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Les femmes dirigeantes d’entreprises en Allemagne : l'exemple des heritières du DAX

4 juillet 2012

Héritières ou épouses... Il est une catégorie de femmes à la tête des entreprises du DAX, le principal indice boursier allemand, qui n'ont pas suivi des études d'économie. Pourtant, certaines régissent leur entreprise d'une main de fer, et font fructifier le capital hérité. Un modèle légèrement dynastique propre à l'Allemagne ? TEXTE : DOROTHÉE FRALEUX



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Dans les années 60, Rosemarie Winier publiait un éditorial dans le journal Die Zeit sur le parallèle entre la gestion du foyer et la gestion d'une entreprise avec un titre alors provocateur : Chef d'entreprise par instinct, et une accroche qui ne l'était pas moins: "Le modèle de l'entrepreneuriat familial est en danger : les femmes peuvent-elles le sauver ?"


52 ans plus tard, parmi les rares femmes dirigeantes d'entreprises cotées au DAX, un certain nombre révèle en effet des parcours plus liés à leur situation familiale qu'à leurs diplômes. Dernière en lice, Ursula Piëch, qui a intégré non sans controverse le 19 avril dernier le conseil de surveillance de Volkswagen. Cette ancienne éducatrice pour enfants a épousé en 1984 Ferdinand Karl Piëch, président du conseil de surveillance de  Volkswagen, après avoir répondu deux ans plus tôt à une petite annonce pour être la gouvernante de ses enfants.


Un conte de fées moderne, où les éducatrices et les gouvernantes deviennent, non pas des princesses, mais des chefs d'entreprise. Autre exemple aux airs de Cendrillon : Friede Springer, qui a d'abord été employée comme bonne d'enfants avant de passer la bague au doigt du magnat de l'édition allemande. À la mort d'Axel Springer en 1985, celle qui était sa cinquième épouse a hérité d'un empire éditorial fragilisé qu'elle a assaini et rendu viable économiquement, en partie grâce au rachat audacieux de parts de Burda. De même, Liz Mohn, une ancienne assistante dentaire, embauchée comme standardiste chez Bertelsmann a fini par convoler avec Reinhard Mohn, le directeur de la maison d'édition et d'impression. Elle siège aujourd'hui au directoire de Bertelsmann et en demeure la principale instance décisionnelle.


Quel chemin vers la parité ?


Ce fonctionnement dynastique est-il un archaïsme ? Ou un moyen comme un autre de faire accéder les femmes aux instances de direction, puisque ces "femmes de" se sont révélées dans l'ensemble des managers compétentes, formées sur le terrain à la culture de leur entreprise ?


C'est tout le paradoxe de l'intégration des femmes dans la direction des entreprises en Allemagne : d'un côté, on souligne le succès des femmes dans les entreprises familiales, renvoyant à une image stéréotypée de la bonne gestionnaire du foyer. Mais ces présupposés toxiques permettent néanmoins à un certain nombre de femmes d'accéder à des postes à responsabilité. Libre à elles ensuite de faire leurs preuves en tant que dirigeantes.


Mais de l'autre, ces présupposés viennent empêcher la mise en place de véritables quotas de femmes pour dépasser ces chiffres fatidiques : les directoires des entreprises allemandes comptent aujourd'hui seulement 3,7 % de femmes, et les conseils de surveillance seulement 11 à 12%. Des chiffres qui n'ont pas bougé ces cinq dernières années et qui transforment la parité en Allemagne en un lointain mirage. En France, au contraire, une vraie lame de fond sur l'instauration de quotas a émergé depuis 2010, culminant avec la loi Zimmermann-Copé qui impose 20 % d'administratrices d'ici à janvier 2014 dans les groupes cotés à Paris et dans les sociétés non cotées employant plus de 500 personnes.


Au départ réticentes et craignant un nivellement par le bas et la création d'un système parallèle, les députées françaises Marie-Jo Zimmermann et Brigitte Grésy se sont pourtant battues pour imposer un quota à 40% de femmes siégeant dans les conseils d'administration en France. Aujourd'hui, dans l'Hexagone, les sociétés du CAC 40 affichent en moyenne 20,6% de femmes administratrices. Et seules sept femmes sont membres du directoire des entreprises du DAX.


TEXTE : DOROTHÉE FRALEUX