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Sciences Po et la Freie Uni en Allemagne, une histoire de bientôt 30 ans

20 mars 2014

Le partenariat de Sciences Po Paris et la Freie Universität Berlin existe depuis près de 30 ans. Dernier arrivé dans cette longue coopération, un nouveau double diplôme, le Bachelor franco-allemand en sciences politiques et sociales, lancé à la rentrée 2013. TEXTE : CECILE CALLA



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Sciences Po Paris et la Freie Universität Berlin (FU pour les Allemands), qui entretiennent depuis bientôt 30 ans des relations privilégiées, viennent d'enrichir leur partenariat d'un nouveau double diplôme : le Bachelor franco-allemand en sciences politiques et sociales.


Depuis cette année, dix étudiants, à terme 20 étudiants par an, vont effectuer une scolarité de quatre ans pour moitié sur le campus de Sciences Po à Nancy et pour moitié à la Freie Universität Berlin et obtiendront à terme deux diplômes : le diplôme du Collège universitaire de Sciences Po (Bachelor of Arts) et le Bachelor in Politikwissenschaft - Sciences Sociales de la Freie Universität Berlin. Le rapprochement entre ces deux universités était pourtant loin d'être évident au début des années 80. L'initiative était venue du professeur Gerhard Kirsch, qui avait fait son troisième cycle à Sciences Po à la fin des années 60. La réaction n'était guère enthousiaste côté français. Les dirigeants de Sciences Po, qui connaissaient mal le paysage universitaire allemand où les grandes écoles sont absentes, se demandaient ce qu'ils avaient en commun avec une "université de masse".


"Les deux écoles ne pouvaient pas être plus différentes : d'un côté, des étudiants cravatés au cœur de la capitale française, de l'autre, des étudiants très marqués à gauche et qui enchaînaient les grèves sur un campus en périphérie", se souvient Sabine von Oppeln, politologue et conseillère académique sur le double cursus entre Sciences Po et l'institut Otto Suhr de la Freie Uni. Au terme de négociations ardues, Paris et Berlin sont parvenus à un premier protocole d'accord en 1984 puis en 1991 à la création du cycle intégré franco-allemand en sciences politiques et sociales, qui a servi de modèle à tant d'autres universités allemandes. 450 étudiants en ont bénéfi ciés.


Aujourd'hui, Sciences Po se félicite de cette coopération "stratégique", et c'est à destination de la Freie Uni que son nouveau directeur Frédéric Mion en poste depuis avril dernier, a effectué son premier voyage officiel le 28 octobre dernier.


Le visage de la grande école française a bien changé depuis les années 80. L'illustre école de la rue Saint-Guillaume, qui a vu passer tant de futurs présidents et ministres tels que Jacques Chirac ou François Hollande, et qui pendant longtemps s'est contentée d'être une matrice pour la reproduction des élites françaises, s'est ouverte au monde et a adapté ses critères de sélection à l'admission : convention ZEP, introduction de cursus d'études en anglais, multiplication des enseignements en allemand, espagnol ou italien, ouverture de campus dans plusieurs villes françaises (Dijon, Le Havre, Menton, Nancy, Poitiers, Reims).


Le résultat se lit dans les statistiques : 46 % d'étudiants étrangers originaires de 150 pays (contre 10 % en moyenne dans les universités françaises), 12 000 étudiants, soit deux fois plus qu'il y a dix ans, 35 doubles diplômes et 400 universités partenaires. Une évolution poussée par Richard Descoings, le charismatique prédécesseur de l'actuel directeur, qui a trouvé la mort à New York en avril 2012. "Avec lui, l'école du pouvoir est devenue l'école de tous les pouvoirs", soulignait en mars dernier l'hebdomadaire le Nouvel Observateur. Un changement qui a son coût. La Cour des Comptes a sévèrement critiqué la direction de l'IEP pour sa gestion financière de l'établissement entre 2005 et 2010.


TEXTE : CECILE CALLA