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Allocation de congé parental en Allemagne : les dix ans d’une mini-révolution

Au début des années 2000, il n'était pas rare en Allemagne de croiser des femmes qui ne travaillaient pas. La Rabenmutter n'avait pas bonne presse. Mais beaucoup reculaient également devant la difficulté de concilier une vie professionnelle avec l'éducation de leurs enfants. Madame restait donc à la maison pendant que Monsieur faisait bouillir la marmite. Aujourd'hui, cette situation a bien changé. C'est en partie grâce à une petite révolution : l'allocation de congé parental (Elterngeld), créée il y a dix ans.

Améliorer la conciliation travail-famille

C'est Ursula von der Leyen, ministre de la Famille du premier gouvernement d'Angela Merkel, qui a porté cette innovation en Allemagne. L'idée était simple. Il s'agissait de remplacer l'allocation d'éducation par un revenu de substitution versé au(x) parent(s) choisissant d'interrompre leur carrière pour quelques mois afin de s'occuper de leur enfant.

Améliorer la conciliation travail-famille allemande

Le taux de remplacement fut fixé à 67 % du salaire perçu, avec un plancher de 300 euros mensuels pour les inactifs et un plafond de 1 800 euros pour les plus hauts revenus. La mesure comportait également une innovation décisive : les droits à l'allocation étaient prolongés si le père demandait lui aussi à en bénéficier.

Aide matérielle

L'allocation de congé parental entra en vigueur le 1er janvier 2007. Son succès fut immédiat. En dix ans, huit millions de parents en ont bénéficié. 82 % d'entre eux déclarent qu'elle a été pour eux une aide importante en termes de revenus.

L'allocation de congé parental « donne aux parents la sécurité matérielle nécessaire pour prendre un temps de congé avec leur bébé, et elle leur apporte une aide fiable au moment exact où ils en ont besoin », constate l'actuelle ministre de la Famille, Manuela Schwesig.

Des effets sur la société

Mais dix ans de recul permettent d'aller plus loin, et de mesurer des effets plus profonds sur la société. Une étude de l'Institut allemand pour la recherche économique (DIW) les a récemment analysés.

Elle constate d'abord un net accroissement du travail des femmes. L'allocation de congé parental a, certes, conduit les femmes les plus diplômées et les mieux rémunérées à s'arrêter de travailler plus longtemps. Mais elle a aussi conduit davantage de femmes à revenus faibles à reprendre une activité dès la deuxième année. « Elle a ici atteint son objectif », souligne le DIW. Depuis sa création, « l'idée s'est ainsi ancrée chez les femmes qu'une interruption de douze mois était la norme socialement acceptée » après une grossesse.

Effets sur la société en Allemagne

De plus, l'allocation de congé parental a changé des normes sociales profondément ancrées. Le nombre de pères s'arrêtant de travailler pour garder leurs enfants est, en effet, passé de 3 % à plus de 34 % en l'espace de dix ans. Aujourd'hui, il n'est plus rare de croiser dans la rue ces « nouveaux pères » qui ne travaillent pas.

La loi vient même de consacrer leur rôle. Depuis le 1er juillet 2015, une nouvelle version de l'allocation de congé parental (ElterngeldPlus) a été créée pour les parents qui choisissent de se partager les tâches éducatives en travaillant tous les deux à temps partiel (25-30 h./sem.).

Retrouvez l'article original (du 9 Janvier 2017) sur le site du Centre d'information de l'ambassade d'Allemagne (CIDAL) : Allocation de congé parental : les dix ans d'une mini-révolution