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Quand vie d’expatrié rime avec création d’entreprise : le double défi de Katie Clemons à Berlin

19 octobre 2010

Créer sa propre entreprise à l'étranger et parvenir à la faire fonctionner alors que l'on est loin de chez soi : voilà un défi hors du commun. Surtout s'il faut traverser la moitié du globe.

Prenez le cas de Katie Clemons. Originaire du Middle West américain, Katie s'est installée à Berlin avec son mari l'été dernier. Un changement de taille, eu égard à la vie qu'elle avait menée jusqu'alors dans sa petite ville de province américaine. Au même moment ou presque, elle a décidé de créer sa propre entreprise, « Gadanke », une boutique de calepins faits main. Katie gère désormais son commerce depuis chez elle, qu'elle se trouve dans le minuscule appartement dont elle et son mari sont propriétaires à Berlin, ou dans la maison passive qu'ils louent pendant leurs séjours estivaux aux États-Unis.

La décision de créer une boutique de calepins est venue naturellement à Katie, « carnettiste » passionnée depuis toujours. Bien sûr, la perspective de diriger sa propre entreprise était d'abord intimidante, reconnaît-elle. Mais comme il était tout aussi impressionnant de s'installer dans une nouvelle vie à l'étranger, autant mener de front les deux défis !

L'amour de Katie pour les récits l'a également poussée à rédiger son blogue, « Making this home » (« Ici comme chez moi »). Une initiative qui l'a aidée à entrer en contact avec la communauté des expatriés de la capitale allemande, et à partager avec eux ses expériences d'Américaine installée à Berlin.

Du plaisir de se rendre en cours à vélo aux difficultés que l'on peut rencontrer dans l'apprentissage de l'allemand, « Making this home » est une mine de conseils à l'attention des nouveaux ou futurs arrivants. Le « Guide de l'expatrié », par exemple, offre des explications sur les dates de vacances scolaires en Allemagne, mais aussi des conseils pratiques du type « Où trouver une machine à laver ? », voire « Comprendre le système allemand de tri des déchets ».

Lancer et diriger sa propre entreprise confère une liberté enviable, mais apporte aussi son lot de difficultés, de pièges et de succès. Young Germany a donc rencontré Katie Clemons pour l'interroger sur son commerce, son blogue et sa vie d'expatriée à Berlin.

Young Germany : Katie, parlez-nous un peu de votre entreprise.

« Gadanke » est une boutique de calepins faits main, destinés à stimuler l'écriture intime. Ces carnets sont donc remplis de citations originales, propres à susciter l'inspiration, qu'elles soient d'origine européenne ou américaine. À l'intérieur, on trouve également des rabats où ranger toutes sortes de papiers et documents, qui sont autant de traces de vie. J'ai conçu ces calepins dans l'idée d'aider les gens à créer leur journal, un journal qui leur tiendrait vraiment à cœur parce qu'ils y parleraient d'eux-mêmes, de leur lieu de vie et de leurs voyages, ou encore de la personne qu'ils aiment.

YG : Comment vous êtes-vous lancée dans cette aventure ?

En fait, j'avais ouvert une boutique d'objets faits main dès l'été dernier aux États-Unis -une semaine avant de passer mon brevet de pilote, et deux semaines avant que mon mari et moi ne partions nous installer en Allemagne. J'étais tellement excitée et remuée par ce projet qu'il était impensable de ne pas le concrétiser. Mais cela ne pouvait pas tomber plus mal. Pourtant, au fond de moi, je ressentais une conviction que je n'avais encore jamais éprouvée. Compte tenu de l'enthousiasme que mon idée a suscité, j'ai ensuite créé le site www.gadanke.com, en avril dernier.

YG : Mais pourquoi des calepins ?

Un jour, mon mari et moi étions en visite dans ma ville natale, à l'occasion des 90 ans de ma grand-mère. La radio NPR était sur les lieux pour son émission « StoryCorp », où des gens sont invités à raconter leur vie en répondant aux questions d'un proche. Mon père et moi avons pensé que ce pouvait être une très belle occasion, pour ma grand-mère, de partager certains souvenirs. Une sorte de petit cadeau d'anniversaire, en somme.

J'ai donc rédigé une liste d'aide-mémoire et de questions à l'attention de ma grand-mère. À vrai dire, je me suis beaucoup inspirée d'astuces que j'avais apprises en écrivant mon propre journal... Tout en dégustant une boule de glace, ma grand-mère et moi nous sommes ainsi rapidement entraînées, puis nous sommes montées dans le camion-régie de « StoryCorp ».

Le problème, c'est qu'elle ne se souvenait pas de tout.

Plus tard, elle a bien essayé d'écrire ses souvenirs de lycée et l'histoire de sa rencontre avec mon grand-père. Mais vous pouvez imaginer la bataille qu'elle a dû livrer à sa mémoire... Trop de temps s'était écoulé.

C'est alors que mon père s'est tourné vers moi et m'a dit : « Katie, il faudrait que tu écrives sur ta vie aujourd'hui. »

J'ai donc raconté mon existence sous forme de journal. Les pièces du puzzle se sont assemblées lorsque je me suis demandé comment aider les autres à faire la même chose.

YG : Pouvez-vous nous décrire la journée type d'une propriétaire de boutique de calepins doublée d'une blogueuse ?

Je ne crois pas avoir encore vécu deux journées qui se ressemblent ! Je continue constamment d'apprendre et d'explorer de nouvelles idées.

YG : Gérer sa propre boutique offre sans doute beaucoup de liberté, mais pose aussi un certain nombre de défis peu communs. Quels sont-ils ? Et quelles satisfactions particulières votre activité vous procure-t-elle ?

Le plus dur est que vous devez tout faire vous-même. Absolument tout ! Il vous faut porter toutes les casquettes, bien que certaines vous plaisent moins que d'autres. Mais en retour, la satisfaction est immense, car lorsqu'il vous arrive quelque chose de merveilleux, vous savez que vous en êtes la cause. C'est votre engagement qui l'a rendu possible.

YG : Beaucoup de gens rêvent de diriger leur entreprise depuis chez eux. Quels sont les avantages et les inconvénients d'une telle situation ?

L'aspect le plus délicat est celui des horaires : quand le travail commence-t-il au juste, et quand s'arrête-t-il ? Comme mon mari et moi vivons toujours dans de petits espaces, mon bureau se trouve juste à côté de mon lit. Il faut donc savoir s'arrêter... Parfois, il m'arrive même de travailler un peu en pyjama avant de m'habiller !

YG : Avez-vous quelques conseils à donner à ceux qui rêvent de créer leur propre entreprise ?

Je leur recommanderais de se jeter à l'eau. Pour ma part, j'ai fabriqué mes tous premiers calepins aux États-Unis, puis j'ai déménagé en Allemagne, et je n'ai commencé à vendre mes carnets qu'un mois plus tard. J'étais terriblement stressée. Il est normal de l'être, et ce, quelle que soit l'intensité avec laquelle vous croyez aux produits que vous avez créés. Mais à un moment donné, si vous êtes vraiment motivé, il faut y aller ! Et je vous garantis que cela en vaut la peine !

Si vous voulez lire les expériences de Katie à Berlin, visitez son blogue « Making this home » (en anglais). Pour découvrir ses calepins faits main, rendez-vous sur le site www.gadanke.com ou sur Facebook.

Merci Katie, et bonne chance !

Voir l'article original sur le site du CIDAL : Quand vie d'expatrié rime avec création d'entreprise : le double défi de Katie Clemons à Berlin

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