Connexion-Emploi

Le site emploi franco-allemand

France - Allemagne : Les inégalités hommes-femmes subsistent

Angela Merkel et Anne Lauvergeon... Il n'y a guère de points communs entre la chancelière allemande et la présidente française d'Areva. Si ce n'est que toutes deux figurent selon Forbes parmi les 10 femmes les plus puissantes de la planète et qu'elles sont issues de pays où il est toujours très diffi cile pour une femme de faire carrière. TEXTE : NATHALIE VERSIEUX



ParisBerlin_logoParisBerlin (http://www.parisberlin.fr) est le seul newsmagazine qui vous informe chaque mois sur l'actualité franco-allemande dans les domaines suivants : politique, économie, mode de vie, culture, éducation, médias.




Les statistiques sont formelles


En France comme en Allemagne, les femmes sont pénalisées sur le marché du travail. Leurs perspectives de carrières sont nettement moins bonnes que celles des hommes. Et à travail égal, les femmes gagnent en moyenne, dans les deux pays, un quart de moins que leurs collègues masculins alors que la moyenne européenne de différence des salaires entre hommes et femmes est nettement inférieure, à 15%. En France comme en Allemagne, les timides tentatives entreprises par les gouvernements en faveur de l'égalité des chances entre sexes se soldent par de modestes résultats. Ainsi en France, l'écart des salaires entre hommes et femmes à tâche égale a reculé de 7 points depuis 1984 où il était encore de 33 % !


Mais si les femmes représentent 40 % des cadres dans le secteur privé, elles ne représentent toujours que 5 % des chefs d'entreprises. Même chose dans la fonction publique. Et si depuis 1989 une révision de la Constitution entérine l'ère de la parité en politique (accès égal des hommes et des femmes aux mandats électifs), cette réforme ne concerne pas l'Assemblée nationale... En Allemagne, la situation des femmes est plus favorable en politique. Mais les tops managers du privé restent quasiment exclusivement masculin. En 2008, seuls 5,65 % des postes de direction de grandes entreprises étaient occupés par une femme. Et lorsqu'une femme siège au conseil de surveillance d'une grande entreprise, c'est en général sur le banc des élus des salariés.


En Allemagne, des différences de salaires parmi les plus élevées en Europe. Convaincue d'être victime de discrimination dans sa carrière, une salariée de l'entreprise Gema en Allemagne, a décidé de porter son dossier devant les tribunaux. Constatant que les femmes représentaient 85 % des salariés de son entreprise, mais qu'aucune n'occupait l'un des 16 postes d'encadrement, la plaignante a obtenue gain de cause, grâce aux mathématiques...


Le tribunal s'est rangé aux calculs de son avocat, démontrant que seule la discrimination pouvait expliquer que chez Gema les femmes ne puissent faire carrière. Le tribunal, se basant sur la nouvelle loi anti-discrimination, a critiqué l'absence de politique de promotion des femmes au sein de l'entreprise. Gema a dû verser 48 000 euros de dommages et intérêts à son ancienne salariée. "L'Allemagne est l'un des pays où l'inégalité salariale entre les sexes est la plus forte", s'indignait récemment le commissaire européen en charge de l'Emploi et des Affaires sociales, Vladimir Spidla. Seules l'Estonie, la Slovaquie et Chypre accuseraient un écart plus important encore.


Le prix des logiques de carrière


Un sondage réalisé pour l'hebdomadaire der Spiegel réalisé fi n 2007 montrait déjà que les débutantes allemandes gagnent au sortir d'une formation commerciale en moyenne 500 euros de moins par mois que leurs collègues masculins alors qu'elles achèvent leurs études plus tôt qu'eux. "Le fait que beaucoup d'Allemandes travaillent à mi-temps explique en partie cette différence", précise le commissaire. Une autre étude de 2007 parvient pourtant à une autre conclusion. "Payer les femmes moins cher que les hommes vaut le coup !", estiment sur le ton de la provocation trois chercheurs de l'Université de Erlangen- Nuremberg. "Les femmes, ne décident pas de leur carrière professionnelle en fonction du seul revenu, mais prennent davantage en compte leurs contraintes familiales ou les inconvénients liés à un changement de situation. Les employeurs, conscients de ce comportement, 'économisent' donc sur les femmes pour motiver ou conserver leur main d'oeuvre masculine, bien plus sensible à l'argument financier..."


Angela Merkel et Anne Lauvergeon... Il n'y a guère de points communs entre la chancelière allemande et la présidente française d'Areva. Si ce n'est que toutes deux fi gurent selon Forbes parmi les 10 femmes les plus puissantes de la planète et qu'elles sont issues de pays où il est toujours très diffi cile pour une femme de faire carrière.


TEXTE : NATHALIE VERSIEUX