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Le marché français, étape obligée des investisseurs allemands

8. Januar 2013

En 2011 comme en 2010, les investisseurs allemands ont fait de la France leur toute première destination. L'Hexagone dispose avec son grand marché et sa main-d'œuvre d'atouts majeurs qui font oublier les rigidités sociales. TEXTE : CHRISTINE MURRIS



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On la dit moins compétitive que par le passé, accablée par les affres du chômage et de la dette publique, trop souvent paralysée par les conflits sociaux... La France, pourtant, continue d'attirer les investisseurs du monde entier, et les Allemands au premier chef. En 2011, selon les tout derniers chiffres disponibles, les entreprises allemandes y ont créé quelque 120 nouveaux projets. Elles ont aussi développé ou étendu plus de 550 sites déjà existants. Mais que viennent chercher les entreprises allemandes "dans cette galère", alors qu'elles évoluent chez elles dans une économie de plein emploi, performante sur à peu près tous les terrains ?


D'abord des atouts connus de longue date : "Ce sont les fondamentaux", assure David Appia, président de l'Agence française pour les investissements internationaux (AFII). "On trouve traditionnellement en France une organisation logistique efficace, des moyens de communication performants et modernes. C'est aussi la qualité de la main d'œuvre et sa productivité, la diversité du tissu industriel ou encore les terrains disponibles d'un pays qui n'a pas une trop forte densité d'habitants, qui attirent nos partenaires étrangers... Surtout, la France est pour nos voisins un grand marché : impossible de passer à côté !"


De fait, c'est bien là l'argument qui a en premier lieu retenu l'attention d'une entreprise comme Bertrandt AG, entreprise de service spécialisée dans l'ingénierie automobile et aéronautique qui compte aujourd'hui en France 700 salariés installés sur trois sites en pleine expansion. "Notre objectif premier", souligne Jesko Herrmann, président de Bertrandt France, "était de nous rapprocher des constructeurs automobiles qui sont nos clients. Or, en Europe, la France est la première nation pour l'automobile, après l'Allemagne. Nous travaillons aussi pour l'aéronautique à Toulouse, près d'Airbus". En 2012, malgré les difficultés des constructeurs automobiles français, et notamment de PSA, Bertrandt ne baissera pas pavillon : au contraire, des investissements sont prévus pour développer l'entreprise en la diversifiant, "notamment vers le ferroviaire et la mobilité urbaine".


La proximité rassure les clients


Même perspective pour une entreprise de taille plus modeste qui travaille, elle, au plus près des concessionnaires auto. Nussbaum France, qui distribue les équipements, exclusivement fabriqués en Allemagne, des garages auto, dispose en France d'une petite équipe de dix-huit personnes depuis 2011. Malgré la crise, elle a enregistré l'an dernier un chiffre d'affaires de 5 millions d'euros, soit un bond en avant de 30 % par rapport à l'année précédente. "Nous étions déjà présents, partiellement, grâce à des commerciaux en France. Mais la proximité avec les clients est indispensable pour qui veut vraiment progresser. Les Français préfèrent acheter leurs équipements à une société qui a une structure juridique sur le territoire, cela les rassure, notamment en termes de service après-vente...", explique Geoffroy You, directeur général Nussbaum France.


Crédit d'impôt recherche


Pour Aenova Holding, une société de Paehl, au sud-ouest de Munich, spécialisée dans la production de médicaments, l'implantation en France joue plutôt un rôle de tremplin. En 2011, cette société allemande leader dans le secteur pharmaceutique, déjà présente en Suisse et en Roumanie, s'est associée à SkyePharma, une entreprise d'origine anglaise installée à côté de Lyon. Objectif : se doter de la capacité de production d'une société déjà performante sur les marchés européen et américain : "SkyePharma, agréée aux États-Unis par la Food and Drug Administration, permet à Aenova d'entrer sur le marché américain pour certains types de médicaments. Ce partenariat développe aussi notre position en Europe, et accroît notre savoir-faire dans certains produits complexes", explique Heiner Hoppmann, CEO de Aenova Group. Avantages mis en exergue par l'entreprise : une région qui, outre son efficacité logistique, offre un environnement industriel et économique prestigieux avec Lyonbiopôle, un pôle de compétitivité d'excellence mondial dans le domaine des biotechnologies. D'où la volonté de la socié- té d'amplifier le mouvement : "Nous investirons 3 millions d'euros d'ici 2013. Quant au recrutement, il est bien plus facile ici qu'en Allemagne, compte tenu de la démographie et de la disponibilité d'une main- d'œuvre très qualifiée et motivée", poursuit Heiner Hoppmann.


Tout n'est pourtant pas simple, les entreprises allemandes ne manquent pas de le rappeler, au pays de la "vie en rose" : "lourdeurs administratives", "rigidité sociale et, surtout, 35 heures hebdomadaires !" pour Jesko Hoppmann, compliquent le quotidien des chefs d'entreprise. L'instabilité législative et fiscale est également citée, même si les sociétés allemandes apprécient les avantages du Crédit Impôt Recherche, une facilité accordée aux entreprises qui se spécialisent dans la R&D (recherche et développement), qui n'existe pas sous cette forme en République fédérale.


De quoi décourager les ardeurs dans les années à venir? Probablement pas. Crise ou pas crise, les entreprises allemandes sont des fidèles du marché français, compte tenu de l'imbrication des deux économies (la France est le premier client de l'Allemagne et son troisième fournisseur). Et cela même dans un secteur comme la presse, pourtant réputé en grande difficulté : la deuxième agence de presse allemande, la DAPD, ne vient-elle pas, en juillet 2012, de racheter le service français d'Associated Press à Paris, après avoir mis en 2011 la main sur Sipa Press, spécialiste de la photo de presse, et sur Diora News, fournisseur de contenus pour la téléphonie mobile ?


7 000 projets


Actuellement, 3 100 entreprises d'origine allemande emploient en France plus de 300 000 salariés. Le flux ne faiblit guère : bon an mal an, le grand voisin reste le premier ou le deuxième investisseur du pays, précédé ou suivi selon les années par les États-Unis. Dans un contexte de crise, les entreprises allemandes ont réalisé en France 782 projets en 2010 et 698 en 2011, des niveaux historiquement hauts. 54 % de ces investissements ont concerné en 2011 des extensions de capacité ou des développements de sites déjà existants ; 120 décisions sont des projets entièrement nouveaux. Tous les secteurs d'activité sont concernés. Pourtant, malgré les fermetures d'usine et les défaillances industrielles en France, les investissements allemands ont privilégié l'an dernier les activités de production, soit près de 40 % des nouveaux projets. En baisse en 2011, les projets dans le domaine de l'énergie et du recyclage, pourtant en pointe en 2010.


TEXTE : CHRISTINE MURRIS