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L’école bientôt en manque de professeurs ?

En Allemagne, la pénurie de professeurs commence à inquiéter. De son côté, la France a laissé partir 11 800 enseignants à la retraite en 2008 et n'a pas remplacé non plus les 13 500 départs de cette rentrée 2009. Outre ces choix politiques, la profession attire de moins en moins les jeunes. Que deviendra alors l'école de demain ? TEXTE : LARA BOURGET



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La situation est alarmante. En Allemagne, où l'éducation est gérée Land par Land, le manque de professeurs commence à angoisser sérieusement les autorités. Selon la Fédération allemande des enseignants (Deutscher Lehrerverband, DL), environ 20 000 postes seraient actuellement non pourvus. Et la pyramide des âges aggrave cet état de fait : 300 000 départs à la retraite sont prévus, sur un total de 800 000 professeurs. Dans l'Hexagone, 13 500 postes n'ont pas été remplacés cette année. Officiellement, ces chiffres sont liés à l'évolution démographique des élèves. Pourtant, certaines académies manquent de professeurs, notamment en allemand. Pourquoi la profession attire-telle de moins en moins de candidats ?


Baisse des vocations


"L'image du professeur a été dévalorisée", s'insurge Pascale Carrolle, formatrice dans un centre de formation continue pour les enseignants. Ce constat se lit en effet sur toutes les lèvres. Le prof ? Ringard, en grève, fainéant... Parfois les qualificatifs sont édifiants. Les médias et les politiques ont contribué à dénigrer ce métier. "Même les ministres de l'Éducation nationale ne soutiennent pas leur classe", constate Bernard Cornu, directeur de la formation au CNED. Outre-Rhin, beaucoup de fonctionnaires (Beamte) voient leur statut évoluer vers celui, moins confortable, d'employés (Angestellte). La pénurie s'explique aussi par une mauvaise gestion des Länder, qui ont trop peu embauché pendant des années pour être capables d'assurer aujourd'hui la relève.


De plus, même si l'Allemagne est mieux lotie dans ce domaine, le salaire de l'enseignant n'attire plus les jeunes. "Les rémunérations se sont lentement dégradées au fil des années", explique Thierry Cadart, secrétaire général du syndicat Sgen-CFDT.


Enfin, il ne faut pas oublier la difficulté du métier. Violences, physiques ou verbales, classes surchargées, populations très hétérogènes... Doreen,jeune professeur allemande, raconte : "La charge de travail est importante. Certains collègues sont débordés. Nous avons beaucoup d'élèves par classe, et aux heures de cours s'ajoutent les rencontres avec les parents, la préparation des voyages de classe... Cela fait plus de 70 heures de travail par semaine et peu de reconnaissance pour cela." En France, le système du concours national entraîne des déracinements pour les néotitulaires, souvent parachutés dans les zones les plus sensibles. "Arrachés à leurs attaches familiales, ils rejoignent parfois à contrecoeur une académie qu'ils n'ont pas choisie. Dans ces conditions, on comprend que la participation à ‘l'effort national' soit perçue de manière plutôt mitigée par les intéressés", ajoute Florence Soriano-Gafiuk, directrice adjointe de l'IUFM de Lorraine.


Une école sans profs ?


La cyber-école attend-elle alors les élèves de demain ? Va-t-on vers une disparition du métier d'enseignant ? "Non, l'école ne pourra pas se passer de professeurs, car l'ordinateur ne remplacera jamais la médiation et le contact humain, mais le métier doit évoluer", analyse Bernard Cornu. Car il est vrai que les élèves, habitués à l'immédiateté de l'information disponible sur les différents réseaux, ne voient plus le professeur comme source unique de savoir. "Nous devons nous adapter, insiste Florence Soriano-Gafi uk. Il faut se donner les moyens d'accompagner les enfants dans ces découvertes. Le vieux modèle d'un enseignant omniscient imposant ses vues à un auditoire passif a vécu !"


Plus autonomes dans certains domaines tel l'informatique, les élèves d'aujourd'hui n'en ont pas moins besoin de guides. Un rapport de l'OCDE, intitulé "Quel avenir pour nos écoles ?" mentionne le caractère indispensable professeur. Ce dernier deviendrait un médiateur, qui "permettrait des situations fécondes d'apprentissage et de mise en relation des savoirs", comme le souligne Françoise Cros, chercheur à l'Institut national de recherche pédagogique, dans la revue Futuribles. Les outils des nouvelles technologies de l'information et de la communication ne "fonctionnent en effet que si de bons professeurs montrent leur bon usage aux élèves. Le rôle de l'enseignant est en train d'être bouleversé, avec de fortes attentes", explique Etienne François, professeur d'histoire à l'Université Libre de Berlin. Mais son image doit aussi être revalorisée.


Doreen rappelle : "Tous veulent mes vacances, mais personne mon travail !" En Allemagne, la pénurie de professeurs commence à inquiéter. De son côté, la France a laissé partir 11 800 enseignants à la retraite en 2008 et n'a pas remplacé non plus les 13 500 départs de cette rentrée 2009. Outre ces choix politiques, la profession attire de moins en moins les jeunes. Que deviendra alors l'école de demain ?


TEXTE : LARA BOURGET