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Etudier en Allemagne pour gagner plus ? Pas toujours...

En Allemagne comme en France, plus le niveau d'études est élevé, plus le salaire est important. C'est la règle. Pourtant, plusieurs études menées en Allemagne montrent désormais que les Akademiker (= diplômés universitaires) ne gagnent pas toujours plus que ceux qui ont appris un métier à travers une Ausbildung (= formation duale en alternance). Les politiciens allemands réclament un tournant dans la politique d'enseignement du pays.

Faire des études est toujours intéressant - mais pas forcément d'un point de vue financier. Celui qui fait son Abitur au Gymnasium puis décide d'étudier à l'université, se verra parfois moins bien rémunéré qu'une personne sans études supérieures et parfois même sans le bac. C'est ce que prouvent des études de l'Institut d'Études Économiques allemand (DIW) et du Système d'Information des Études Supérieures (HIS).

C'est pour cette raison que les politiciens et experts allemands souhaitent réformer la politique d'enseignement. Ulla Burchardt, porte-parole de la politique d'enseignement du SPD au sein du Parlement, a déclaré au Tagesspiegel : "En Allemagne, il y a quelque chose dans la politique de formation qui ne tourne pas rond."

La Ministre de l'Éducation allemande, Annette Schavan (CDU) souligne au contraire la grande valeur de l'enseignement. "Plus le niveau d'études est élevé, plus le risque d'être au chômage est bas, et donc plus le revenu individuel est élevé, de même que le bénéfice pour l'ensemble de la population.", a-t-elle déclaré au Tagesspiegel.

Il ne faut pas opposer l'enseignement professionnel et l'enseignement académique. "L'artisanat allemand représente une formation de grande valeur - dans beaucoup d'autres pays, il correspond à des études supérieures." Patrick Meinhardt, porte-parole de la politique d'enseignement du groupe parlementaire FDP, argumente dans le même sens. "Il est temps de reconnaître, que la formation professionnelle et la formation académique ont la même valeur", dit-il.

D'après ces études, il y a en Allemagne beaucoup de professions pour lesquelles ni une formation supérieure, ni le baccalauréat ne sont nécessaires. Pourtant, celles-ci sont parfois rémunérées jusqu'à 350 euros nets de plus que d'autres professions pour lesquelles avoir suivi un enseignement supérieur est nécessaire.

C'est ainsi que le salaire des commerciaux dans le domaine de l'assurance, de la livraison ou de la comptabilité se situe entre 11 et 13 euros de l'heure, alors que beaucoup de professeurs de lettres ne gagnent qu'entre 10 et 11 euros de l'heure. Avec une formation universitaire en musique ou en sociologie, cela descend jusque 9 euros.

L'Institut de l'Économie allemande (IW) a comparé la rentabilité des académiciens et des personnes qui ont suivi un apprentissage ou une formation complémentaire pour devenir technicien. "Les académiciens étudient pendant jusque 7 années supplémentaires que ne le demande la loi, par conséquent, ils se privent de 7 années de revenus.", déclare Axel Plünnecke, expert pour l'IW. Leur rentabilité est d'en moyenne 7,5%, alors qu'elle est de 8,3% pour les artisans ou les techniciens.

Selon Axel Plünnecke, une raison à cela serait notamment le manque croissant de personnel qualifié. "Les personnes qui sont le plus ardemment recherchées sont majoritairement des techniciens et non des théoriciens. Une formation professionnelle offre par conséquent des possibilités très intéressantes." De plus, d'après l'HIS et l'Institut du Marché de l'Emploi et de la Recherche Profesionnelle (IAB), de plus en plus de personnes se décident à faire des études supérieures, cela en rend la formation moins exclusive. "La formation universitaire tend à perdre de la valeur", a déclaré Harm Kuper au Tagesspiegel - il enseigne les sciences de l'éducation à la Freie Universität de Berlin.

D'après les conseillers en ressources humaines, lors de candidatures, l'expérience professionnelle a bien plus de valeur que la formation universitaire. Selon Michael Hartmann, professeur de sociologie à la Technische Universität de Darmstadt, l'origine sociale jouera un rôle de plus en plus important dans l'attribution des postes de leaders.

Source : Der Tagesspiegel - Studieren zahlt sich oft nicht aus

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