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Secteurs du luxe et du hard discount en Allemagne : le classement des réussites

19 mars 2014

Les classements annuels des Français et des Allemands les plus riches donnent à voir les secteurs des réussites économiques dans les deux pays, et leurs évolutions. TEXTE : RACHEL KNAEBEL



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En France comme en Allemagne, ils sont annoncés chaque année comme le palmarès de la richesse : les classements des plus grandes fortunes nationales. Au-delà des chiffres, ces listes (établies par le mensuel Manager Magazin et l'hebdomadaire Challenges) dressent un tableau des réussites économiques dans les deux pays. L'édition 2013 vient par exemple confirmer l'image d'une économie française championne dans le domaine du luxe et de la beauté. Parmi les dix plus grandes fortunes françaises de cette année se trouvent quatre grands groupes du luxe et des cosmétiques. Bernard Arnault, patron de LVMH, avec ses 24,3 milliards d'euros de patrimoine, arrive en tête depuis déjà huit ans (il est classé dixième fortune mondiale par Forbes). Liliane Bettencourt, avec L'Oréal, le suit de près à plus de 23 milliards d'euros. Hermès arrive à la quatrième place, François Pinault, patron de Kering (anciennement Pinault-Printemps-Redoute) à la sixième et le patron de Chanel, Alain Wertheimer, à la neuvième place. Un peu moins riches, la famille Guerlain et celles des groupes de cosmétiques Yves Rocher et Clarins se trouvent tout de même parmi les 30 premiers patrimoines de France. Peu étonnant, puisque la France est le leader mondial de l'industrie du luxe. Une autre spécialité française, le vin, a fait la fortune du groupe de Pierre Castel (groupe Castel), huitième fortune nationale.


Outre-Rhin, le tableau change. C'est le hard-discount qui porte les grandes fortunes. Les deux Allemands les plus riches sont en effet les propriétaires des supermarchés Aldi. Karl Albrecht (du groupe Aldi Süd, classé 18e fortune mondiale par Forbes) arrive juste devant son frère Théo Albrecht junior (Aldi Nord). Leur concurrent, le patron de Lidl Dieter Schwarz, arrive troisième. Les Allemands vont certes plus facilement faire leurs courses dans un supermarché discount que les Français. Mais les succès de Aldi et Lidl ne s'expliquent pas seulement par la consommation nationale. Les deux groupes ont surtout su s'exporter. Ils sont aujourd'hui présents dans toute l'Europe.


L'automobile a sa place dans le palmarès avec plusieurs actionnaires de BMW, en bonne position. Quant à la branche qui fait la renommée de l'économie allemande à l'international, le génie mécanique, elle est aussi présente parmi les grands patrimoines du pays, mais aux onzième et douzième places seulement, avec les familles Liebherr et Schaeffler.


Nouvelles technologies


Certains patrimoines ont reculé ces dernières années. Comme celui de la famille propriétaire du constructeur automobile Porsche. Neuvième fortune allemande en 2005, elle a disparu du classement des 20 premières en 2013. De la même manière, la famille Peugeot, pourtant présente dans le top 10 français il y a huit ans, est aujourd'hui descendue à la 40e place. Un repli qui fait suite à la crise de l'industrie automobile européenne.


À l'opposé, de jeunes entreprises actives dans des branches d'avenir font leur chemin. C'est le cas du fabricant allemand d'éoliennes Enercor. L'entreprise lancée en 1984 a aujourd'hui fait de son créateur, Aloys Wobben, le 16e homme le plus riche d'Allemagne avec un patrimoine de plus de cinq milliards d'euros. En France, l'entrepreneur de l'Internet Xavier Niel a fait son entrée cette année dans le top 10 des Français les plus riches, à seulement 46 ans. Le patrimoine du fondateur de l'entreprise Iliad (dont fait partie le fournisseur d'accès à Internet Free) est passé de 80 millions à 5,9 milliards d'euros en dix ans ! À la vue de ces ascensions fulgurantes, il est à parier que les nouvelles technologies devanceront dans le futur, en matière de fortune, les grands noms du luxe et de la grande distribution.


Autre tendance qui se confirme dans les deux pays : l'enrichissement des plus riches. Le phénomène est encore plus marqué en France qu'en Allemagne. Ainsi, le patrimoine de Bernard Arnault a augmenté de dix milliards d'euros ces huit dernières années. Celui de Karl Albrecht, le patron d'Aldi Süd, de "seulement" deux milliards.


Serge Dassault, de l'aviation militaire au Figaro


La famille Dassault est à la tête de la quatrième fortune française, estimée à 12,8 milliards d'euros. À 88 ans et depuis 26 ans, Serge Dassault dirige le groupe industriel Dassault, holding spécialisée dans l'aéronautique et constructeur des avions militaires Mirage et Rafale. Il possède plus de la moitié du capital du groupe. Issu d'une famille juive (à l'origine Bloch), l'homme d'affaires s'est formé à Polytechnique puis comme ingénieur en aéronautique avant de rejoindre l'entreprise familiale qui construit alors les premiers avions à réaction français. Aujourd'hui, le milliardaire possède aussi des parts dans le spécialiste de l'aérospatial Thales (26 %) ou chez Veolia (6 %). Engagé en politique, Serge Dassault est élu maire de Corbeil-Essonnes en 1995 (divers droite) puis sénateur en 2004 (UMP). Depuis 2004, il est aussi actionnaire unique du Figaro, n'hésitant pas à marquer le quotidien de son empreinte politique et à y afficher son soutien à la droite française.


La famille Albrecht, les rois du discount


La famille Albrecht occupe à elle seule les deux premières places du classement des plus grandes fortunes allemandes. Les Albrecht sont propriétaires des chaînes de supermarchés Aldi Nord et Aldi Süd. Aldi (le nom est une abréviation d'"Albrecht-Discount") est une success story à l'allemande qui remonte à 1913. Karl Albrecht Senior était boulanger avant d'ouvrir, avec sa femme Anna, une épicerie à Essen. En 1945, leurs fils, Theo et Karl Junior, reprennent l'activité familiale et l'élargissent. En 1955, Aldi compte déjà 100 filiales en Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Le tournant a lieu dans les années 1960, lorsque les deux frères lancent leur concept de hard-discount et proposent des produits à bas prix en réduisant au maximum les coûts d'exploitation. Aujourd'hui, l'enseigne compte 8 000 filiales à travers le monde. Karl Albrecht (93 ans, actionnaire majoritaire de la branche Sud) et les enfants de son frère Theo, décédé en 2012 (la branche Nord est menée par son fils aîné Theo Junior), sont à la tête de fortunes estimées à 17,8 et 16 milliards d'euros. En 1971, Theo Albrecht avait été enlevé et relaché grâce au versement d'une rançon de sept millions de marks. Depuis, la famille se tient éloignée des médias et ne diffuse pas de photos.


Bernard Arnault, le pape du luxe


Deuxième fortune française et dixième fortune mondiale, Bernard Arnault a construit en l'espace de 20 ans un empire mondial du luxe et s'est forgé une réputation d'homme d'affaires redoutable. Originaire de Croix (Nord-Pas-de-Calais), ce polytechnicien fait ses premiers pas dans l'entreprise de bâtiments et de travaux publics de son père. Aujourd'hui, à 64 ans, il est à la tête d'une fortune estimée à 24 milliards d'euros. Regard bleu acier, silhouette longiligne, l'homme est toujours impeccablement habillé. Mode (Givenchy, Fendi, Céline,...), parfums, champagne, le groupe LVMH, issu de la fusion des groupes Louis Vuitton et Moët Hennessy, dont il est président depuis 1987, truste une soixantaine de marques. En 2012, Bernard Arnault demande la double nationalité belge. Soupçonné de vouloir échapper au fisc français, plongé au cœur de la polémique (sa photo fait la une de Libération, sous le titre "Casse-toi riche con !"), il renonce finalement à sa demande.


Susanne Klatten, femme la plus riche d'Allemagne


La femme la plus riche d'Allemagne est à la cinquième place du classement des grandes fortunes allemandes. Il s'agit de Susanne Klatten dont la richesse est estimée à 10 milliards d'euros. Âgée de 51 ans, elle est la fille aînée d'Herbert Quandt, décédé en 1982, et dont elle a hérité des parts au sein de BMW (12,6 %). Avec son frère, Stefan, et sa mère, Johanna, ils possèdent 50 % des parts du constructeur automobile allemand. Susanne Klatten contrôle également le groupe pharmaceutique Altana. En 2009, une affaire la propulse sur la scène médiatique. Susanne Klatten lance un procès contre un ancien amant qui lui a extorqué 7,5 millions d'euros. Helg Sgarbi menaçait de dévoiler leur liaison à son mari et à la presse et monnayait son silence. Le séducteur écope de six ans de prison.


TEXTE : RACHEL KNAEBEL