Connexion-Emploi

Le site emploi franco-allemand

Les nouveaux ambassadeurs du vin allemand

31 octobre 2011



Paris_Berlin_LogoParisBerlin (http://www.parisberlin.fr) est le seul newsmagazine qui vous informe chaque mois sur l'actualité franco-allemande dans les domaines suivants : politique, économie, mode de vie, culture, éducation, médias.




En ce début d'automne sur les coteaux du Rheinhessen, Eva Vollmer engage une bataille de tous les jours pour mener le raisin à maturité. Dans la plus grande région viticole allemande, comme en France, l'année 2011 a été capricieuse avec ses chaleurs printanières, son été pluvieux, ses gelées en mai, et son raisin précoce. Mais il en faudrait plus pour décourager la jeune vigneronne de 26 ans, qui en est à son quatrième millésime. En 2007, elle crée son propre domaine viticole après une formation à Geisenheim et un stage en Californie. Eva part de zéro ou presque. Assez rare pour en faire un argument marketing ! "Du vin depuis 1734 ? Des bouteilles depuis quatre générations ? Une famille ancrée dans la vigne avec style et tradition ? Non, ça n'existe pas chez nous ! Avec fierté nous proclamons : du vin depuis 2007 !" lance-t-elle sur son site Internet.


Le culot paye. Son engagement pour un vin de qualité aussi. "Mon vin porte mon nom alors je veux un vin qui me ressemble : les pieds sur terre et plein d'énergie." Sa production annuelle est passée de 5 000 à 65 000 bouteilles en 2010. Un succès pas étranger à la distinction du très sélect Gault Millau qui la désigne vigneronne "découverte de l'année" en 2010. La blonde souriante est ainsi devenue l'un des symboles de cette "Génération Riesling" qui prend la relève avec succès et bouscule les vieux stéréotypes sur le vin allemand. "Il a longtemps souffert d'une image de vin pas cher, sucré, un peu démodé", se désole Andreas Kaul du Deutsches Weininstitut.


C'est pour pénétrer le marché anglais que le DWI lance en 2005 une initiative regroupant des jeunes vignerons. Génération Riesling est née. Mais l'opération marketing se transforme en phénomène générationnel. Aujourd'hui le réseau regroupe près de 300 membres de moins de 35 ans travaillant dans le vin. Leur signe distinctif ? "Avoir été formés longuement et avoir voyagé dans le monde entier", explique Andreas Kaul. "Ils ne font pas forcément des vins très différents mais ils ont une autre approche." Pas question de fonctionner comme un syndicat viticole.


Ici, à l'image du Web 2.0, on préfère parler de réseau et plate-forme. Vignerons de l'ère mondialisée, ils organisent des rencontres "lounge" de dégustation, communiquent à coups de Facebook, s'allient à des restaurateurs pour des soirées mets/vin, participent à des rencontres internationales, défendent une image de marque. "Je suis allé au Danemark avec Génération Riesling pour faire goûter mes vins. C'est une démarche naturelle pour nous qui avons beaucoup voyagé à l'étranger pendant notre formation. Nous ne restons plus seulement dans nos vignes", explique Friedrich Seeger, 25 ans. Après trois diplômes, un stage en Californie et un autre dans le Bordelais, il est revenu dans le Pfalz pour travailler aux côtés d'une famille de viticulteurs qui a choisi la filière bio depuis les années 80. "Je veux m'inscrire dans cette tradition tout en y apportant de la modernité."


Marché allemand en mutation


En juin dernier, Génération Riesling s'est installée pour la première fois à Vinexpo, le plus important des salons du vin organisé tous les deux ans à Bordeaux. Histoire d'aller se frotter à un territoire difficile à conquérir. La France, avec sa surface viticole huit fois plus importante et son prestige, n'est pas réputée pour avoir le goût des vins étrangers... Pour l'heure, ces jeunes vignerons cherchent surtout à marquer leur empreinte sur un marché intérieur en pleine mutation. Les Allemands consomment de plus en plus de vin - désormais au quatrième rang mondial - et, surtout, de plus en plus de rouge. Quant au Riesling, il est véritablement devenu un étendard et s'invite désormais sur les cartes des plus grands restaurateurs aux États-Unis ou dans les pays scandinaves. Pour Eva Vollmer, la question de l'exportation n'est pas encore d'actualité. Comme pour son vin qu'elle n'aime pas brusquer, elle veut "y aller doucement".


TEXTE : STÉPHANE PICHON