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Thibault : portrait d'un ingénieur en Allemagne passionné de jeux de rôles et engagé socialement

Thibault : portrait d

Bonjour et bienvenue sur le podcast de Connexion-Emploi, afin de vous faire découvrir le parcours de Français et d'Allemands qui ont décidé de travailler Outre-Rhin. Nous recevons aujourd'hui Thibault qui est venu travailler depuis plus de sept ans en Allemagne et qui habite dans les environs de Düsseldorf.



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Retranscription du podcast

Jérôme Lecot : Thibault, quel est ton parcours, de quelle région viens-tu en France ?

Thibault : Bonjour Jérôme. Je viens de la Champagne-Ardenne mais entre-temps, j'ai aussi habité et travaillé dans le Nord et en Normandie.

JL : Et qu'est-ce qui t'a motivé de partir en Allemagne ?

Thibault : Au moment où j’ai cherché en Allemagne, je me suis trouvé quelques mois sans emploi pour cause de fermeture économique de ma boite, et donc j’ai inscrit ma candidature spontanée sur certains sites de grosses entreprises de chimie, et j'avais déjà eu l’expérience d’avoir fait un stage en Allemagne qui m’avait beaucoup plu.

JL : Quelle était ta formation en France ?

Thibault : J'ai un diplôme d'ingénieur chimiste et un master de recherche en chimie… voilà.

JL : Et tu avais visé des sociétés connues, des grands groupes connus en Allemagne ?

Thibault : J'ai commencé par viser les grands groupes parce qu’ils étaient connus, donc ils ont aussi une grosse structure déjà en place ou on peut entrer son CV complètement en ligne avec toutes les recherches qui sont donc simplifiées et par les recherches par mots-clés en interne derrière.

JL : Donc tu avais fait attention à ta candidature justement d'être très descriptif dans le secteur, dans les descriptifs techniques de ce que tu savais faire de façon à ce que les recruteurs derrière puissent trouver facilement ton CV ?

Thibault : Oui c'est déjà le cas quand on doit écrire un CV ou une lettre de motivation ou avoir le bon mot avec les outils informatiques actuels. C'est très importants et d'autant plus dans des bases de données dans lesquels on rentre dans ce cas-là.

JL : A l'époque tu avais envoyé ton CV sur le site de l'entreprise en allemand ou en anglais ? Tu t'en rappelles ?

Thibault : J’avais envoyé en anglais parce que j’étais plus sûr de mon anglais à l'époque et ça permettait aussi d'avoir une globalité dans ma candidature. Je n'aurais pas été capable de faire une lettre de motivation en allemand qui aura été aussi bonne que celle en anglais ou en français à l'époque.

JL : Et finalement ça n'a pas été un obstacle et l'entreprise a appelé quasiment immédiatement où ça a été assez rapide la prise de contact ?

Thibault : L’entreprise m'a appelé très rapidement. L’entreprise m'a appelé en français car la responsable, celle qui est devenue ma responsable, était française.

JL : C’est pratique !

Thibault : C'était très pratique. La suite s'est passé en allemand et en anglais. J'ai offert l'allemand de base pour montrer que j'étais motivé à utiliser l'allemand et l'apprendre. Mais à partir du moment où j'ai tapé la limite de ce que j'étais capable, on est passé sur l'anglais.

JL : D'accord toute la procédure de recrutement s’est faite donc par un entretien téléphonique pour commencer ?

Thibault : Ça a commencé par un entretien téléphonique qui a duré au moins une demi-heure.

JL : D'accord.

Thibault : En français. Après j'ai été une première fois convoqué à Düsseldorf. Donc, j'y suis allé en train, j'ai passé plusieurs heures et je suis retourné une deuxième fois après que ça a été validé pour rencontrer des dirigeants de rang supérieur. Et après j'ai dû faire un Assessment Center à Francfort avant de valider complètement la chose.

JL : D'accord. L’Assessment Center c'était quel type de test que tu as réalisé ?

Thibault : Il y avait des tests écrits, un gros test de personnalité, et à côté de ça, beaucoup de jeux de rôles, mise en situation : Vous êtes responsable du secteur xy, une des personnes s’est mise à l'écart, vous avez rendez-vous avec elle, qu'est-ce que vous faites ?

JL : Donc, il y a vraiment des mises en situation pratiques, la question posée c'était très pratique pour vraiment voir si tu étais bien compétent pour le job proposé.

Thibault : Oui, c'était vraiment axé sur la personne. Ce n'était pas sur le côté technique. Il n'y avait rien à ce niveau-là, parce que les Assessment Centers ne sont pas capables de gérer le côté technique chimie, mais ça avait été déjà contrôlé par les personnes que j'avais rencontrées avant. Le côté humain a été beaucoup plus testé en détail.

JL : Finalement, tu as eu une procédure de recrutement très simplifiée parce que c'est à travers la candidature spontanée que tu as décroché ton premier job en Allemagne.

Thibault : J'ai eu un procédé simplifié et très rapide. Entre le moment où j'ai déposé ma candidature et le moment où j'ai commencé à travailler, il s'est passé un mois.

JL : Et donc aussi pour t'organiser pour partir de la France et trouver un logement localement, comment ça s'est passé ?

Thibault : Là j'ai été aidé par l'entreprise.

JL : Ah d’accord, super !

Thibault : Parce que je leur ai dit moi-même. Quand ils m'ont demandé à partir de quand je pourrai commencer, je leur ai répondu, je pourrais demain, mais je n’ai pas de logement et ils m’ont dit "on peut vous en fournir un pour un mois". Ils ont des logements meublés à côté de l'entreprise.

JL : Oui.

Thibault : Qui normalement coûtent vraiment cher et sont réservés aux personnels encadrants qui sont là, par exemple un mois en provenance des Etats-Unis, plutôt que de les mettre à l'hôtel, on les met là. Donc, j'ai eu un mois de temps dans un logement pareil pour avoir le temps de me retourner et de trouver un logement en Allemagne.

JL : Ça pourrait vraiment être le conseil pour les candidats français : postuler plutôt dans des groupes, parce qu'ils ont des procédures d'intégration pour aider les gens à s’intégrer sur place plus facilement que peut-être dans les PME.

Thibault : Je pense que oui. Après il faut demander. Parce que c'est possible que les PME aient des possibilités aussi. Si les PME recherchent quelqu'un de français, ils ont aussi de bonnes raisons pour le faire. Il y a aussi des PME qui ont des partenariats avec la France et dans ce cas, elles seraient très motivées pour recruter un Français.

JL : Au niveau du contrat qui t’a été proposé, c’était du droit local (droit du travail allemand) ? Est-ce que tu as été bien accompagné par l'entreprise ? Tu avais des questions peut-être aussi au niveau du salaire ? C'était facile pour toi de comprendre pour comparer par rapport au niveau de salaire français ?

Thibault : Pour comparer au niveau du salaire français, je suis parti sur la base que même si les impôts sont prélevés à la source ici, c'est que la grosse différence au final, on a à peu près la même chose qui reste. La différence de prélèvement n’est pas monstrueuse.

JL : D’accord. C’était facile à calculer.

Thibault : C’était facile à calculer. Comme je suis quelqu'un qui n’a jamais eu de problèmes avec mes impôts entre guillemets, j'ai toujours prévu de payer mes impôts plus tard.

JL : D'accord.

Thibault : Donc, je n’ai jamais eu de mauvaise surprise. Là, ça ne m’a pas fait de différence parce qu’entre ne pas avoir les sous ou les mettre sur le compte à côté pour plus tard...

JL : Le fait d'être prélevé chaque mois à la source, ça ne t’a pas traumatisé ?

Thibault : Non, en fait je trouve ça super bien. Je trouve ça super pratique parce que ça veut dire que tout ce qui est là je peux l'utiliser.

JL : D'accord. Donc t’as adopté le point de vue allemand entre guillemets.

Thibault : Ah tout à fait !

JL : Au niveau de la découverte de l'administration allemande, pour ce qui est l'inscription (Anmeldung bei der Behörde), là aussi ça a été facile de réaliser toutes les formalités administratives pour rapidement s'installer ?

Thibault : Oui. J'ai trouvé que c'était beaucoup plus facile qu'en France de faire des démarches administratives en Allemagne. Que ce soit pour s'inscrire ici à la ville, les personnes étaient très sympathiques, très compétentes et ça a été très rapide.

En plus, à Düsseldorf, en tant que nouvel arrivant dans la ville, chacun reçoit un carnet avec beaucoup de bons de réduction pour des magasins, des théâtres et je ne sais plus quoi exactement. Il y en a pour plusieurs centaines d'Euros. Je n’ai pas tout utilisé, mais ça permet aussi d'avoir une grosse idée de tout ce qui peut se passer en ville et d'avoir vraiment envie de bouger et profiter de la ville.

JL : Au niveau de ton arrivée, aussi concernant ta voiture, tu étais bien préparé ? Tu savais par exemple qu’il faut changer les plaques au bout de trois mois ? Ou alors tu as fait les formalités nécessaires pour que la voiture soit aux normes ?

Thibault : Je ne savais pas. Je me suis renseigné quand j'étais sur place étant donné qu'il a fallu tout faire rapidement. C’est vrai qu’en France, à ce moment-là, j'étais officiellement chez mes parents. Pour l'administration, c'était plus pratique quand on déménage tous les deux jours, et j'aurais pu la laisser un certain temps là-bas, mais j'ai fait ça de façon officielle et rapidement au niveau de l'administration. Pour l'inscription, j'ai trouvé que c'était beaucoup plus pratique qu'en France, qu'il y a beaucoup moins à faire la queue et que les personnes ont été beaucoup plus aidantes.

JL : Et comment tu as fait pour t'intégrer un petit peu sur place, pour faire connaissance de nouvelles personnes ? Est-ce que c'est par ton entreprise ou à l’extérieur de l'entreprise que tu as réussi à faire des connaissances ?

Thibault : J'ai regardé un peu tout, mais je n’ai pas cherché des Français en particulier. J’ai cherché à rencontrer des gens qui avaient des passions correspondantes aux miennes. A l'intérieur de l'entreprise, il y avait un groupe network community.

JL : Des expatriés ?

Thibault : Ce ne sont pas des expatriés. C'est pour que les gens qui sont nouveaux dans l'entreprise fassent du networking et se rencontrent au début. Là, c'est vrai que je suis allé boire un verre au début, mais je ne suis pas retourné par la suite parce que ça ne collait pas au niveau timing forcément.

Après, j'ai fait comme en France. Quand j'ai déménagé, je me suis inscrit dans une association de jeu de rôle, parce que c’est quelque chose qui me plaît beaucoup. Par la suite, j'ai changé d'association pour une association de jeu de rôle grandeur nature, ce qui m'a permis aussi de renouer avec un peu de sport, donc il y avait entraînements tous les mercredis. Ça faisait deux heures de sport intensif tous les mercredis plus certains week-ends à aller en extérieur camper et manger au feu de bois.

JL : C'était quoi ton rôle préféré ?

Thibault : Moi, j'avais un personnage de prêtre. Je m’occupais de soigner les gens qui s'étaient retrouvés blessés pendant des batailles. Mais un prêtre médiéval
fantastique, donc rien de chrétien.

JL : D’accord. Là, tu as pu faire aussi connaissance de pas mal de personnes dans ton environnement ?

Thibault : Oui, j'ai rencontré pas mal de personnes... Tous des Allemands, ce qui a
donné certaines situations plutôt cocasses. Pendant un week-end, on a joué pendant toute la journée une grande partie de la nuit le samedi, et au milieu de la nuit, je me lève pour aller aux toilettes, je ressors je croise quelqu'un qui me dit quelque chose que je ne comprenais pas et j'ai fini par lui demander... La réponse était : "Mais tu es vraiment français ? L'accent; ce n’était pas un jeu de rôle ?!"

JL : Tu es donc depuis sept ans dans la région de Düsseldorf. Est-ce que tu as découvert des choses qui t’ont en particulier plu dans la région ? Tu as, bien sûr, j'imagine, découvert le carnaval... Est-ce que c'est ton truc ?

Thibault : Le carnaval n'est à la base pas mon truc, parce qu'il y a beaucoup trop de gens que je ne connais pas. Je suis quelqu'un de plutôt timide et qui est plus à l'aise avec des gens qu'il connaît. Par contre, par la suite en reconnaissant des gens et avec ma femme que j'ai rencontré ici et qui est allemande, j'ai découvert le carnaval à Brühl, dans la région de Cologne. Ça m'a vraiment beaucoup plu.

JL : J'imagine qu'il a fallu que tu t’adaptes un petit peu linguistiquement aussi. Tu as appris un petit peu du Kölsch, du dialecte local ?

Thibault : Oui, j'ai appris. J’ai eu une méthode de Kölsch que je me suis souhaité comme cadeau et pour également être capable de comprendre tout ce que raconte ma belle-mère, sans avoir besoin de lui demander de répéter à chaque fois.

JL : Est-ce que tu as fini par perdre ton français à force d'apprendre le Kölsch ?

Thibault : A force d’apprendre le Kölsch peut-être pas... il y a aussi des mots français dans le Kölsch, ce que les gens ne savent pas forcément. Mais à Cologne, si tu dis "trottoirs" ou "parapluie", les gens sauront ce que c’est. Et par contre, à force d'utiliser uniquement l'allemand, souvent en français je cherche mes mots.

JL : Est-ce qu’au niveau gastronomique, il y a des choses qui te manquent et que tu vas chercher régulièrement quand tu vas en France ?

Thibault : Pas beaucoup. Effectivement j’achète certains produits, certaines boîtes de ratatouille d'une marque avec un petit lapin, qui nous plaisent beaucoup et qui ne sont pas trouvables ici. J’achète du sirop de menthe.

JL : Teisseire ? C’est Teisseire que tu achètes ?

Thibault : J'achète ce qu'il y a. Ça peut être Teisseire, ça peut être du Casino parce qu’ici, à part éventuellement trouver les marques de sirop Monin à 8 Euros la petite bouteille, je trouve ça un peu exagéré. Et ici, si tu trouves un sirop vert, il faut faire attention : c'est du Waldmeister.

Je ne le traduirai pas parce que de toute façon personne ne connaît cette plante en France. C'est de l’Aspérule... d'ailleurs j'avais cherché à l'époque pour savoir ce que c'était. Sinon il ne me manque pas grand-chose ici, effectivement.

JL : D'accord. Donc ton intégration s'est bien déroulée en particulier grâce à
l'apprentissage du Kölsch visiblement ?

Thibault : Oui, ça permet aussi un sujet de conversation. C'est vrai que les gens de la région, même de nos âges, il y en a certains qui parlent un peu le Kölsch, et le fait de pouvoir sortir une ou deux phrases fait toujours plaisir.

JL : Est-ce qu'il y a d'autres activités associatives qui t’ont permis de découvrir un petit peu l'Allemagne ?

Thibault : Oui. Avec ma femme, on a monté un groupe d’aide aux sans-abris et aux personnes dans le besoin à Cologne. On l'a appelé "Ori Bollerwagen".

JL : Warum, warum ?

Thibault : Warum, warum… Ori, c’est notre chien. C'est un pékinois qu'on a pris dans un refuge il y a deux ans. Et Bollerwagen, c'est le nom d'un petit chariot qu'on peut traîner derrière nous. Quand on a commencé, on est allés dans les rues de la ville avec nos petits chariots pour distribuer aux personnes dans le besoin, à manger, des sous-vêtements, des produits d'hygiène, ces choses-là. Comme c'était l'hiver, aussi des sacs de couchage...

JL : D'accord. Et de quelle façon est-ce qu'on peut vous aider matériellement ou alors éventuellement sur place ? Est-ce que vous avez une adresse ou un site internet que vous avez créé ?

Thibault : Alors, on a une page Facebook qui s'appelle Ori Bollerwagen on a un site internet qui s'appelle www.ori-bollerwagen.de.

JL : On mettra un lien dans le podcast pour que les gens qui sont sur place et qui souhaiteraient vous aider, puissent aussi le réaliser. Est-ce que vous avez aussi une liste ?

Thibault : Oui, on a une liste. Je ne vais pas faire de liste par audio parce que c'est quelque chose qui évolue aussi, qu’on met à jour régulièrement. Par contre, on a une liste sur le site internet et sur la page Facebook et une liste de souhaits Amazon, où on peut commander directement les choses et qui arrivent directement chez nous, ce qui est le plus pratique pour la plupart des gens. Comme ça, on a des gens qui nous envoient des choses de n'importe où en Allemagne. On a même des dons qu'on a eu à partir de France ou de la Suisse.

JL : Ah d’accord. Ce n’est pas seulement de bouche à oreille mais ça, c’est vraiment…

Thibault : De bouche à l’oreille... par Facebook justement on est arrivés un peu partout.

JL : Très belle initiative. D’accord on mettra le lien sur le podcast et puis j'espère qu'il y aura des personnes qui se manifesteront par ce biais-là. Je te remercie Thibault. Et donc bonne continuation avec cette belle initiative !

Thibault : Merci à toi et bonne continuation.