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Heureux comme un patron français en Allemagne

19. Juli 2013

Depuis 2006, Rewe est dirigé par Alain Caparros, lorrain germanophile, et pur produit du franco-allemand. TEXTE : FREDERIC THERIN



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Le portrait de Louis XIV est fabriqué à partir d'articles en vente dans des supermarchés. Son propriétaire, Alain Caparros, a trouvé amusant de faire accrocher ce photomontage en bas de l'ascenseur du siège de Rewe, une chaîne de supermarchés. Le plus français des patrons allemands ne se prend pas pour autant pour le Roi-Soleil. Lors de son arrivée en 2006 à la tête du deuxième plus important distributeur du pays, il a, au contraire, cherché à abattre les cloisons qui isolaient les hautes sphères de ce géant aux 49,7 milliards d'euros de chiffre d'affaires. En débarquant au siège de la société situé à deux pas de la gare centrale de Cologne, "j'avais l'impression de voir un film des années 70 où Bernard Blier arrive dans sa R16 au siège de sa société pour garer sa voiture à un emplacement marqué de son nom", se souvient-il. "La hiérarchie était pesante. Le quatrième étage du bâtiment qui abrite la direction était une nébuleuse sur laquelle couraient les bruits les plus fous. On disait ainsi que seul le grand patron pouvait marcher sur le petit pont du jardin japonais qui se trouvait dans le complexe." À l'époque, peu de gens auraient misé un euro sur l'avenir de ce Français.


Des réformes difficiles


Quatrième patron nommé en trois ans, il était devenu la cible des tabloïds. Après s'être aperçu que les murs de ses bureaux avaient des oreilles, il avait même dû faire mettre dans les murs du siège des équipements pour éviter les écoutes. Après une période de "baby-blues", ce père de trois enfants a choisi de mettre les pieds dans le plat en changeant une bonne partie de son conseil d'administration et en regroupant en un week-end l'ensemble des magasins sous l'enseigne Rewe.


L'ambiance s'est, depuis, largement pacifiée. Alain Caparros s'est servi de ses origines pour faire passer quelques réformes difficiles. "Les Allemands ont tendance à beaucoup nous pardonner et comme j'étais le seul Français à un tel poste dans ce pays, le gage d'exotisme dont j'ai pu profiter m'a permis de faire accepter certaines décisions difficiles", explique-t-il. Son fort accent quand il parle l'allemand - qu'il maîtrise parfaitement ne serait-il donc pas une "manœuvre" pour rappeler ses origines à ses interlocuteurs ? "Pas du tout", se défend-il. "Je m'entends parler avec ce satané accent mais je ne parviens pas à m'en défaire..."


L'arrivée de ce Lorrain d'adoption à la tête de Rewe et de ses 15 696 magasins n'est pas due au hasard. Sa carrière a toujours été frappée du sceau franco-allemand ou germano-français, c'est selon...


Quand il a quitté en 1962 son Algérie natale à l'âge de 6 ans pour emménager à Metz, son regard s'est tout de suite tourné de l'autre côté du Rhin.


"J'ai toujours trouvé ce pays accueillant et quand un petit Français faisait l'effort de baragouiner l'allemand il était reçu les bras ouverts", se souvient-il. "J'ai donc souvent été là-bas grâce notamment à des familles d'accueil." Dès la fin de ses études à Metz et Sarrebruck, il part faire ses armes chez Yves Rocher... Allemagne. Il restera quatorze ans dans le groupe de cosmétiques pour finir directeur général de la zone Autriche-Suisse- Allemagne.


En 1994, il rentre "au pays" pour travailler pour Aldi Nord qui lui confie les commandes d'Aldi Marché. Quatre ans plus tard, il est nommé PDG d'Aldis Service Plus, une société appartenant à l'Allemand Metro et au Suisse Bon Appétit. L'entreprise devient vite le numéro un français de l'approvisionnement des boulangeries et des pâtisseries. Impressionné par ses performances, le troisième plus gros distributeur suisse le nomme en 2000 à son conseil d'administration. Il en deviendra vite le patron et négociera sa vente au géant Rewe.


Marié tout d'abord à une Allemande, il convolera en secondes noces avec une Française qui a dû apprendre la langue locale en s'installant à Düsseldorf. Si Alain Caparros dit "se sentir beaucoup mieux" en République fédérale qu'en France, il avoue aussi retourner très souvent dans son pays d'origine . "Mais si je suis très content d'y aller, je suis aussi très content d'en repartir", résume-t-il. "Le problème, ce n'est pas la France mais les comportements de nombreux Français. Je n'aimerais plus être un patron dans ce pays car vous êtes critiqué et soupçonné en permanence. C'est malsain et frustrant. Quand j'ai quitté la France, je passais 70% de mon temps avec les syndicats et les représentants du personnel dans des confrontations qui n'aboutissaient à rien. En Allemagne, les discussions avec les syndicats sont dures mais constructives."


Le patron de Rewe a même pendant un temps pensé à changer de nationalité. Sa carrière touche à sa fin. "J'ai dit que j'arrêterai d'exercer des fonctions opérationnelles à la fin de mon mandat chez Rewe en 2016", affirme t-il. "On doit accepter que la vieillesse est une chose tragique et ne pas s'accrocher au pouvoir..."


TEXTE : FREDERIC THERIN