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La puissance du vent en Allemagne

3. März 2011

L'aventure débute avec une idée, obtenir de l'énergie avec le vent. La société Enercon est née avec sa première éolienne en 1984. Aujourd'hui, cette entreprise est le premier constructeur allemand et un leader technologique dans le monde.

« Une nouvelle usine chaque année », déclare Klaus Peters. Il le dit comme si c'était tout naturel et ne représentait pas un grand défi. Peters regarde par la fenêtre de son bureau très simple, situé au premier étage. Dehors, dans la zone industrielle, de gros poids lourds attendent leur chargement. Des engins de chantier viabilisent des terrains. Des collaborateurs, des partenaires et des clients cherchent une place pour se garer. La zone industrielle est devenue trop petite pour cette entreprise en pleine expansion. Il ne s'agit pas d'une société allemande internationalement connue comme Daimler, Siemens ou BASF. Il s'agit d'Enercon. Fondée il y a moins de 25 ans dans la petite ville d'Aurich dans le nord de l'Allemagne, cette entreprise est aujourd'hui le premier constructeur d'éoliennes en Allemagne et un leader technologique dans le monde. Klaus Peters, électricien et ajusteur de son métier, en fait partie depuis le début et en dirige aujourd'hui la fabrication.

Les diplômes de maîtrise et un diplôme de gestion d'entreprise au mur du bureau de Peters rappellent le passé. Les fanions de différents pays installés sur le bureau illustrent l'expansion ultrarapide de l'entreprise. Des photos sur une paroi montrent les sites internationaux. Enercon s'implanta en Inde dès le début des années 1990, elle produit aussi au Brésil depuis le milieu des années 1990 et en Turquie depuis la fin des années 1990. En 2001, Enercon reprit un ancien chantier naval en Suède. Récemment, la production a débuté au Portugal. L'entreprise recherche actuellement un site en Espagne. La carte de ce pays est déjà fixée sur la paroi, plusieurs notes indiquent un site potentiel.

C'est le best-seller Die heimlichen Gewinner, dans lequel le consultant en entreprise Hermann Simon présentait il y a 10 ans des P.M.I. allemandes leaders du marché mondial dans leur spécialité mais généralement peu connues du grand public, qui a lancé l'appellation hidden champions, les champions inconnus. Le livre a été réédité l'année dernière. « Enercon est l'une des entreprises qui m'ont le plus impressionné », déclare Simon. En effet, la société d'Aurich remplit presque tous les critères d'un hidden champion : un produit innovant, un service clientèle parfait, une forte internationalisation expliquent la forte croissance de l'entreprise.

La vue depuis l'escalier de fer derrière le bureau de Peters dans le hall d'assemblage final nous fait comprendre les dimensions de cette aventure. Dans ce hall, on monte d'immenses nacelles. Pesant 75 tonnes chacune, elles sont la pièce principale des éoliennes. Le dernier modèle Enercon, la E-126 avec un rendement nominal de 6 mégawatts, a un rotor de 126 mètres de diamètre, d'où son appellation. Chaque pale du rotor est plus longue que l'aile d'un Airbus A 380. Et l'assemblage final rappelle effectivement le montage d'avions, à la seule différence que des intérêts nationaux et des groupes internationaux épaulent le constructeur aéronautique alors qu'un seul homme porte Enercon sur ses épaules : Aloys Wobben, le fondateur et propriétaire de l'entreprise.

Au début des années 1980, Wobben, qui emploie directement et indirectement plus de 10000 personnes, eut l'idée de produire de l'énergie avec du vent. Une idée visionnaire car, à l'époque, il n'existait pas de solutions techniques ni de marché de l'énergie éolienne. En 1984, cet ingénieur monta avec Klaus Peters sa première éolienne dans un hangar qu'il avait loué. Elle se dresse aujourd'hui dans le jardin de Wobben, à la périphérie d'Aurich, et alimente sa maison en électricité. Véritable pionnier, Wobben s'attacha à en améliorer la technologie et parvint à mettre au point une éolienne sans multiplicateur - aujourd'hui encore une exclusivité de sa société. L'avantage de ce type d'éolienne : moins d'usure, une plus longue durée de vie et moins de maintenance.

Les premières éoliennes n'ont plus guère de points communs avec les installations high-tech d'aujourd'hui. Au lieu des 55 kilowatts que livrait le premier modèle E-15, le modèle E-126, d'une hauteur totale de 198 mètres, fournit aujourd'hui 18 millions de kilowatt/heures par an - soit l'électricité de 4500 foyers. Comme Airbus, Enercon possède plusieurs gammes de produits, allant de la E-33 pour les sites d'accès difficile aux best-sellers E-70 et E-82, en passant par le jumbo des éoliennes, la E-126. Celle-ci a les pales de rotor typiques d'Enercon, ressemblant à des nageoires, qui fournissent 15 % de plus de puissance pour le même diamètre. « C'est révolutionnaire », explique Klaus Peters. Enercon a installé 13000 éoliennes. Elles ont toutes des nacelles en forme de goutte, dessinées par le grand architecte britannique Lord Norman Foster et qui distinguent, même vues de loin, les installations Enercon de celles des autres constructeurs. Des modèles plus petits, la E-10 et la E-20, sont actuellement à l'étude afin de proposer des solutions individuelles.

Alors que Klaus Peters gère la réalisation concrète de cette technologie, Aloys Wobben, à qui l'université de Kassel a décerné en 2006 le titre de docteur honoris causa, s'occupe lui du développement technologique et de la stratégie. Dans le magazine d'Enercon Windblatt, Wobben affirme que « la protection du climat en Europe a besoin d'une rapide mise en place de la stratégie la plus performante pour éviter les émissions de CO2 : les énergies renouvelables. » Il souhaite le développement de la Loi sur les énergies renouvelables (EEG) qui garantit un prix d'achat fixe aux producteurs et a permis la réussite d'entreprises comme Enercon.

Pour Aurich et la région de la Frise orientale, l'EEG est une chance. Nombre de parcs d'éoliennes ont été érigés dans la région, favorisés par les vents forts qui soufflent sur la côte et par une faible densité démographique. Aujourd'hui, près de 90 % de la consommation d'électricité en Frise orientale proviennent de l'énergie éolienne, du moins au niveau mathématique. Et à la mairie de cette commune de 40000 habitants, un « groupe de travail Enercon » se réunit une fois par semaine pour mettre des terrains à la disposition de l'entreprise. Le chargé du développement économique Johann Stromann se souvient des débuts, à une époque où il n'était responsable que des bâtiments individuels. « Une demande de permis de construire pour une éolienne avait atterri sur mon bureau. Mais les règlements d'urbanisme n'abordaient pas le sujet. » L'administration supérieure compétente ne trouva pas non plus de textes correspondants et répondit « dans le doute, abstiens-toi ». Il rapporta le résultat de ses recherches à son supérieur qui lui demanda d'abord ce qui arriverait si l'éolienne tombait. « Elle tomberait dans le jardin », répondit Stromann. La deuxième question de son chef de bureau fut « qu'en pensez-vous ? ». Et Stromann de répondre : « Je trouve que ce n'est pas une mauvaise idée ». Son chef lui conseilla alors d'autoriser la construction. C'est ainsi que Stromann fut pratiquement l'accoucheur d'Enercon - mais c'est là de l'histoire ancienne.

TEXTE : MARTIN ORTH

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