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L’entretien d’embauche en Suisse : faites profil bas !

La Suisse, un marché en bonne santé et une région clémente, a l'avantage d'être en partie francophone et attire de nombreux Français. Attention : n'oubliez pas que ce "petit" pays frontalier n'est pas une annexe de la France et que sa légendaire prospérité est due à son efficacité toute germanique !

Que vous postuliez dans un canton germanophone ou francophone, il faudra donc préparer votre entretien en ayant à l'esprit que vous postulez à l'étranger et en respectant les codes culturels locaux. Humilité, esprit de groupe et honnêteté sont à l'honneur en Suisse.

Préparez votre entretien

Décrocher un entretien d'embauche en Suisse n'est pas si aisé. Si une étude récente du cabinet Lee Hecht Harrison démontre que 57% des candidats décrochent un entretien pour 5 candidatures, elle assure également qu'un candidat doit postuler en moyenne 46 fois en Suisse avant de décrocher un emploi ! Enfin, l'étude prouve que les entreprises suisses ont tendance à garder les demandeurs d'emploi le plus longtemps possible dans la boucle de la candidature. Même après un ou deux entretiens et des tests, le candidat n'a qu'une chance sur trois d'obtenir le poste. La compétition est rude dans une Suisse au taux de chômage formidablement bas (3,1 %)... Raison de plus pour préparer votre entretien avec une précision... d'horloger suisse ! Suivez le guide :

  • renseignez-vous sur la Suisse
  • renseignez-vous sur l'entreprise qui recrute
  • soignez votre présentation personnelle dans tous les détails
  • sachez quelles questions poser au recruteur
  • planifiez l'organisation pratique de votre journée d'entretien

Renseignez-vous sur la Suisse

Les recruteurs de Suisse francophone ont tendance à soupçonner les Français de se croire en terrain familier. Aussi, n'hésitez pas à lire quelque peu l'histoire et la géographie de ce beau pays, apprenez les noms de ses dirigeants, lisez quelques journaux locaux en ligne ou sur place... La Suisse n'est pas une nation à la française, unifiée et gouvernée par un État qui centralise presque tous les pouvoirs. Son véritable nom est la Confédération suisse : elle regroupe 26 cantons. Sa population parle en majorité l'allemand (17 cantons sur 26), puis le français, l'italien et le romanche. L'histoire et la géographie de cet état fédéral nous en dit long sur la mentalité suisse : elle est multiple, pacifique (la Suisse est un état neutre) et très indépendante (entre autres, elle ne fait pas partie de l'Union européenne).

Renseignez-vous sur l'entreprise qui recrute

Vous renseigner sur l'entreprise doit être votre priorité. En effet, c'est la seule manière d'éviter de graves faux-pas pendant l'entretien (par exemple, appeler votre recruteur par le nom de son supérieur), mais aussi de s'assurer que le poste et l'esprit de l'entreprise sont conformes à vos attentes.

  • Consultez d'abord l'offre d'emploi en ligne et étudiez-la scrupuleusement, car elle en dit long sur la philosophie de l'entreprise. Le ton est-il sérieux, décontracté, traditionnel, trendy, y a-t-il un salaire annoncé, des avantages en nature ? Ensuite, fouillez les moteurs de recherche Internet, décortiquez le site web de l'employeur et, le cas échéant, sa page Facebook. Enfin, n'hésitez pas à aller à la rencontre de l'entreprise lors d'un salon spécialisé, si c'est possible.
  • Le site web de l'entreprise doit être votre principale source d'information. Surfez sur les photos des employés, des dirigeants, des locaux de l'entreprise. C'est aussi là que vous apprendrez tout sur le chiffre d'affaires de l'entreprise, le nombre de filiales et de salariés, les pays où elle est implantée, ses ambitions... vous pouvez aussi consulter l'onglet "Presse" qui propose des compte-rendus sur la santé de l'entreprise ou son développement actuel. Prenez des notes et relisez-les avant l'entretien : il sera bien vu de glisser habilement quelques connaissances sur l'entreprise dans la conversation.
  • La page Facebook d'une entreprise est un véritable bonus... car, en tant qu'utilisateur de Facebook, vous pouvez contacter directement l'entreprise et lui poser des questions en amont ! N'hésitez pas à le faire : en général, une société qui utilise Facebook est plutôt tournée vers le dialogue d'égal à égal avec les candidats et apprécie le recrutement 2.0.
  • Consultez la presse économique ou la presse spécialisée : vous pourriez y trouver des articles concernant l'entreprise qui vous invite à l'entretien.
  • Si cela est possible, une prise de contact directe et réelle avec l'entreprise lors d'un salon, par exemple, vous permettra de vous faire une idée précise de son éthique et de son style, mais aussi de vous mettre en avant ! On se rappelle plus facilement un candidat que l'on a déjà vu et qui a pris le temps de se déplacer.

Soignez votre présentation personnelle

Le recruteur a lu votre CV et votre lettre de motivation. Il connaît donc votre parcours professionnel. Toutefois, pendant l'entretien, il vous faudra aussi manier l'art de vous raconter.

  • Préparez vos arguments : pourquoi vous n'occupez plus votre poste précédent, comment mettre en valeur vos expériences passées et insister sur les moments de votre carrière qui peuvent être utiles au poste que vous convoitez. Vous avez réglé un conflit particulièrement important entre la direction et certains salariés ? C'est évidemment un plus pour un RH. Vous avez contribué à changer l'image de marque d'une entreprise à bout de souffle ? C'est formidable pour un communiquant.
  • Les recruteurs posent souvent les mêmes questions (quelle est votre plus grande faiblesse ? Où vous voyez-vous dans cinq ans ? Qu'est-ce qui vous met en colère ?...). Consultez la liste des questions les plus fréquemment posées lors d'un entretien en Suisse et entraînez-vous à y répondre.
  • Répétez votre entretien avec vos amis ou votre famille. Si cela n'est pas possible, répétez devant un miroir. Le langage corporel joue une importance cruciale lors de l'entretien d'embauche : il raconte ce que vous ne semblez pas contrôler, tout en influençant votre interlocuteur. Regardez le droit dans les yeux, un léger sourire sur les lèvres, laissez libre cours à vos mains lorsque vous parlez, et penchez-vous très légèrement en avant pour montrer votre enthousiasme. Plus d'astuces en vidéo sur le langage corporel pendant l'entretien d'embauche.
  • Apprenez à tourner vos phrases de manière positive en évitant les négations. Plutôt que "je n'ai jamais travaillé avec le marché asiatique", dites "je travaille déjà sur les marchés européens et américains, mais j'aimerais acquérir la connaissance du marché asiatique".
  • Vérifiez votre e-réputation ! Photos de beuverie entre camarades de fac lors de votre remise de diplôme, dénigrement de votre ancienne patronne sur les réseaux sociaux... A l'ère numérique, tous les recruteurs tapent le nom des candidats dans un moteur de recherche... et ce genre de "gaffes numériques" ne passe pas inaperçu. Il est encore temps de retirer toute photo ou post compromettants de votre profil Facebook. Mais il est aussi possible de se construire une excellente e-réputation qui peut influencer votre recruteur de manière positive. Un blog sur les nouvelles technologies, bien écrit et informé, est un atout non négligeable pour un employé de start-up, par exemple. Un compte LinkedIn est un second CV en ligne. Un compte twitter qui suit l'actualité politique est bien vu (voire indispensable) pour une journaliste. L'Instagram d'un passionné de gastronomie peut faire saliver un recruteur de la grande distribution !

Sachez quelles questions poser au recruteur

Avant de conclure l'entretien, le recruteur vous demandera généralement si vous avez des questions. C'est le moment d'obtenir des précisions importantes sur les points qui vous importent : y a-t-il une possibilité d'évolution dans l'entreprise ? Une voiture de fonction est-elle prévue, dans le cas où de nombreux déplacements seraient nécessaires ? Préparer vos questions à l'avance vous rendra plus sûr(e) de vous et laissera une impression favorable sur votre interlocuteur : vous savez ce que vous voulez et vous le faites savoir. Voici quelques bons exemples de questions à poser à un recruteur en Suisse.

Planifiez l'organisation pratique de votre journée d'entretien

La ponctualité est une règle d'or en Suisse... oui, même en Suisse francophone ! Pour parer au stress inévitable de cette journée qui peut être déterminante pour les prochaines années de votre vie, il est indispensable d'éliminer toute source de tension supplémentaire. Arriver en retard pour taxi pris dans les embouteillages, avoir oublié son CV à la maison, ou filer son collant sont des aléas que vous pouvez tout à fait éviter, en vous y prenant à l'avance !

  • Assurez-vous que votre situation administrative est claire. Que vous soyez Français, Canadien ou Belge, il vous faudra un permis de travail pour la Suisse. Bien que vous l'ayez certainement mentionné dans votre CV pour la Suisse, il est probable que le recruteur vous interroge à ce sujet . Vérifiez la catégorie de votre permis et sa mise à jour pour ne laisser planer aucun doute sur votre disponibilité :
  1. permis L (courte durée, pour plus de quatre mois et moins d'un an)
  2. permis B (autorisation de séjour de un à cinq ans pour les ressortissants de l'UE)
  3. permis C (permis d'établissement en Suisse pour les ressortissants de l'UE ayant vécu et travaillé plus de cinq ans sur le territoire)
  • Vérifiez que vous avez bien votre dossier de candidature au complet (le traditionnel Bewerbungsdossier suisse : couverture, lettre de motivation, CV, certificats et diplômes), à moins que le recruteur vous ait signifié que vous n'avez pas besoin de l'apporter.
  • Faites le trajet jusqu'à l'entreprise, quelques jours avant l'entretien, si vous vous trouvez dans la même ville. Cela vous permettra de repérer les stations de métro ou de bus les plus proches, de vous rendre compte de l'état de la circulation routière ou encore de la distance à faire à pied de la station de métro au lieu de l'entretien. S'il n'est pas possible de vous rendre sur place, repérez le trajet sur Google Maps. Pour un trajet en voiture, planifiez votre parcours avec Via Michelin.
  • Préparez votre look ! Si vous avez besoin d'une coupe de rafraîchissement, prenez rendez-vous chez le coiffeur plusieurs jours avant l'entretien. Que vous soyez un homme ou une femme, soignez vos mains (ongles impeccables, pas de vernis écaillé) : les employeurs ne regardent pas que vos yeux ! Il faudra également adapter votre tenue à l'esprit de l'entreprise qui recrute. Serez-vous en contact avec la clientèle, par exemple ? Dans le secteur bancaire ou administratif, le costume et le tailleur-pantalon sont de mise. Dans une start-up, les codes peuvent être plus lâches. Afin de savoir quoi mettre le jour J, surfez sur le site web de l'entreprise et repérez les photos des salariés : portent-ils une cravate ? Ou ont-ils l'air plutôt décontracté ? Un peu de shopping peut-être nécessaire... et n'oubliez pas : où que vous postuliez, il vaut mieux être un peu trop chic que pas assez. Pour votre interlocuteur, c'est une preuve que vous accordez une importance réelle à cet entretien et que vous avez fait un effort pour être à la hauteur.
  • Pensez à vous fabriquer un petit kit de secours. Ayez toujours un déodorant dans votre sac ou, messieurs, dans votre chemise. Mesdames, une deuxième paire de collants n'est pas superflue ! Une petite bouteille d'eau et quelques mouchoirs peuvent aussi vous économiser bien des ennuis de dernière minute.

Le déroulement de l'entretien d'embauche en Suisse

Ça y est, vous êtes prêt(e), en pleine forme et bien préparé(e) pour le jour J. Bravo ! Voici quelques conseils pour passer un entretien fructueux.

  • Passez aux toilettes avant d'arriver sur le site. Commencer par un "où sont les petits coins, s'il vous plaît ?" peut être un peu embarrassant.
  • Venez à l'avance. Mieux vaut attendre un peu sur place plutôt que de débarquer à bout de souffle. En Suisse, on ne le dira jamais assez, la ponctualité est d'importance capitale. Comme les Allemands, les Suisses considèrent que la vraie ponctualité est d'arriver 5 minutes à l'avance !
  • Saluez le recruteur en l'appelant par son nom... pas par son prénom (Madame Dubois, Herr Schmidt).
  • Attendez que le recruteur vous tende la main pour la lui serrer !
  • Attendez aussi qu'on vous invite à vous asseoir avant de vous jeter sur une chaise.
  • Attention ! En Allemagne, et en particulier au Nord (Berlin, Hambourg), on s'adresse de manière décontractée à ses interlocuteurs professionnels (Hallo Frau Silberstein !) en allant parfois jusqu'à les tutoyer d'emblée. Les Suisses, eux, sont plus conventionnels. Ne tutoyez jamais votre interlocuteur, à moins qu'il ne vous y ait invité(e).
  • Dédramatisez en pensant que l'entreprise, elle aussi, passe un entretien auprès de... vous ! Cet échange doit être un dialogue agréable. Vous ne passez pas un examen ; vous êtes là parce que vous l'avez souhaité. Montrez votre enthousiasme. En un mot : souriez !
  • Que faire si le recruteur vous propose à la dernière minute de passer l'entretien au restaurant ? Acceptez ! Si la situation peut vous paraître épineuse (crainte de laisser tomber sa cravate dans la sauce, de tacher son chemisier blanc...), refuser vous ferait passer pour quelqu'un de rigide ou qui a peur de se laisser aller dans une situation semi-officielle. Quelques astuces pour réussir votre entretien au restaurant en Suisse.
  • Selon le profil de l'entreprise, vous serez face à un responsable des ressources humaines, le ou la patron(ne) de l'entreprise, à un responsable de secteur, ou... à une véritable batterie d'interlocuteurs : directrice marketing et son assistante + RH et son assistant... Dans ce cas, ne vous laissez pas déstabiliser et surtout, regardez tout le monde dans les yeux à tour de rôle. N'ignorez personne : c'est peut-être votre future équipe qui se trouve devant vous !
  • Pendant tout l'entretien, surveillez votre langage corporel. Soyez souriant, regardez votre interlocuteur dans les yeux, ne croisez pas les bras.
  • Répondez à toutes les questions avec assurance. En particulier celle du salaire : il faut montrer que vous connaissez le prix de vos compétences et de votre travail ainsi que les valeurs du marché suisse. Toutefois, sachez aussi admettre (toujours avec assurance) que vous ne savez ou ne pouvez pas tout faire. Tournez vos phrases de manière positive : "Je suis certaine que je pourrais diriger une équipe de cette taille, même si mon équipe précédente était beaucoup plus petite", "Je serais ravi d'apprendre à utiliser ce logiciel qui me paraît être un outil très performant". Attention cependant à ne pas fanfaronner ! Les Suisses apprécient l'esprit d'équipe, de groupe et l'humilité. La vantardise latine est très mal perçue.
  • En Suisse comme ailleurs, on vous posera sans doute une ou deux questions -pièges. Répondez avec honnêteté : c'est l'une des vertus les plus louées de ce côté-ci des Alpes. N'oubliez pas, cependant, que rien ne vous oblige à répondre aux questions irrecevables. Les questions concernant votre vie intime (désir d'enfant, consommation d'alcool ou de drogues, orientation sexuelle, etc.) ou votre situation financière ne sont pas régulières. En revanche, le candidat est tenu de discuter avec le recruteur des questions liées à des maladies (chroniques ou non) pouvant l'empêcher de travailler.

Après l'entretien

  • Laissez le recruteur décider de la fin de l'entretien.
  • Demandez quand vous pouvez espérer une réponse.
  • Avant de prendre congé du recruteur, songez à le remercier de vous avoir invité(e) à venir rencontrer l'entreprise.
  • Partez en saluant toutes les personnes qui ont participé à l'entretien. Et n'oubliez pas de dire au revoir au chargé d'accueil !
  • Par la suite, ne bombardez pas le recruteur de mails pressants après l'entretien. Cela peut être très mal perçu.

Toute l'équipe de Connexion-Emploi vous souhaite un entretien chaleureux et bien sûr... réussi ! Viel Erfolg!