discussions.

Possèdes-tu un parcours entrepreneurial en Allemagne ? Si oui, comment as-tu créé ton entreprise ? Qu'est-ce qui t'a poussé à créer ta propre boîte ? Quelles difficultés as-tu rencontrées et surmontées ?

Oui, je me suis mise à mon compte à temps partiel d'abord après avoir eu mon premier enfant, puis à temps plein.

J'ai pris cette décision assez radicale, car je ne pouvais plus travailler à plein temps dans mon domaine de prédilection alors, le contrôle de gestion. La garde de mes enfants, compte tenu du manque de crèche et de garderie, était un vrai casse-tête... cela a changé depuis.

J'ai profité d'un soutien financier du Deutsches Arbeitsamt (aujourd'hui Bundesagentur für Arbeit pendant un an pour me lancer dans mon activité d'autoentrepreneuse. J'ai dû déposer un Business Plan. La Chambre de l'Industrie et de Commerce m'a aidé. Je n'ai rencontré aucune difficulté majeure.

Complète cette phrase : le plus dur en Allemagne c'est ...

... la mauvaise qualité des services, le manque de convivialité dans la restauration, les magasins, les fêtes où on ne danse pas... le Deutscher Schlager. :-)

Complète cette phrase : le plus génial en Allemagne c'est ...

... de commencer très tôt à travailler le matin, les pauses très courtes le midi pour finir parfois plus tôt le vendredi, le rapport très prononcé des Allemands pour la nature et les activités sportives.





4. L'intégration en tant que Français en Allemagne

L'importance de la langue pour vivre en Allemagne : la maîtrise de la langue allemande est-elle importante pour s'intégrer ? Quels conseils donnerais-tu pour apprendre l'allemand ou rafraîchir la langue ?

Oui, c'est sûrement important, mais je pense qu'on peut se débrouiller avec l'anglais au début. Les Allemands sont souvent très bons en anglais.

Pour parfaire son niveau en allemand, rien de tel que les cours en Volkshochschule ou en écoles de langues, les tandems, les associations sportives, écouter la radio, regarder ARTE, les magazines comme Deutsch Perfekt. Et oser parler !

Quelles sont les particularités en Allemagne ? En particulier dans la ville où tu vis ?

Le prix de l'immobilier n'a cessé de grimper depuis 25 ans en ville comme à la campagne... mais c'est un problème récurrent en Europe : pour des jeunes, je pense que les Wohngemeinschaften sont incontournables afin de réduire leurs frais locatifs.

Une particularité administrative allemande : le Anmeldeformular à remplir quand on arrive dans une nouvelle ville. On signale aux autorités qu'on est un nouvel habitant de la commune. C'est une obligation.

La vie au quotidien : on se lève bien plus tôt (mes fils commencent par exemple leurs cours à 7 h) et on mange plus tôt (la pause du midi est souvent très courte, environ de 30 minutes). Et les Allemands ne mangent "chaud" qu'une seule fois dans la journée. Je ne m'y suis jamais faite.

Quels conseils donnerais-tu à un Français souhaitant vivre en Allemagne pour s'intégrer au mieux dans la ville dans laquelle tu résides ?

S'inscrire dans des associations sportives ou culturelles, trouver des cours à la VHS du coin quel que soit le thème, aller vers les autres et parler. Les Allemands sont très accueillants avec leurs voisins directs, les Français.





5. L'avenir : rester sur place ou retourner en France ?

Es-tu restée malgré tout "française” dans l'âme ?

Oui, bien entendu. Je suis et je reste Française. Je lis en français et en allemand. J'ai beaucoup d'amies françaises autour de moi, et j'éduque mes fils en français. Je cuisine des plats français. Chez nous, les traditions françaises et allemandes (la galette des rois, la chandeleur, le muguet du 1er mai, la Saint-Martin, Adventskalender, Plätzchen, etc.) se côtoient.

Rencontres-tu un peu de nostalgie du pays et comment fais-tu pour la compenser ?

Oui, régulièrement. La nostalgie de ma Bretagne.

Je suis l'actualité culturelle, musicale, cinématographique et politique française. Je regarde beaucoup ARTE, TV5 Monde, appelle ma famille, mes amies et je me rends souvent en France.

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