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Odile : portrait d'une Française travaillant dans une association culturelle à Wuppertal

Odile : portrait d

Bonjour à toutes et à tous et bienvenue sur le Podcast de Connexion-Emploi, l'émission qui part à la découverte de celles et ceux qui ont traversé le Rhin pour leur travail. Aujourd'hui, nous allons partir à la rencontre d’Odile. Depuis 2010, Odile vit dans la région de Wuppertal.



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Retranscription du podcast

Côme : Bonjour à toutes et à tous et bienvenue sur le Podcast de Connexion-Emploi, l'émission qui part à la découverte de celles et ceux qui ont traversé le Rhin pour leur travail. Aujourd'hui, nous allons partir à la rencontre d’Odile. Depuis 2010, Odile vit dans la région de Wuppertal.

Lorsque nous l'avons rencontrée, nous lui avons demandée pourquoi elle était venue dans cette région, les bienfaits et les difficultés qu'elle a vécu lors de son départ à l'étranger, ainsi que ses conseils pour celles et ceux qui hésitent à venir en Allemagne. Elle nous raconte ainsi son quotidien à Wuppertal, son travail, sa découverte de la ville, mais surtout son attachement viscéral pour son pays et sa langue d'adoption.

Odile : Bonjour, je m'appelle Odile et j’habite à Wuppertal : c'est en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, pas loin de Cologne et de Düsseldorf. Et j'y habite et travaille depuis 2010. Je travaille dans une structure associative, qui est active dans l'éducation artistique et culturelle pour les enfants et les jeunes.

C’est un peu semblable à l'éducation populaire en France. Ce sont des offres d’éducation non-formelles, c'est à dire ça n'a rien à voir avec l'école... Il y a des coopérations avec les écoles aussi, mais à la base ce sont des structures qui travaillent en dehors de l'école et qui proposent des ateliers, des cours, des projets autour des pratiques artistiques, créatives et culturelles.

Je suis chargée des projets d’échanges de jeunes franco-allemands. C’est-à-dire tout ce qui consiste en des rencontres de jeunes, donc rencontres extra-scolaires ou encore une fois, de jeunes enfants et adolescents autour des pratiques artistiques, culturelles et créatives entre la France et l'Allemagne.

Alors en 2010, je faisais en été un stage à Berlin. Ce n'était pas pour durer très longtemps, c'était juste pour quelques mois. On m'a transmis une offre d'emploi pour un travail sur un an en Allemagne, aussi à Remscheid, donc à côté de Wuppertal. J’ai postulé. J'étais déjà en Allemagne même. C'était pour un temps court et on m'a prise... J'ai pu enchaîner ensuite après l'été en septembre et c'est pour ça que je suis restée en Allemagne.

L'attirance pour l'Allemagne date depuis longtemps déjà. Je crois que ça a commencé par des séjours en famille d'accueil en Allemagne pendant l'été, pendant une semaine, deux semaines, un mois. J’ai toujours aimé l'allemand, voilà c'est comme ça. J’étais bonne en allemand ça m'a plu. J’ai eu de bonnes expériences, et j'ai fait ensuite une année Erasmus en Allemagne, à Berlin. C’était ma cinquième année et ça m'a beaucoup plu parce que là, pour le coup, je y vivais plus longtemps. Je suis restée un an. Et après cette année, j'ai décidé de continuer mes études ou de reprendre des études dans un domaine différent.

Donc, je suis rentrée en France, et dans ce cadre-là, c'était une formation professionnelle. Il y avait des stages à faire sur l'année, dont un stage final aussi qui pouvait durer plusieurs mois. Je me suis arrangée pour le trouver en Allemagne, car j'avais envie d'y retourner... de préférence à Berlin puisque ça m'avait beaucoup plu. J'ai eu la chance de pouvoir faire mon dernier stage de l'année en Allemagne ! C'est pour ça que j'étais en été 2010 sur Berlin.

Alors là, en l'occurrence, c'était des candidatures spontanées. Je me souviens de la deuxième formation que j’avais faite : c'était dans le domaine de l'organisation de projets culturels, tout ce qui était autour des métiers des arts et de la culture et du patrimoine médiation culturelle. Ce n’était pas spécialement orienté sur l’étranger, mais c'était mon envie... J'avais donc envie de trouver un stage. C’était permis de faire un stage à l'étranger, mais les étudiants et étudiantes devaient chercher par eux-mêmes leurs stages.

Et donc voilà : j'ai envoyé des candidatures spontanées à des structures qui travaillent dans le domaine artistique, culturel et créatif en Allemagne. Il y avait la Haus der Kulturen der Welt (la maison des cultures du monde) et la Philharmonie. C'était un peu au petit bonheur, la chance, en expliquant pourquoi je cherchais un stage, ce que je faisais et ce qui m'intéressait. Et c'est la philharmonie qui m'a retenue. J'ai donc fait ce stage là-bas.

Je me suis quand même prise en avance. J'ai envoyé quand même pas mal de candidatures spontanées. Peut-être le fait d'avoir un vécu à Berlin avant, m’a aidé. Le fait de parler un petit peu allemand, d'être déjà dans ce domaine-là, le domaine de la pédagogie artistique et culturelle... Mais en tout cas, j'avais aussi de la chance, ça s'est bien passé.

À Wuppertal, c'était intéressant parce que j'avais fait des connaissances à Berlin pendant l'année Erasmus, et puis après, pendant mon stage d’ailleurs, mes amis ou mes connaissances allemandes ou berlinoises plutôt, m’ont dit : « Ah, tu vas à Wuppertal avec cet accent ! », ils se sont un peu moqués gentiment. Évidemment, comme je ne connaissais ni la région ni la ville, je me suis dite "Pourquoi, qu'est-ce qui est si grave ?" En fait, je me pose toujours la question. Je comprends aujourd'hui le pourquoi... parce que c'est différent de la capitale !

Évidemment, c'est une ville où il faut peut-être oser un peu plus, connaître les gens qui connaissent les endroits, oser rentrer dans une rue qui semble déserte... et puis après, au fond, il y a un petit café et puis "Wow, c'est très sympa !" Ou alors il y a un restaurant un peu caché, mais là il y a de l'ambiance ! Cela dépend des quartiers aussi.

Je pense que Wuppertal n’a pas forcément mérité sa réputation en dehors, parce qu'il y a vraiment des quartiers très sympas. Là, en huit ans évidemment, j’ai eu l'occasion de découvrir. Ça m'a beaucoup plu et puis il y a des gens sympas partout forcément.

Alors c'est difficile à dire vu que je n’ai pas fait l'expérience du travail en France. Donc, je ne peux pas en parler. Je ne peux pas dire "en France c’est comme ça" puisque je ne connais pas la rigueur. Ça ne serait que des clichés où des "a priori" qui peut-être ne sont pas du tout réels, donc c'est difficile à dire.

On travaille avec des structures françaises, on est une structure allemande et on travaille avec des structures françaises. J'ai souvent le sentiment, je dis bien le sentiment, que parfois en France, les structures sont beaucoup plus hiérarchiques et bureaucratiques qu'en Allemagne.

Alors qu'en Allemagne on parle de l'organisation, de la bureaucratie, de la discipline, des formulaires... Les Allemands eux-mêmes disent ça, de manière un peu d’autodérision, mais je crois qu'en France c'est tout aussi pareil, voire plus. Donc, j'aurais le sentiment peut-être d'être bloquée d'avoir moins de liberté d'action, on va dire.

Mais encore une fois, c'est très difficile de résumer ça à la France parce que si ça se trouve, c'est dû à mon domaine de travail. Le domaine dans lequel je travaille ici, en Allemagne, est très différent. C’est une association, c’est une structure associative, on n'est pas une entreprise qui doit faire du profit. Je suis sûr que même en étant en Allemagne, admettons dans une banque ou autre, où les modes et les structures de travail, les organisations hiérarchiques sont très différentes. Donc là, je ne veux pas du tout dire qu'en Allemagne on travaille comme ceci ou comme cela. Ça dépend beaucoup du domaine professionnel et puis bien sûr aussi tout simplement des gens qui travaillent et de leurs postures intellectuelles ou humaines, on va dire ça comme ça.

Évidemment, on a une offre d'emploi, donc forcément on a déjà un certain profil qu'on demande. Être évidemment intéressé par les échanges franco-allemands, puisque c'est dans ce domaine là où je travaille, les échanges de jeunes et d'avoir quand même un lien avec tout ce qui est du côté artistique, créatif éducation, culturelle, parce que forcément, si la personne vient d'un milieu complètement différent, il va y avoir un petit risque. Forcément, pour chaque poste il y a un profil demandé.

Mais nous, ce qui nous nous intéresse, c'est vraiment la motivation de la personne. Je ne sais pas si c'est pareil partout en Allemagne ou dans d'autres domaines, mais en tout cas, pour nous, c'est vraiment ça ! C’est-à-dire qu’on n'attend pas que la personne soit bilingue. Évidemment, il faut quand même quelques bases en allemand pour avoir l'occasion de parler, de comprendre et de se faire comprendre.

C’est vraiment la motivation et de voir pour quelles raisons la personne veut travailler chez nous ? Qu’est-ce que ça lui apporte dans son développement personnel et surtout professionnel ? Il faut que ça donne du sens dans son parcours professionnel désiré. Si on a le sentiment que la personne postule pour avoir un emploi, évidemment c'est important, mais il faut quand même qu'il y ait cette petite étincelle derrière. C’est-à-dire on sent que ça donne du sens pour cette personne. Parce que là on se dit qu'elle va retirer quelque chose de cette expérience.

Et, si elle est motivée, parce qu'elle a ses raisons propres, elle va forcément s'impliquer plus dans le travail et il va y avoir du sens. C’est ça le sens en fait. Ça dépend vraiment du parcours de chacun et de la personnalité de chacun et de ce qu'il ou elle souhaite faire.

De toute façon, à partir du moment où on a envie de partir, la question se pose toujours, que ce soit dans un pays étranger ou même dans la région qui se trouve à mille kilomètres de celle où on habite. C'est un changement, on ne connaît pas les gens, c'est un nouveau travail. Je pense, ce qui importe le plus, ce n’est pas forcément la destination où on va, c'est la manière, le caractère, la volonté, la motivation ou l'ouverture de la personne qui part. Et qu'elle soit claire avec ce qu'elle souhaite faire : Pourquoi elle veut le faire ? Pourquoi elle est intéressée ? Qu'est-ce que ça peut lui apporter ?

Ou tout simplement être curieux et avoir envie de découvrir et de ne pas avoir peur, parce ce qu'au contraire, c'est l'occasion de découvrir plein de choses. Et même s'il y a une expérience qui est mauvaise, j’ai moi-même des expériences pas forcément très agréables en Allemagne par chance, mais en tout cas c'est quand même l'occasion d'apprendre. Vraiment on découvre sur soi beaucoup et si jamais on a un échec, je vois ça comme positif parce qu'on peut se poser les questions : "Pourquoi ça n'a pas marché ? Pourquoi là j'ai eu un blocage ? Est-ce que c'est toujours la faute des autres ? Est-ce qu'il y a un truc qui est en moi ? Je n’étais pas prête ?" C'est possible aussi.

"Comment je fais pour que ça se passe mieux la prochaine fois ?" On apprend toujours. Ce qui peut poser un problème, c'est la barrière de la langue, mais après il y a des cours qui sont proposés. En plus, l’allemand ce n’est pas difficile non plus. Alors tout le monde dit : « Mais l'allemand c'est compliqué ». Moi, je ne trouve pas parce que c'est une langue logique et qui a aussi des règles assez carrées on va dire. C’est beaucoup plus difficile par exemple pour les Allemands d'apprendre le français que l’inverse. Alors bilingue, je ne l'étais pas. Bon je dois dire que j'avais quand même un bon niveau d'allemand, c'était ma première langue vivante.

Mais j'ai fait énormément de progrès sur place forcément. Il y avait des moments où on avait appris à parler économie. On avait appris à parler d'analyse sociologique et des pourcentages et tout. Mais alors pour commander un croissant dans un bar ou pour demander aux collocs, où ils avaient rangé les assiettes, c'était autre chose. Là, on est confronté à la vraie vie. Mais c'est là qu'on apprend en même temps.

Si on demande à quelqu'un de déjà tout savoir avant de faire un séjour à l'étranger, ce séjour ne lui apportera rien. Donc c'est normal. Je pense que pour chaque personne c'est important d'arriver « Mit Unsicherheiten umzugehen »... comment dire ça en français ? À faire face à l'insécurité ou au sentiment de ne pas être toujours parfait. C’est normal, c'est OK. Je vais répondre un peu à côté : je dirais même que pour n'importe quelle expérience qu'on fait à l'étranger tout simplement...

En l'occurrence, je pense qu'à partir du moment où on fait une expérience de travail ou même un an d'étude, ou à partir du moment où on vit dans un pays étranger, tout de suite ça remet en question son propre fonctionnement. On réfléchit sur soi, on réfléchit sur les autres, mais aussi sur soi parce que les autres nous renvoient un regard différent. Mais on est déjà face à une autre langue, on est donc obligé de faire face à des situations imprévues qu'on ne maîtrise pas toujours. C'est ce que je disais tout à l'heure.

C'est ce qu'on appelle dans le jargon "les compétences interculturelles" : arriver à communiquer, à se faire comprendre. Et je ne parle pas seulement du point de vue linguistique, verbal. Peut-être un peu de tolérance pour utiliser des grands mots.

Qu’est-ce que ça m'aura appris ? Bonne question ! En fait, c'est difficile pour moi de répondre à cette question du point de vue allemand. Ce que j'ai appris beaucoup de choses étant donné que j'ai fait mes premiers pas professionnels que c'était en Allemagne que c'était dans telle ou telle structure mais du coup j'ai énormément appris énormément grandi au contact de mes collègues et avec l'expérience j'ai eu la chance de tomber sur des personnes qui étaient très ouvertes et très patientes est toujours ouverte la communication pour une communication non violente.

Enfin, ça m'a beaucoup appris à déstresser, à rester calme, à rester ouverte à l'imprévu et à l'autre. Après, est-ce que c'est typiquement allemand ? Je n’en sais rien. Alors la langue, oui, ça c'est clair ! Là, je suis imprégnée. Ça me joue des tours. J'écoute la radio allemande, les journaux allemands, j'écoute la musique allemande et plein de musiques différentes. Mais après, la culture allemande, pour moi, c'est un truc, un concept très vague, surtout que j'ai des amis allemands qui sont d'origine turque, nigérienne... enfin ils sont allemands, ils parlent allemand, ils sont nés en Allemagne.

Je ne sais pas ce que c'est culturellement, je ne sais pas si j'en suis imprégnée. Après, il y a des différences très typiques au niveau des repas. Mais après, c’est dans chaque famille très différent... le fameux « Abendbrot », le pain du soir. Bon en France, on trouvera plus souvent peut-être des familles qui mangent chaud, un grand repas, un vrai repas, où on s'installe. Mais encore une fois, je connais aussi des familles allemandes qui mangent chaque soir et qui mangent qu'un petit pain à midi et qui passent le soir ensemble. C’est très différent.

Un cliché, c'est quand on parle de la bonne organisation en Allemagne. Attention, il y a un contre cliché qui va venir après. La bonne organisation en Allemagne, c'est le fait que quand on est dans les gares, il suffit de regarder sur les panneaux principaux ou même sur les panneaux qui se trouvent sur les quais, pour voir directement sur quel quai ou de quel quai va partir le train qu'on cherche. Et c'est comme ça tous les jours : s'il y a des changements, c'est marqué. Mais en France, il me semble, il faut attendre jusqu'à 15 minutes avant le départ pour enfin savoir de quel quai part le train.

Ça, en Allemagne, ce n’est pas le cas et c'est super ! C'est bien organisé. Mais attention contre cliché : la Deutsche Bahn, donc les trains allemands, sont tout aussi en retard que les trains français. Il y a énormément de retard ou d'annulation. Donc le cliché de ponctualité et discipline, il vole en éclat. En même temps, c'est difficile à dire parce que je suis dans un domaine, où on est déjà plus cool on va dire...

Encore une fois, ce que je disais tout à l'heure : dans une banque, il y aura sûrement une autre organisation du travail. Nous, on n'est pas contrôlés de manière trè intense. On n'a pas de badge par exemple quand on arrive ou quand on sort. Ça se base sur la confiance. Si on arrive à 8h, c'est donc à 8h... C’est sur la confiance.

Je ne crois pas que dans une autre structure, ça soit comme ça. Ça, je ne sais pas si c'est typiquement allemand ou pas. C'est une question de positionnement encore une fois. C'est peut être dû au domaine professionnel, plus qu’à la nationalité ou pays dans lequel ça se passe.

Alors là, ici et maintenant, non je ne me vois pas rentrer en France, parce que ça ne me manque pas. Ce n’est pas un rejet ou une fuite, c'est juste que je me sens très bien ici. Donc on ne peut jamais dire "Je ne boirai pas de ton eau", mais pour l'instant je ne me vois pas rentrer en France. J’ai mes attaches ici, j'ai un travail qui me plaît ici. Non, je me sens bien ici.

Ce qui me manquerait, ça serait de parler allemand. Parce que j'aime trop l’allemand. Ça ne s'explique pas. Mais oui, ça me manquerait vraiment. Si à la rigueur, je rentrais en France pour y travailler, je pense que je chercherais un travail qui reste en contact avec l'Allemagne, transfrontalier, international, parce que je trouve que ça fait sens tout simplement. Surtout aujourd'hui, je trouve que ça fait d'autant plus de sens de rester en lien et de ne pas tomber dans des clichés ou alors de ne pas rester dans son petit côté national.