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Excellence ou élitisme ? Le nouvel éclat des formations franco-allemandes

18 mars 2010

Depuis la création de l'"initiative d'excellence", qui distingue en Allemagne des établissements dits d'"élite" parmi les universités, les partenariats de double-diplôme avec les grandes écoles françaises ont pris un nouvel éclat. Cependant, si les deux pays partagent la volonté de former des cadres franco-allemands de haut niveau, le mot "élite" reste compris différemment de part et d'autre du Rhin. TEXTE : ANNE MAILLIET



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Longtemps, les Allemands ont voulu croire en l'égalité devant l'enseignement supérieur. Mais dans la course aux meilleurs placements dans les classements internationaux, l'idéal de l'université "humboldtienne"(1) ne tenait pas la route. En 2005, l'enseignement secondaire allemand fait face à une révolution : le gouvernement fédéral lance une initiative d'excellence qui distingue les neuf meilleures universités allemandes et subventionne les meilleurs pôles de recherche. Alors que cette initiative a brisé un tabou en Allemagne, la tradition française des grandes écoles est parfaitement établie.


Les classes préparatoires, la voix royale pour intégrer les grandes écoles comme Sciences Po, l'ENA ou HEC, sélectionnent dès la terminale les meilleurs élèves qui deviendront les cadres dirigeants de l'Etat français et de ses fleurons industriels ou culturels. Dans les universités allemandes, les modalités de recrutement sont plus subtiles qu'en France. N'importe quel étudiant peut en effet s'inscrire en première année dans l'université de son choix, mais les instituts les plus réputés au nombre de places limitées appliquent depuis longtemps le système du numerus clausus et se donnent ainsi la possibilité de n'accepter que les meilleurs.


"L'excellence n'est pas l'élitisme"


Avec l'initiative d'excellence, cette sélection s'intensifi e, mais les résultats sont là. A la Freie Universität Berlin (FU), l'Université libre de Berlin, qui fait désormais partie du club des universités d'excellence, les étudiants, en particulier les doctorants, se bousculent au portillon et les demandes de coopération internationale se multiplient. "Le label d'excellence allemand a contribué à accélérer la mise en place d'un certain nombre de coopérations qui étaient en projet, il a agi comme un catalyseur", confirme Magnus Rüde, qui coordonne le pôle international de l'initiative d'excellence à l'Université libre.


Environ 140 partenariats internationaux sont en cours dans l'université berlinoise et les coopérations franco-allemandes y fi gurent en bonne place. Sciences Po et l'institut Otto-Suhr proposent depuis quelques années un double diplôme et à la rentrée 2009, les Bachelors les plus brillants d'HEC et de l'Institut Otto-Suhr vont inaugurer une double formation en sciences politiques et gestion des entreprises (voir interviews). La prestigieuse école Polytechnique dispose de son côté de partenariats de double diplôme avec deux universités d'excellence allemande : la Technische Universität de Munich et l'Université de Karlsruhe. Pour autant, les universités d'excellence allemandes ne se considèrent pas comme élitistes.


"La FU occupe une position de premier rang dans le domaine de la recherche en sciences humaines et elle a été distinguée pour cela, mais elle n'est pas une université d'élite, comme l'est par exemple l'ENA en France", explique Magnus Rude. "En Allemagne, la notion d'élite est problématique depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale en raison de l'idéologie nazie et de sa conception d'une élite raciale. Donc quand l'idée de ce concours est née, il s'agissait dès le départ de promouvoir la recherche au sein des universités et non pas l'ensemble de leur travail académique. Il ne s'agit pas d'être élitiste, mais compétitif dans certains secteurs. C'était un compromis nécessaire pour faire accepter cette initiative d'excellence".


(1) Modèle fondé sur deux principes : celui de l'autonomie de l'université, et celui d'un savoir conçu comme formant par lui-même les étudiants sans autre considération que celles de sa transmission et de son renouvellement.


TEXTE : ANNE MAILLIET