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Salaires des patrons en Allemagne : Ça bouge enfin

L'Union européenne tient peut-être une réforme historique pour la limitation des bonus des banquiers. En France et en Allemagne, le débat avance également sur la rémunération des autres patrons. TEXTE : RACHEL KNAEBEL



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Trop payés ces patrons? La question, récurrente, a indéniablement pris une dimension passionnée avec le déclenchement de la crise qui ravage la plupart des économies européennes depuis 2008. Dernièrement encore, Volkswagen a changé les règles pour la rémunération de son patron Martin Winterkorn face au tollé suscité. Il devait toucher 20 millions pour l'exercice 2012, ce sera finalement 14,5 millions. En France, on se rappelle l'émotion provoquée par le bonus de 16 millions en 2012 (cumulés depuis 2003) du patron de Publicis, Maurice Lévy. Une réalité salariale qui devient carrément insupportable pour le public quand ce sont les banquiers, grands artisans du fiasco économique actuel, qui s'y mettent. En 2010, le montant des bonus de Wall Street atteint ainsi 144 milliards de dollars, l'équivalent du PIB hongrois. Face à l'immobilisme des pays européens, craignant une perte d'attractivité en cas de cavalier seul, c'est finalement l'Union européenne qui va faire le premier pas.


Limitation des bonus des banquiers


Fin février, la Commission européenne, les États et le Parlement se sont entendus pour limiter le montant de la partie variable du salaire des banquiers, les bonus, à une fois leur salaire fixe. Et pour contenter le Royaume-Uni, qui redoute la fuite des "cerveaux" vers Zurich, Singapour ou New York, jusqu'à deux fois en cas d'accord de l'assemblée générale des actionnaires. Pas sûr toutefois que les rémunérations globales diminuent car la perche est déjà tendue pour une stratégie de contournement. "La limitation de la partie variable de la rémunération va nécessairement être compensée par une hausse du salaire fixe", prévient Maître Nicole Goulard, associée du cabinet Jeantet et spécialiste en fiscalité des dirigeants.


Say on pay


Le recours au principe du Say on Pay, c'est-à-dire de la soumission au vote des actionnaires de la rémunération des dirigeants sociaux, est une tendance qui prend de l'ampleur depuis le début des années 2000. Celui-ci peut être contraignant, la direction étant alors tenue de suivre le vote de l'assemblée générale (Pays-Bas, Suède et Norvège) ou consultatif (Australie, États-Unis, Italie ou Belgique), mais imposant souvent une communication sur la rémunération du dirigeant. D'autres pays prévoient une application volontaire du Say on Pay (Canada, Luxembourg ou Espagne). En France comme en Allemagne, le référendum suisse de début mars sur les "rémunérations excessives" ont fait des émules et dans les deux pays le Say on Pay est à l'étude.


Danger d'une surenchère législative ?


Côté allemand, on privilégierait plutôt un vote contraignant des actionnaires. Une perspective qui n'enchante pas tout le monde, alors qu'il revient généralement au conseil de surveillance - responsable légalement devant l'assemblée - de fixer la rémunération de l'exécutif. "Nous estimons qu'il est plus aisé de discuter au sein d'un groupe restreint comme le conseil de surveillance et que cela contreviendrait au principe allemand de Mitbestimmung, la co-décision, qui permet une représentation de l'ensemble des salariés", explique Heiko Willems, directeur des affaires juridiques de la BDI, une des principales organisations patronales allemandes. En France, les débats favoriseraient un vote consultatif, afin de garder une certaine "souplesse". "Un dirigeant de Dassault a récemment menacé de délocaliser ses équipes, au prétexte qu'il ne pouvait inciter ses managers, par des stockoptions ou des attributions gratuites en actions notamment, sur lesquelles le législateur s'est effectivement acharné ces quatre dernières années", rappelle Me Goulard. Une surenchère de texte également crainte du patronat allemand, à l'évocation d'une législation européenne. "Le débat doit être public, en raison de sa nécessaire acceptation sociale, mais le législateur ne doit pas imposer le niveau de la rémunération sur le marché privé", tranche Heiko Willems. Aux actionnaires désormais de justifier la confiance qui leur est accordée.


Les intérimaires à la peine


Plus de 900 000 personnes travaillent en intérim en Allemagne. Or, ces travailleurs ne sont pas soumis aux conventions qui réglementent leur secteur effectif d'activité, mais seulement à celle de l'intérim. Conséquence : ils gagnent moins que leurs collègues permanents. La différence dépasse par exemple 18 % chez les ingénieurs et les techniciens, selon une étude publiée en mars par l'institut d'analyse économique Hans-Böckler. Un salaire minimum de branche est tout de même en vigueur pour les intérimaires allemands depuis le 1er janvier 2012 : il est de 8,19 euros à l'Ouest et 7,50 euros à l'Est. En France, la rémunération du travailleur temporaire ne peut être inférieure à celle que perçoit un salarié de même qualification occupant le même poste au sein de l'entreprise qui fait appel à l'intérimaire. En outre, en compensation de la précarité de l'emploi, le travailleur temporaire perçoit en France une indemnité de fin de contrat au moins égale à 10% de la rémunération totale brute. Celle-ci n'est pas due si l'intérimaire est embauché en CDI en fin de mission.


TEXTE : RACHEL KNAEBEL