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L'entrepreneuriat des réseaux sociaux en Allemagne : Hold-up et crowdfunding outre-Rhin

17 juillet 2013

À l'ère d'Internet et des réseaux sociaux, les communautés de jeunes entrepreneurs connaissent un succès grandissant, jusqu'à attirer l'attention des responsables politiques. TEXTE : ADRIEN GODET



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Hold-up à Paris ! Venez aider un entrepreneur social à trouver le nom d'un magazine pour faciliter le quotidien de millions de personnes en situation précaire!" Ce type d'annonce se multiplie depuis deux ans sur le compte Facebook de la communauté MakeSense. En 2012, près de 8 000 bénévoles se sont mobilisés dans le monde autour de 200 projets d'entrepreneurs sociaux. Cette forme d'entrepreneuriat englobe toutes les initiatives économiques à portée sociale et environnementale, et cherche à intégrer tous les participants dans le processus de décision. Bruno Pison a répondu à l'annonce de MakeSense, et participé il y a quelques semaines à son premier "hold-up", une sorte de brainstorming innovant et festif qui rythme la vie de la communauté. Entouré de 15 autres "SenseMakers", ce responsable en développement durable de 29 ans a pris le temps, après le travail, d'aider un entrepreneur social dans sa réflexion.


Partager son savoir-faire


La méthodologie du "hold-up" est déjà bien rodée. Par petits groupes, les bénévoles échangent leurs idées à partir de mots-clés, puis de photos pré-sélectionnées par les organisateurs. En quelques dizaines de minutes, une centaine d'idées sont écrites sur des post-it. "C'est leur force, être très pro tout en gardant l'état d'esprit fun d'une association", se réjouit Bruno. Autour de pizzas et de boissons, résoudre un "défi" devient un jeu de rôles très sérieux. Les membres de la communauté sont des "super héros" venus partager leur savoir-faire et leur créativité. Les idées fusent et rebondissent sous le regard attentif de l'initiateur du projet. "C'est dingue de voir à quel point ces personnes qui ne savaient rien de votre idée, parviennent à s'en emparer pour l'embellir", se rappelle le fondateur de la plateforme "aakaash", Trent zum Mallen, quelques mois après le hold-up organisé à Berlin autour de son projet.


L'entrepreneur souhaitait lancer une application smartphone pour lever des fonds en direction de fondations: "J'avais besoin de ce condensé franc de réflexion sur le design et le marketing de mon idée." Chaque semaine, des étudiants, ingénieurs, programmeurs ou encore freelances se rencontrent et tentent de relever ensemble des "défis".


Pour Valérie Becquet, sociologue spécialisée dans la jeunesse, un tel engagement s'apparente à du "bénévolat de compétences". "Ils mettent à disposition leur savoir-faire dans un autre espace que leur travail où tout est plus cadré", analyse-t-elle. Une activité qui permet à ces jeunes entrepreneurs d'acquérir des compétences en échangeant les leurs. "La communauté devient quasiment un espace de formation", schématise Mme Becquet. Pour Daniel Hires, l'un des 600 chercheurs de projets répartis dans le monde pour MakeSense, "C'est aussi le meilleur moyen de construire son réseau, d'être au courant de ce qui se passe dans son domaine". Membre du très dynamique "gang" berlinois, ce freelance dans la communication rencontre chaque semaine de nouveaux entrepreneurs sociaux, et propose via Internet, de résoudre leurs problèmes : "C'est très démocratique et aussi simple qu'un événement Facebook."


La toile, théâtre de l'entrepreneuriat des jeunes


Les réseaux sociaux sont devenus des outils de travail à part entière. Ils permettent de dépasser plus facilement "les frontières institutionnelles, professionnelles ou géographiques", estime Mme Becquet. La toile constitue aujourd'hui un "accélérateur de réseaux", et l'espace privilégié pour promouvoir ses projets. Exemple significatif avec l'explosion depuis deux ans en Europe du Crowdfunding, littéralement "financement par la foule". Une étude publiée par la société de recherche Massolution révèle que les financements par ce biais en Europe ont fait un bond de 81% en 2012. Le Crowdfunding permet de financer des projets par la récolte de dons de particuliers sur Internet. Leader du secteur dans les pays germanophones, Startnext veut développer "une solidarité financière autour d'idées innovantes", explique Anna Theil, responsable des opérations sur le site. Plus de la moitié des projets mis en ligne atteignent leur objectif. "Il faut une présentation claire et dynamique de son idée, mais surtout une communication active sur les réseaux sociaux", conseille la responsable. Des milliers de projets artistiques, culturels, journalistiques ou même de fin d'études, tentent actuellement de séduire les internautes dans ce qui res- semble à une nouvelle solidarité entre les jeunes. Les généreux donateurs ont majoritairement moins de 35 ans.


À 25 ans, Lisa Tramm s'est lancée dans l'aventure. Cette assistante dans une fondation environnementale projette de faire un tour d'Allemagne des initiatives écologiques, et d'en écrire un livre. "Réunir des milliers d'euros grâce à l'aide d'inconnus est une idée très rafraîchissante et valorisante dans notre société actuelle", s'enthousiasme-t-elle. Si la jeune femme n'atteint pas son objectif durant les cinq semaines de la campagne, elle devra rendre l'argent. Un système de récompense plus ou moins original est en revanche mis en place en cas de succès, selon l'importance du don. "Ça va du simple merci, déjà très important, à l'envoi d'un livre ou l'inscription de votre nom sur un programme ou une création", résume Anna Theil. Bien plus qu'un choix par défaut, le Crowdfunding répond à des valeurs partagées par ses utilisateurs. Pour améliorer sa plateforme Wimah.org, destinée à faciliter l'échange de centres d'intérêts, Bertran Ruiz doit mobiliser 8 000 euros.


Le Crowdfunding est rapidement devenu une évidence pour l'ingénieur toulousain de 24 ans : "Ça correspond parfaitement à notre projet que l'on veut baser sur la solidarité et cette idée de communauté." Donner du sens et une utilité sociale à son travail, des pré- occupations de plus en plus importantes pour les jeunes après la question de la rémunération. Depuis 2010, des formations dans l'entrepreneuriat social ont ainsi ouvert leurs portes dans plusieurs écoles de commerce françaises.


Il y a quelques semaines, la Commission européenne déclarait vouloir permettre à l'innovation sociale et l'entrepreneuriat social de bénéficier pleinement des fonds structurels européens dans les six prochaines années. Un début de reconnaissance. "Le législatif doit encadrer mais aussi favoriser la réalisation de ces projets. N'est-il pas mieux de soutenir un jeune avec une idée même un peu folle plutôt que de le laisser passif, au chômage?" s'interroge faussement Bertran. Le combat pour plus de crédibilité continue pour ces changeurs de monde version 2.0.


TEXTE : ADRIEN GODET