Connexion-Emploi

Le site emploi franco-allemand

Une petite bière ? Nein, danke !

23 février 2010

La bière et la grosse voiture : deux caractéristiques de tout Allemand qui se respecte. Du moins vu de France. Car le cliché a pris du plomb dans l'aile. Les Allemands boivent de moins en moins de bière. Depuis 2004, ils se sont vus ravir successivement leur titre de premier, puis de second consommateur mondial. Retour sur une désaffection qui perturbe quelque peu la culture allemande... TEXTE : ULRICH SCHÖNLEBER ET CÉCILE BOUTELET



ParisBerlin_logoParisBerlin (http://www.parisberlin.fr) est le seul newsmagazine qui vous informe chaque mois sur l'actualité franco-allemande dans les domaines suivants : politique, économie, mode de vie, culture, éducation, médias.




"Les Allemands n'ont plus envie de bière", titrait le journal Die Welt en juillet 2009. Presque un scandale dans le pays qui a édicté dès 1516 la Reinheitsgebot, la loi de pureté de la bière, qui défi nit les ingrédients qui doivent (et seulement eux) entrer dans la composition du breuvage : l'eau, le malt ou l'orge, le houblon et la levure. Sans parler de la constitution du Land de Bavière, qui porte la bière au rang de Lebensmittel, un produit de consommation de première nécessité.


Et pourtant les chiffres sont là : la consommation de bière a reculé de 5 % pendant la première moitié de l'année 2009, dont plus de 10 % dans le haut de gamme, donc les bières appelés premium. Autre signe : aprèsavoir été longtemps les champions de la consommation mondiale, les Allemands se sont vus ravir en 2008 leur deuxième place dans le classement en faveur des Autrichiens !109,3 litres de bière par an et par habitant en Autriche, contre 108 litres en Allemagne, presque un accroc dans la fierté nationale.Il y a une dizaine d'années, les Allemands étaient encore proches des Tchèques, mais ces derniers sont désormais imbattables avec une consommation d'environ 150 litres par personne.


Polémique autour d'un demi


La faute à qui ? Différents facteurs sont pointés du doigt par les producteurs. À l'instar des vignerons français, les brasseurs allemands tirent à boulets rouges sur les campagnes sanitaires anti-alcool jugées trop insistantes, qui mettraient en péril une partie de la culture culinaire d'un pays. Il y a aussi l'interdiction de fumer dans les bars, intervenue au début de l'année 2009, le vieillissement de la population, ou encore la crise économique. On gausse et s'interroge, jusqu'à invoquer les arguments les plus fantaisistes. Michael Huber, directeur de la brasserie Veltins, considère par exemple que l'aide du gouvernement allemand pour l'industrie automobile a été néfaste pour l'industrie de la bière. "La prime à la casse porte préjudice au marché de la bière et toutes les autres branches de consommation, car elle a concentré d'énormes sommes d'argent sur une seule branche", estime-t-il dans une interview donnée au quotidien Die Welt. Pas évident quand on sait que le prix d'un demi dans un bar en Allemagne (et un vrai demi, de 50 cl, et non 25 comme en France) excède rarement les 4 euros. Et d'abord, avec quoi trinquer pour fêter la nouvelle voiture ? Michael Huber n'en estime pas moins qu'un certain nombre de brasseurs devraient lutter pour survivre dans les années à venir.


Les petites brasseries se portent bien


Heureusement, les Allemands boivent toujours presque quatre fois plus de bière que les Français, dont la consommation ne dépassait pas les 30 litres par an et par habitant en 2008. Les repères fondamentaux européens restent donc saufs. Mais si les Allemands boivent moins debière, ils sont peut-être devenus plus gourmets. S'ils délaissent les Fernsehbiere, les bières des grandes marques qui font de la publicité à la télévision, souvent la propriété d'entreprises étrangères, ils restent attachés à leurs brasseries locales, qui se portent plutôt bien. Le connaisseur allemand préfère sa bière régionale qui lui garantit qualité et fraîcheur et qui exprime le goût du terroir. Presque chaque ville ou région a sa propre tradition. En tout, on compte environ 5 000marques de bière en Allemagne et 1 300 brasseries. Environ la moitié d'entre elles se trouvent en Bavière. Le Bade-Wurtemberg en compte 182 et la Rhénanie-du-nord-Westphalie 116. En temps de crise, boire moins, mais boire local ? À l'ombre des géants, les petites brasseries, si elles ne vivent pas de l'exportation, ne semblent en tout cas pas être menacées par des délocalisations. Venant des champions de l'export, cette leçon vaut bien une chopine, sans doute.


TEXTE : ULRICH SCHÖNLEBER ET CÉCILE BOUTELET