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Que répondre à « Parlez-moi de vous » lors d’un entretien d’embauche en allemand ?

« Parlez-nous donc un peu de vous ! » (Erzählen Sie doch mal etwas über sich!), classique parmi les classiques de l'entretien d'embauche, en Allemagne comme en France, cette question est souvent synonyme de terreur paralysante chez les candidats mal préparés. Pourtant, il faudrait considérer ce passage quasi-obligé de l'entretien non pas comme un piège, mais plutôt comme une chance.

Il vous suffit d'éviter les principaux écueils attenants à l'exercice et de bien structurer votre réponse. En tenant compte de quelques conseils plus spécifiquement applicables au contexte franco-allemand, vous aurez déjà marqué des points dans les premières minutes de votre entretien allemand.

Pourquoi les recruteurs posent-ils cette question a priori anodine ?

Ne nous y trompons pas, cette exhortation à prendre la parole ne saurait s'expliquer uniquement par la paresse et le manque d'imagination de certains recruteurs. Sous des apparences anodines et faussement bienveillantes, la question est d'autant plus redoutable qu'elle semble très éloignée du contenu de l'entretien. En réalité bien sûr, il n'en est rien.

1) Demander aux candidats de parler d'eux permet aux recruteurs de « cerner » un candidat dès les premières minutes de l'entretien. D'où l'importance de la forme autant que du contenu de votre réponse. Un point sur lequel nous reviendrons. Car entre le moment où vous avez poussé la porte du bureau du recruteur et celui où il vous a invité à vous asseoir, votre recruteur s'est déjà fait sa petite idée - selon la manière dont vous êtes habillé, la vigueur de votre poignée de main, la persistance de votre regard, etc. À vous maintenant de confirmer ou d'infirmer cette impression.

2) La question peut également lui servir à démasquer les mensonges éventuels contenus dans votre CV. Il y a en effet de forte chance que les candidats malhonnêtes soient confondus en s'embrouillant les pinceaux.

3) Enfin, elle permet de l'aiguiller sur la direction que doit prendre l'entretien, en creusant tel ou tel aspect de votre présentation plus avant. C'est pourquoi, il peut se révéler parfois payant d'évoquer certains points dès le départ. Dans le cadre d'une réorientation de carrière par exemple, n'hésitez pas à évoquer votre manque d'expérience dès votre introduction, directement contrebalancé par votre motivation et votre capacité d'adaptation hors norme bien entendu. Cela aura pour effet de lui couper l'herbe sous le pied et avec un peu de chance, il ne pourra plus revenir sur cet argument par la suite pour l'utiliser contre vous.

Apprendre à parler de soi

Encore vous faut-il apprendre à parler de vous de manière captivante, convaincante et séduisante.

Que vous le vouliez ou non, lorsque vous vous présentez dans le bureau d'un recruteur, vous vous présentez en effet en tant que fournisseur de services. Ce sont les prestations de la « MOI inc. » que vous êtes venu lui vendre. La question qui doit guider la préparation de votre entretien est donc la suivante :

« Quels sont les services que je peux offrir à cette entreprise dans le cadre de ses besoins actuels ? ».

Une bonne introduction doit ainsi vous permettre de faire passer 4 ou 5 messages forts, pas plus, car cette phase de l'entretien ne doit durer que 5 minutes en moyenne. Ces idées clés doivent vous faire gagner l'attention de votre recruteur. L'idée générale est de lui démontrer que, compte tenu de votre personnalité et de votre parcours professionnel, il était inéluctable que vous vous retrouviez un jour dans son bureau. C'était écrit !

N'oubliez jamais qu'un recruteur est toujours à la recherche du candidat idéal et que secrètement, il espère bien que ce soit vous. Vous avez donc tout à y gagner. Profitez de cet état de fait positif pour gagner sa confiance et impressionnez-le par vos capacités d'analyse et de synthèse en lui fournissant une réponse où rien n'est laissé au hasard.

Une réponse structurée

Cette question très ouverte comporte dans les faits un ensemble de questions fermées auxquelles il vous faudra répondre les unes à la suite des autres le plus brièvement possible. Ces différents éléments de réponse peuvent être regroupés thématiquement sous la fameuse triptyque : ich bin, ich kann, ich will, qui doit idéalement structurer votre présentation.

1) Ich bin : À savoir qui vous-êtes, votre état-civil et la raison pour laquelle vous avez choisi ce domaine d'activité ;
2) Ich kann : C'est à dire ce que vous savez faire, votre spécialisation, les compétences que vous avez acquises et les réalisations dont vous pouvez vous targuer ;
3) Ich will : Ce que vous voulez, c'est à dire vos objectifs professionnels à court et long terme.

Réponse structurée entretien embauche en Allemagne

Ich bin

Dans la première partie de votre présentation, les questions auxquelles vous êtes invités à répondre sont les suivantes :

Quel est votre prénom, votre nom, votre âge?

Quel est votre background personnel ?
Dans le cadre d'un recrutement franco-allemand, il est pertinent de citer le fait que vous ayiez un parent ou un conjoint allemand ou encore que vous ayiez longtemps vécu dans un pays germanophone, puisque cela témoigne de votre attachement à la culture allemande.

Quelle est votre formation ?
Prière de ne citer que les formations les plus significatives pour le poste.

Ich kann

Après cette brève introduction, il vous faudra rappeler à votre recruteur pourquoi vous êtes son candidat idéal. Les questions auxquelles il vous faudra répondre dans cette seconde partie sont les suivantes :

Quelles sont vos principales expériences professionnelles ?
Présentez brièvement les qualités et réussites professionnelles les plus pertinentes pour le poste. Pour chaque expérience significative, précisez le poste, la société, la durée et vos principales réalisations

Quelles sont vos compétences linguistiques ?
Dans le cadre d'un recrutement franco-allemand, il convient également de préciser vos compétences linguistiques dans la mesure où celles-ci sont nécessaires à l'exercice de la fonction. De plus, même si vous êtes encore loin d'être parfaitement bilingue, le fait que vous appreniez l'allemand prouve que vous comptez vous établir en Allemagne de manière prolongée sinon définitive.

Qu'est-ce que vous pouvez apporter de plus à l'entreprise ?
En conclusion de cette partie, il vous faudra mettre en évidence vos points forts en précisant les traits de votre personnalité qui vous distinguent des autres candidats.

Ich will

Pour conclure votre présentation, il vous faudra absolument évoquer vos perspectives et votre motivation.

Quelle est votre situation professionnelle actuelle ?
Les recruteurs souhaitent toujours savoir si le candidat auquel ils ont affaire est actuellement en poste ou à la recherche d'un emploi.

Quelles sont les raisons pour lesquelles vous candidatez à ce poste ?
Il est très important que ces raisons soient clairement comprises par votre recruteur. Avant de postuler à un emploi, demandez-vous pourquoi ce poste est important pour vous. Si vous êtes incapable de répondre, vous devriez probablement passer votre chemin. Prenez le temps d'expliquer à votre recruteur l'intérêt que représente ce poste pour votre développement professionnel. Spécifiez vos objectifs professionnels à court et à long terme et évoquez ce en quoi vous croyez, c'est à dire vos valeurs.

Pour mieux illustrer notre propos, voici l'exemple de Sylvie :

Ich bin :
« Je m'appelle Sylvie Chemin, j'ai 32 ans et je vis avec mon époux allemand et nos deux enfants de 4 et 6 ans depuis 2009 à Munich. Après avoir obtenu mon BTS de comptabilité à Angers, j'ai intégré l'entreprise A en tant qu'assistante comptabilité pendant cinq ans ».

Ich kann :
« J'étais en charge de la réception des factures de clients et fournisseurs, de leur classification, de leur enregistrement et de leur mise en règlement. Lorsque je suis arrivée à Munich j'ai intégré la société B comme directrice de la comptabilité. La société a connu une forte croissance et je dirige maintenant un département de 11 employés ».

Ich will :
« Je suis actuellement toujours en poste dans cette société. J'ai été très intéressée par votre annonce car je souhaite intégrer une entreprise de plus grande envergure, où la comptabilité est plus variée et complexe ».

Les principaux écueils et comment les éviter

Raconter sa vie

De nombreux candidats tombent dans le panneau. Ne sachant pas trop quoi répondre, ils s'épanchent sur des éléments personnels de leur vécu sans aucun lien avec l'objet de la rencontre. Faute de trouver une structure interne à leur discours, le recruteur ne peut alors que décrocher. En règle générale, évitez de vous montrer trop personnel. Ne vous étalez pas trop sur votre vie privée et concentrez-vous plutôt sur votre profil professionnel.

Notre conseil : Demeurez toujours factuel et précis, citez des chiffres et des exemples concrets, en un mot, soyez professionnel. Notez au passage que ce conseil est encore plus valable en Allemagne qu'il ne l'est en France pour des raisons culturelles et communicationnelles sur lesquelles nous aurons l'occasion de revenir.

Réponses à éviter entretien embauche en Allemagne

Réciter son CV

L'erreur la plus commune est de réciter son CV par le menu : « Voilà, j'ai commencé dans telle entreprise... », s'ensuit une longue énumération chronologique très classique, très ennuyeuse et très monotone qui est le cauchemar de tous les recruteurs.

En racontant son parcours professionnel dans le détail le candidat perd beaucoup de temps. Ce temps viendra à lui manquer en fin d'entretien pour poser des questions, pour gratter de l'info qu'il aurait pu mettre à profit pour mieux argumenter.

De plus, une introduction chronologique n'a aucun sens pour un candidat qui a commencé sa carrière il y a de cela 15 ou 20 ans, se référant à des compétences et à des réalisations qui n'ont depuis longtemps plus lieu d'être citées.

Notre conseil : Listez vos points forts et développez un fil rouge. Il est fondamental que vous disposiez de toutes les informations disponibles au sujet de l'entreprise et de la branche dans laquelle vous postulez pour bien vous préparer à votre entretien d'embauche. Il va vous falloir dénicher les compétences et les qualités qui comptent le plus pour le poste afin de les faire correspondre aux qualités et compétences dont vous pouvez vous prévaloir chiffres et certificats à l'appui. Vous pourrez ainsi développer un fil rouge dans votre argumentation qui viendra témoigner de l'inéluctabilité de votre candidature. En effet, moins il y a de distance entre le profil du candidat idéal et votre propre profil et plus votre embauche future apparaîtra aux yeux du recruteur comme allant de soi.

Être trahi par son langage corporel

Avec un « parlez-moi de vous », le recruteur sonde si vous êtes un professionnel, mais il essaie également de percevoir du positif en vous, notamment dans la manière dont vous vous exprimez et dont vous vous comportez. La manière dont vous dites les choses est donc au moins aussi importante que ce que vous allez lui raconter. Débit de parole incontrôlé, dos voûté, regard hagard, mains hésitantes et jambes flageolantes sont autant de signes non-verbaux qui peuvent vous coûter un poste !

Notre conseil : essayez ces quelques trucs contre le trac et surtout, entraînez-vous !
Il existe de nombreux remèdes au trac et de nombreuses stratégies pour se donner une contenance, se représenter des images mentales par exemple ou utiliser des accessoires comme un stylo pour éviter que vous ne vous tordiez les mains - à condition bien sûr que vous ne fassiez pas cliqueter intempestivement votre Bic pendant toute la durée de l'entretien ! Mais surtout, on ne saurait trop vous conseiller de répéter la situation en amont tel un acteur s'imprégnant de son rôle. Écrivez un scénario de 3 à 7 minutes et répétez-le devant votre glace, devant un public constitué de proches ou encore mieux, lors de séminaires professionnels qui vous aideront à perfectionner votre présentation jusque dans les moindres détails.

Spécificités dues au contexte franco-allemand

Les points à évoquer absolument

Il va de soi que dans le cadre d'un entretien d'embauche pour un emploi ayant trait à la coopération franco-allemande, évoquer le fait que votre mère est allemande, que vous connaissez la Bavière sur le bout des doigts ou que vous êtes un mordu de littérature germanique ne relève pas de données strictement personnelles. Vos compétences linguistiques, vos différents séjours, stages et postes à l'étranger, vos liens avec la scène culturelle, économique et diplomatique allemande ne peuvent que parler en faveur d'un candidat français.

Particularités de la communication « à l'allemande »

Soyez néanmoins prudent lorsque vous essayez de créer du lien avec votre recruteur allemand, notamment si vous comptez le séduire avec un bon mot. Il n'y a rien que les Allemands chérissent autant que la correction, la précision et le sérieux. Aussi, le lieu de travail est probablement le dernier endroit où un Allemand aura l'occasion de dévoiler son sens de l'humour. Il existe en effet en Allemagne un cloisonnement beaucoup plus strict qu'en France entre vie privée et vie publique - une séparation que l'on retrouve notamment dans l'expression « Feierabend », tout bonnement intraduisible en français.

Le sociologue américain Edward T. Hall, spécialiste de l'interculturel, a ainsi démontré que si dans une entreprise française, la communication interpersonnelle était très importante pour obtenir des informations et résoudre les problèmes, dans une entreprise allemande, au contraire, l'ensemble des employés orientaient leurs efforts vers la réalisation des tâches à effectuer de manière beaucoup plus atomisée.

Sachez également que les Allemands ne sont pas friands de second degré et de sous-entendu. C'est peut-être la raison pour laquelle, aux yeux de nombreux français, ils manquent de finesse. Le bon côté des choses, c'est que durant un entretien d'embauche en Allemagne, vous n'aurez pas à lire entre les lignes. Un Allemand communique de manière plus franche, plus directe et plus sobre qu'un Français. Ne cherchez donc pas à interpréter les non-dits et exprimez-vous toujours de façon directe et précise.

Enfin, durant votre entretien d'embauche en Allemagne, pour éviter d'avoir à vous confronter à un quiproquo d'ordre culturel, ayez toujours à l'esprit la formule de Brigitte Sauzay, selon laquelle : « Les Français voudraient être pris au sérieux par les Allemands, et les Allemands voudraient être aimés par les Français ».

En conclusion, il convient de rappeler que tous ces conseils ne doivent pas pour autant vous amener à formuler des réponses préfabriquées. En effet, il est très facile pour un recruteur de détecter un candidat ayant appris ses réponses par cœur, en particulier dans le contexte d'une question aussi classique. Vous courrez alors le risque d'ennuyer votre recruteur et d'être pénalisé en conséquence.

Il va donc vous falloir surprendre votre recruteur et attiser sa curiosité tout en essayant de savoir ce qu'il a envie d'entendre. Prenez cette question comme une chance et non pas comme un problème. En fin de compte, en offrant une très grande liberté de réponse, elle vous permet d'orienter l'entretien dans la direction qui vous est la plus favorable. Enfin, il est très important, en plus de vous montrer créatif, que vous restiez fidèle à vous-même. Pour un recruteur, le candidat idéal est en effet une personne sincère, riche de ses expériences et de ses réalisations et consciente de ses forces et de ses compétences. Vous avez donc tout intérêt à rester vrai.