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Quatre cursus franco-allemands à la loupe

27. Januar 2011

Mondialisation, Union européenne, effacement des frontières... Des réalités incontournables dans une carrière. Quatre formations pour sortir des sentiers franco-français.



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Le master européen de gouvernance et d'administration


Alors qu'en Europe les cadres du service public sont de plus en plus amenés à agir à l'international, leur formation reste souvent confinée à l'échelon de leur pays. C'est pourquoi, en 2003, Jacques Chirac et Gerhard Schröder demandèrent à leurs ministres la création d'une formation commune pour les fonctionnaires de leurs deux pays. En 2005 c'est chose faite : le Master Européen de Gouvernance et d'Administration (MEGA) accueille sa première promotion. Il est piloté, côté français, par l'École Nationale d'Administration, et l'Académie Fédérale de l'Administration Publique côté allemand.


"Nos élèves sont surtout des jeunes cadres de l'administration française et allemande qui souhaitent internationaliser leur carrière, précise Janosch Nieden, coordonnateur du Master du côté français. Ils doivent être appuyés par leur direction, qui maintient leur rémunération pendant la formation. Mais on a aussi des cadres du secteur privé, qui viennent souvent d'entreprises qui ont des liens avec le secteur public, comme EADS." Ces derniers doivent cependant s'acquitter des frais d'inscription, à hauteur de 10 000 euros. Au programme : droit administratif comparé, affaires européennes, et gestion des ressources humaines. Le Master dure un an et comprend trois mois de cours à l'ENA et trois à Potsdam, un stage et la rédaction d'un mémoire. "Les diplômés retournent ensuite dans leur administration d'origine où ils sont affectés à un nouveau poste, plus international." Pour les cadres du secteur privé, ils repartent avec "un grand avantage compétitif" sur leur CV. Mais ce qu'apporte surtout le MEGA, c'est un réseau. "Les anciens élèves restent en contact, et peuvent donc se joindre rapidement quand ils ont besoin d'informations informelles, sur des négociations par exemple", conclut Janosch Nieden.


Le cursus trinational de génie civil


Parce qu'un diplôme binational n'était pas suffisant, l'IUT Robert Schuman de Strasbourg a mis en place un cursus de Génie Civil en partenariat avec deux autres universités : celle de Bâle en Suisse, et celle de Karlsruhe en Allemagne. Les étudiants des trois pays, recrutés à niveau bac, passent ainsi un an dans chaque établissement, plus un stage de cinq mois, afin d'obtenir trois licences. Évidemment, un bon niveau d'allemand est requis pour intégrer le programme. "La plupart de nos étudiants français ont de la famille allemande, ou viennent d'Alsace-Lorraine, où ils parlent un dialecte proche de la langue de Goethe", souligne Alain Welker, responsable de la filière.


"Durant les sept semestres, les étudiants apprennent les bases du génie civil. Et surtout, ils se familiarisent avec les normes de construction et de calcul différentes de chaque pays", poursuit le professeur. Les débouchés, en tant que conducteur de travaux ou dans un bureau d'études, ne manquent pas. "Surtout que le cursus, créé en 2005, répond à une réelle demande des employeurs dans le bassin rhénan. À Strasbourg il y a beaucoup d'appels d'offres internationaux. Le bâtiment d'Arte, par exemple, a été construit par une entreprise allemande. Dans ces cas-là, les entrepreneurs cherchent des gens qui parlent les deux langues et connaissent bien les normes françaises." Peu de chances donc de se retrouver au chômage avec cette triple licence en poche. "Mais les étudiants ont aussi la possibilité d'approfondir leurs connaissances en faisant un Master ou une école d'ingénieurs dans un des trois pays", conclut Alain Welker.


Master de journalisme option franco-allemand


"Côté français, on a très peu de jeunes journalistes qui sont capables de suivre et d'analyser l'actualité allemande, sans parler du manque de connaissances linguistiques. C'est un vrai problème pour les rédactions", constate Alain Peter, responsable du programme franco-allemand du Centre Universitaire d'Enseignement du Journalisme (CUEJ) de Strasbourg. Son établissement a donc ajouté une option binationale à son Master de journalisme en 2005, en partenariat avec le Centre Français de l'Université de Fribourg, de l'autre côté du Rhin. Pour y accéder, il faut évidemment passer le concours du CUEJ, et attester d'un niveau d'allemand suffisant. Du côté allemand, une sélection sur dossiers et un entretien suffisent. Le groupe de six Français et d'autant d'Allemands sélectionnés effectue son premier semestre à Fribourg, avant de rejoindre les bancs du CUEJ. Au programme : remise à niveau linguistique et culturelle, et de nombreux projets pratiques. "En deuxième année, les étudiants de l'option doivent aller dans une ville allemande et rendre compte de son actualité au travers d'un dossier multimédia par exemple."


Un des avantages de cette formation est qu'elle est reconnue par l'Université franco-allemande (UFA). Les élèves peuvent donc obtenir une bourse de mobilité pour financer leur séjour à l'étranger. Mais surtout, le Master avec cette option offre de bons débouchés. "Nos anciens étudiants se retrouvent à Arte, gros demandeur de ce genre de profils, mais aussi dans des rédactions dans le bassin rhénan, au sein de la Deutsche Presse Agentur (agence de presse allemande, DPA), etc." Sans oublier que le CUEJ fait partie de ces rares formations de journalisme reconnues par la profession en France.


Double master en droit francais et allemand


Si le Master 2 en droit français et allemand de l'Université Panthéon-Assas Paris 2 est très prisé, rares sont les élus à pouvoir l'intégrer. "Il n'y a que 25 places, explique Maryna Vartanova, du bureau des programmes d'échanges. Pour en décrocher une, il faut un excellent dossier universitaire, et justifier d'un bon niveau d'allemand." Sans compter que dix places sont d'ores et déjà réservées aux étudiants du diplôme universitaire intégré que propose Paris 2 en partenariat avec l'Université de la Sarre à Sarrebruck. Les heureux étudiants sélectionnés rejoignent donc ce cursus binational en troisième année de licence. Celle-ci se déroule à Paris, et consiste principalement en du droit civil et des affaires, avec des enseignements spécifiques en droit allemand et en terminologie juridique allemande.


Une fois la licence en poche, les apprentis juristes peuvent choisir entre deux destinations pour effectuer leur Master 2 : l'Université Humboldt de Berlin, ou l'Université Ludwig Maximilians de Munich. Dans la capitale allemande, les étudiants obtiendront un double diplôme de droit comparé. "Ce cursus s'oriente davantage vers la recherche. Le Master de Munich est plus professionnel", précise la responsable administrative. L'objectif de ce second Master est en effet de former des avocats d'affaires internationaux. Une formation qui offre de nombreux débouchés : "L'Allemagne est le premier partenaire économique de la France, ce qui se traduit par une forte présence des entreprises allemandes dans l'Hexagone et inversement." Autant d'employeurs potentiels qui ont besoin de juristes aptes à travailler dans les deux langues et à faire l'interface entre les différents systèmes juridiques.


TEXTE : DEBORAH BERLIOZ