Connexion-Emploi

Le site emploi franco-allemand

Trouver un emploi à Berlin sans parler allemand, un pari impossible ?

Avec ses quartiers branchés, son multiculturalisme et sa vie nocturne légendaire, Berlin fait figure d'Eldorado pour de nombreux jeunes européens. Street Art, clubbing, start-ups, la « nouvelle » capitale allemande mérite bien son titre de « Capitale européenne de la créativité ». Les opportunités de travail y sont en effet nombreuses, notamment dans le domaine du web, mais le marché de l'emploi y est extrêmement concurrentiel. Elle a attiré entre 14.000 et 20.000 Français qui y sont présents.

Que cela ne vous empêche pas de goûter au mode de vie berlinois ! Mais ne soyez pas non plus naïfs sur vos opportunités de carrière dans une ville où le chômage est particulièrement élevé et où la concurrence entre demandeurs d'emploi francophones, dont beaucoup parlent déjà couramment l'allemand, est particulièrement rude. Raison de plus pour vous atteler sans plus attendre à l'apprentissage de l'allemand ! Aussi seriez-vous bien avisé d'envisager d'autres grandes villes allemandes, tout aussi dynamiques et « cools », dans votre choix de destination, ne serait-ce que pour pouvoir comparer.

La situation actuelle de l'emploi à Berlin

Découpage industriel de l'Allemagne

L'Allemagne est une fédération et non un pays centralisé sur le modèle français, aussi aurait-on tort de croire que tous les pouvoirs, politiques, financiers et économiques, se concentrent à Berlin.

Situation actuelle de l'emploi à Berlin

Historiquement, le cœur industriel de l'Allemagne (industries pharmaceutiques, chimiques et automobiles) se trouve en Rhénanie et dans le Sud du pays, tandis que dans les nouveaux Bundesländer, c'est à dire dans l'ex-Allemagne de l'Est, dont Berlin, sont principalement situées des industries de services, soit des activités beaucoup moins bien rémunérées.

Salaires et niveau de vie berlinois

Berlin n'est donc certainement pas Paris, mais Berlin n'est pas non plus Munich. Si les loyers y sont encore beaucoup moins chers que dans les deux villes sus-citées - et quoique cette accessibilité au logement ait été rudement mise à mal ces dernières années par des promoteurs immobiliers peu scrupuleux - il est essentiel de garder à l'esprit que les salaires berlinois sont significativement plus bas qu'à Paris ou même que dans une bonne partie de l'Allemagne.

Une étude publiée par Stepstone en 2017 confirme ainsi que les salaires à Berlin sont 20% plus bas que dans les Länder aux taux de chômage les plus faibles. Pour comparaison, la moyenne brut des salaires annuels en Bavière est de 61162 €, dans le Bade-Württemberg de 61148 €, en Hesse de 62055 € et à Berlin de 48342 €.

Gehaltsreport 2017
Source : Stepstone Gehaltsreport 2017 für Fach- und Führungskraft

Hartz IV et Scheinselbstständigkeit

Au cours des années 2000, Berlin est passée de la capitale des Hartz IV Empfänger (allocataires du minimum social en Allemagne) à la capitale championne de la création d'entreprise. Selon le KfW Bankengruppen, Berlin est ainsi devenu le premier Bundesland en matière de création d'entreprises depuis 2010.

Cependant, ce dynamisme entrepreneurial doit être relativisé, car dans la majorité des cas, il s'agit d'auto-entrepreneurs dont l'activité représente plus un complément qu'une véritable source de revenus. La plupart de ces soit-disant travailleurs indépendants (Scheinselbstständigkeit) cachent en effet trop souvent des travailleurs « créatifs » (rédacteurs, lecteurs, illustrateurs, compositeurs, métiers du son et de l'image, webmasters) qui travaillent au cachet et peinent à payer leurs cotisations sociales, très élevées en Allemagne pour les indépendants. La situation sociale reste donc extrêmement précaire dans la capitale berlinoise dont la devise « arm aber sexy » demeure plus que jamais d'actualité.

Quelles sont les entreprises qui embauchent à Berlin ?

Les grandes sociétés

De l'importance du CV

Dans l'ensemble, et comparée aux grandes villes du Sud et de l'Ouest de l'Allemagne, la situation du marché de l'emploi à Berlin est donc peu favorable. À moins que vous ne disposiez déjà d'un CV en béton, en particulier dans les secteurs très convoités de l'ingénierie et du commerce, il vous sera très difficile de trouver un poste intéressant si vous ne parlez pas encore un mot d'allemand.

Les entreprises françaises à Berlin

Il est toujours intéressant de contacter les nombreuses sociétés françaises implantées à Berlin. D'après les chiffres de la Chambre de commerce berlinoise 650 entreprises françaises sont en effet présentes dans le secteur des infrastructures (Total Elf, GDF Suez), des services et du commerce. Plusieurs d'entre elles diffusent régulièrement leurs offres sur le site de Connexion-Emploi.

Les entreprises françaises à Berlin

Les entreprises allemandes à Berlin

Il existe également des entreprises allemandes qui recherchent plus spécifiquement des candidats francophones. Vous trouverez les coordonnées des principales entreprises susceptibles de recruter des candidats de langue française dans notre liste d'entreprises françaises et allemandes à Berlin. De grands groupes industriels allemands, tel que BASF, implanté à Berlin, recherchent également des francophones pour assumer des fonctions variées (controlling, comptabilité, RH, etc.).

N'hésitez pas également à rejoindre notre groupe Facebook « Emploi & Stages à Berlin » dédié à la publication d'offres ainsi qu'à l'échange de conseils.

Les petits boulots

Les Minijobs

Si vous ne disposez pas encore d'expérience professionnelle et que vous souhaitez trouver un emploi à Berlin sans parler allemand, vous pouvez toujours dans un premier temps contracter un « Minijob » (emploi rémunéré à 450€ par mois) qui vous laissera assez de temps libre pour prendre des cours d'allemand. Vous trouverez ce type d'annonces dans les magazines berlinois Zitty ou Tip ou encore sur le site du Pôle Emploi allemand (Arbeitsagentur).

Les Minijobs sont légion dans les domaines peu qualifiés tels que la gastronomie ou l'hôtellerie, mais également dans le domaine de l'aide à la personne et notamment, dans les jardins d'enfants franco-allemands. Dans ce cas, votre Minijob pourra de plus vous aider à améliorer votre allemand ainsi qu'à étendre votre réseau franco-allemand. Vous pouvez vous adresser par exemple à des restaurants et cafés cherchant du personnel francophone : passez un coup de fil à La Bigoudène (crêperie très sympathique), située au coeur de Prenzlauerberg, pour savoir s'ils cherchent du personnel en cuisine ou pour le service.

Les Call Center

Notez que de nombreuses agences de Call Center sont également installées à Berlin, comme par exemple SNT et eKomi Ltd. Les salaires de base ne sont toutefois pas très élevés et la rémunération fonctionne souvent à la prime, mais ici encore, ce type de job vous laissera assez de temps pour perfectionner vos connaissances en allemand, car les horaires de travail dans ces boîtes sont souvent aménageables. Une fois atteint un niveau d'allemand convenable, vous aurez alors l'opportunité de trouver un meilleur poste.

Call Center à Berlin

Les séjours « au pair »

Enfin, les candidats les plus jeunes, avides de s'immerger dans un bain culturel 100% allemand plus que de faire carrière dans un premier temps, devraient envisager un séjour au pair par l'intermédiaire d'agences de placement comme euroconnections, aupair-world ou au pair berlin, ou même via les annonces privées publiées sur eBay Kleinanzeigen ou sur le site de l'incontournable Office franco-allemand pour la jeunesse (OFAJ).

Le secteur de l'E-Business

Les start-ups berlinoises à l'assaut du marché français

Ce qui fait la spécificité du marché de l'emploi berlinois, ce sont surtout les métiers de la Web Economy. Pour les entreprises qui cherchent à s'étendre sur le plan international, la France représente en effet un marché de plus de 60 millions de consommateurs.

Le géant allemand de la vente en ligne Zalando recherche ainsi régulièrement des équipes françaises pour ses nouveaux projets. Ce type d'entreprises recrutent à Berlin principalement dans les domaines de la traduction, du support-client et de l'online-marketing.

Une chance pour un premier emploi

Aussi, même si vous n'avez pas encore d'expérience sur le marché de l'emploi et que vous recherchez un premier poste à Berlin sans parler l'allemand, le seul fait de savoir parler et écrire correctement le français, peut vous aider à décrocher un emploi dans une start-up. Windmu, Babbel et Foodora sont autant d'exemples de start-ups implantées à Berlin qui ont acquis une reconnaissance internationale.

Lancement d’un nouveau HUB au Rainmaking (espace de coworking pour startup) : la French Tech débarque à Berlin

French Tech Berlin

Le programme international des « French Tech Hubs »qui a pour mission de développer les communautés French Tech dans les grandes métropoles d’innovation dans le monde s’est implanté à Berlin. Ses objectifs à Berlin sont de créer et structurer la communauté Tech francophiles (regroupant entrepreneurs, dirigeants, investisseurs, structures d’accompagnement, acteurs institutionnels), faciliter le développement des startups françaises berlinoise à l'aide d'un portail web dédié qui cartographie l’ensemble des acteurs de l’écosystème (incubateurs, espace de coworking, investisseurs, startups françaises implantés localement, événements, etc.) et en s'appuyant sur un pool de mentors (entrepreneurs, investisseurs, dirigeants) capables d’aiguiller localement ainsi que de faire découvrir l’écosystème de la French Tech berlinoise aux acteurs locaux (investisseurs, entreprises, entrepreneurs, cadres, incubateurs, accélérateurs, média) et les aider à saisir les opportunités qu’offre la France : recrutement de talents, opportunités d’investissement, de création d’entreprise, sourcing de startups, etc.

Le Hub berlinois s’appuie sur les "officiels" (ambassade ou Business France) mais surtout sur les porteurs de projets qui fédèrent les start-up françaises déjà présentes à Berlin. Le quartier général de cette French Tech Berlin est présente au Rainmaking Loft, espace de co-working et incubateur, à quelques encablures du grand groupe de presse et investisseur Axel Springer. Participez aux nombreux événements (petits déjeuners, pitchs, Hackathon…) de networking pour connaître les dernières opportunités, la cooptation paie dans l’écosystème des start-ups ! Romain de la la start-up Babbel, Lucie de Shopalike.fr comme Aurélien, Head of Business Intelligence chez Medigo confirment que la hiérarchie reste visible tout en restant plate avec moins de rigidité, et parfois avec une évolution de carrière fulgurante.

Cependant l’univers des start-ups peut masquer une autre réalité dénoncée par Mathilde Ramadier dans son livre Bienvenue dans le nouveau monde. Comment j'ai survécu à la coolitude des start-up avec des salaires de misère, burn-out, absence de contrat de travail...

Premier emploi à Berlin

Enfin, on notera la présence des frondeurs de l'industrie musicale et logicielle, Ableton et Soundcloud, entreprises originaires de Berlin, dans lesquelles il est néanmoins très difficile d'entrer tant elles sont prisées par les jeunes diplômés.

Des conditions de travail difficiles

Notez cependant que les postes dans les start-ups web sont souvent beaucoup moins bien rémunérés que dans les secteurs traditionnels de l'automobile et l'industrie. En effet, ces jeunes entreprises offrent souvent des emplois en CDD reconductibles d'un an et des salaires mensuels avoisinant les 1000 € - 1300 € nets mensuels pour une charge de travail de 40 heures par semaine.

Ces entreprises présentent néanmoins l'intérêt d'intégrer des équipes de jeunes salariés issus des quatre coins du monde, soit un environnement idéal pour pratiquer un peu votre allemand, à condition bien sûr que vous renonciez à vous exprimer en anglais et que vous sortiez de temps en temps le nez de votre open-space franco-français.

Apprendre l'allemand : Un passage obligé, parfois laborieux mais pas forcément onéreux

De la nécessité de parler allemand

On ne le répétera jamais assez, si vous souhaitez vivre et travailler en Allemagne, il vous faudra obligatoirement apprendre l'allemand, sans quoi vous prenez le risque de passer à côté de tout ce qui fait le charme et le piquant de la vie berlinoise, sans parler bien sûr de vos chances de réussir sur le marché de l'emploi.

Pour pouvoir vous intégrer professionnellement et profiter au maximum de votre expérience berlinoise, il vous faudra donc non seulement intégrer des cours d'allemand mais également le pratiquer à toutes les occasions qui vous seront présentées.

Prendre des cours d'allemand à Berlin

A la Volkshochschule

Sachez que pour apprendre l'allemand, vous n'êtes pas obligés de passer par le Goethe Institut ou par une quelconque école privée très onéreuse. Renseignez-vous par exemple auprès de la Volkshochschule de votre quartier qui propose des cours d'allemand destinés aux étrangers à des tarifs imbattables.

Volkshochschule Université à Berlin

A l'université

Les universités (Humboldt Universität, Freie Universität, Technische Universität) proposent également des cours d'allemand de grande qualité pour des sommes modiques, qui sont certes adressés en priorité aux étudiants étrangers, mais auxquels vous pouvez assister en tant qu'auditeurs libres sous réserve de places disponibles.

L'apprentissage « in situ »

Les tandems linguistiques

Pour un apprentissage « en contexte » les universités proposent également des bourses d'échange afin de trouver un partenaire de tandem linguistique, c'est à dire que vous apprendrez le français à votre partenaire de tandem en échange de ses lumières dans la langue de Goethe, tout cela de manière entièrement désintéressée. Inscrivez-vous par exemple sur la bourse de tandems de la Freie Universität ou rendez-vous en personne dans le Département linguistique (Sprachinstitut) des universités sus-citées.

La colocation

Enfin, la vie en colocation (Wohngemeinschaft ou WG) est peut-être la manière la plus simple de développer vos capacités linguistiques et au passage de vous faire des amis allemands. Sachez aussi que dans une ville comme Berlin, la colocation ne se limite pas aux étudiants et qu'il est tout à fait possible de trouver des appartements où la moyenne d'âge des résidents avoisine les 40 ans.

De plus, vos colocataires se feront certainement un plaisir de vous aider dans vos tâches administratives. Car sachez que l'anglais, s'il est largement compris dans les rues de Berlin, est loin de constituer une langue officielle auprès des administrations et que vouloir tenir à jour sa paperasse en ne maîtrisant que l'anglais ou le français relève du parcours du combattant à Berlin.

Le désenchantement berlinois

La fin d'une illusion

Dans cet article, nous pensons vous avoir suffisamment mis en garde contre le « désenchantement berlinois ». De nombreux européens partis pour Berlin sans projet professionnel précis et sans savoir parler allemand en sont en effet revenus extrêmement déçus. On l'a vu, le marché du travail à Berlin, où le taux de chômage est deux fois plus élevé qu'à Paris, est particulièrement chaotique et précaire, aussi de nombreux Français non-germanophones ont-ils connu une intégration pour le moins compliquée. Afin de savoir où vous mettez les pieds, lisez par exemple le témoignage de Caroline ainsi que celui d'autres européens partis vivre à Berlin.

La fin des loyers bon marché

On a déjà évoqué le problème de la hausse des loyers à Berlin tandis que les salaires, eux, stagnent. Aussi, Berlin n'est plus aussi bon marché qu'elle a pu l'être au début des années 2000 et les personnes ayant trouvé un appartement pas trop cher dans les quartiers branchés de Friedrichshain, Kreuzberg ou Neukölln il y de cela 10 ou 15 ans ne sont pas prêtes de le lâcher. Dans de nombreux cas, ces personnes en sont même réduites à sous-louer leur habitation sur de la très courte durée à des touristes étrangers afin de pouvoir joindre les deux bouts en fin de mois.

Les villes auxquelles on ne pense pas assez

Leipzig

L'autre grande ville de l'Est, Leipzig a fait l'objet d'investissements publics massifs ces dernières années. Le marché de l'emploi n'y est certes toujours pas aussi florissant que dans le sud de l'Allemagne mais il y est beaucoup moins concurrentiel que dans la capitale allemande. Aussi, les loyers à Leipzig sont encore très abordables. Enfin, du point de vue de la qualité de vie « alternative », Leipzig n'a certainement plus rien à envier à sa grande sœur, car elle est de l'avis de tous plus « authentique » et riche en opportunités.

Hambourg et Cologne

Hambourg et Cologne sont également des villes très dynamiques du point de vue culturel et artistique, proposant une multitude de postes dans des domaines variés et pour des salaires autrement plus intéressants qu'à Berlin, notamment pour les francophones, en particulier à Cologne du fait de la proximité géographique d'avec la France et la Belgique.

Cologne ville dynamique

Munich, Francfort et Stuttgart

Quant aux villes traditionnellement considérées comme « riches » qui forment le tissu industriel allemand, leur vitalité économique garantit de l'emploi pour tous tandis que leur diversité culturelle favorise une intégration aisée.

En résumé, trouver un emploi à Berlin en général peut donc se révéler beaucoup plus compliqué que prévu. Quant à trouver un emploi à Berlin sans encore savoir parler allemand, cela relève du domaine du possible, mais il vous faudra vous tenir prêt à « jobber », à revoir vos prétentions salariales à la baisse ou à remédier aussi tôt que possible à vos lacunes en langue allemande. Aussi, si vous comptez faire carrière en Allemagne, il serait judicieux de vous renseigner au préalable sur la situation du marché de l'emploi dans d'autres grandes villes, car il y a de fortes chances que votre profil y soit plus valorisé que dans la capitale fédérale.