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Les instituts Fraunhofer allemands : un modèle pour la recherche en France

7. Januar 2015

Avec 65 années d'existence, les instituts Fraunhofer sont un exemple réussi de longévité dans la recherche allemande. Cette structure dédiée à la recherche appliquée pour les entreprises a inspiré les partenaires français. TEXTE : SEBASTIEN VANNIER

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De l'énergie éolienne au développement de logiciels en passant par la biotechnologie marine et les nano-systèmes électriques, la liste des applications des 67 instituts Fraunhofer donne un premier aperçu de la diversité du réseau. Avec près de 23 000 employés, les instituts Fraunhofer constituent un acteur incontournable de la recherche appliquée en sciences naturelles en Allemagne et en Europe. Ces instituts, qui doivent leur nom au chercheur et entrepreneur Joseph von Fraunhofer (1787-1826), ont leur maison mère à Munich. Cette structure se base sur un partenariat entre acteurs privés et publics : "De manière schématique, nous mettons souvent en avant le modèle des trois tiers", explique Beate Koch, porte-parole des instituts Fraunhofer. "Nous bénéficions d'un financement public de base qui constitue un tiers de notre budget et qui vient en très grande majorité de l'État allemand.


Les deux autres tiers viennent directement des contrats que nous remplissons et qui sont le cœur de notre travail. Ces contrats peuvent venir encore une fois du secteur public, que ce soit l'État, les Länder ou l'Union européenne, c'est le deuxième tiers. Ou, finalement, troisième source de financement : ces contrats sont signés avec des moyennes et grosses entreprises." Le tout pour un volume financier en constante augmentation depuis 2008, qui a quasiment atteint les deux milliards d'euros en 2012. Les instituts Fraunhofer permettent donc avec le soutien de l'État allemand de développer les technologies utiles aux entreprises allemandes, c'est l'une des clés de la réussite des entreprises allemandes à l'international. Cependant, Raoul Klingner, directeur de la section internationale des instituts Fraunhofer défend l'indépendance de la structure : "Il y a certes un financement de base de l'État, mais chaque institut a ses propres responsabilités et est autonome dans la disposition de ces fonds."


Soutien scientifique aux entreprises


Même les grandes entreprises, qui possèdent leur propre secteur de Recherche et Développement font appel aux instituts Fraunhofer : "Il arrive évidemment qu'une entreprise veuille développer une technologie pour ses produits et qu'elle n'ait pas les moyens personnels ou les connaissances pour le faire", explique Raoul Klingner. "Elle fait alors appel à un ou plusieurs de nos instituts pour développer cette technologie sur un projet très concret. Il arrive également qu'un de nos instituts mette lui-même au point une nouvelle technologie qui pourra ensuite être développée, que ce soit par exemple une nouvelle tête de laser ou des bras pour des robots. Mais ces cas sont plus rares."


Cette structure de base a des implications importantes sur le travail interne : une grande partie des employés des instituts Fraunhofer travaillent sur un ou plusieurs projets précis mais également sur une durée déterminée. "En moyenne, un projet avec l'industrie dure six mois", détaille Raoul Klingner. "Donc à peu près la moitié des 23 000 employés sont chez nous de manière temporaire. On retrouve dans notre personnel beaucoup de doctorants dont le statut est évidemment amené à changer".


Si les instituts Fraunhofer sont un soutien de poids pour les entreprises allemandes, ils n'excluent pas de travailler également avec des entreprises ou des institutions venues du monde entier. "En 2012, la partie internationale représentait un volume de 250 millions d'euros", précise Raoul Klingner. "Une grande partie, 90 millions, vient de contrats des institutions européennes. La même somme vient d'entreprises européennes. Donc à peu près 75 % des revenus internationaux sont d'origine européenne." Le réseau Fraunhofer possède de très nombreux bureaux à l'étranger pour faciliter le travail lors des projets internationaux. Les instituts Fraunhofer ont leur partenariat le plus dense avec la France et les instituts Carnot.


Un "Fraunhofer à la française" ?


La structure française est bien plus récente que celle de son homologue allemande puisqu'elle n'est apparue qu'au milieu des années 2000 : "Cela fait longtemps que l'État français a un très bon niveau de recherche", explique Alain Duprey, directeur général de l'association des instituts Carnot. "Mais nous avions du mal à mettre toutes ces compétences au service des entreprises. En 2004, il nous a été demandé de créer des ‘Fraunhofer à la française'. Autant dire que le ton était donné. Les Fraunhofer sont pour nous un modèle, avec des imperfections certes, mais avec aussi beaucoup de choses qui marchent bien. Il s'agissait pour nous d'adapter ce modèle à un nouveau cadre national et à une nouvelle époque."


C'est ainsi qu'en 2006, le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche crée le réseau des instituts Carnot. Ce nom peut être interprété comme un clin d'œil au modèle allemand, car le célèbre physicien Sadi Carnot (1837-1894) est à quelques années près, le contemporain de Joseph von Fraunhofer. Comme pour les instituts Fraunhofer, l'objectif de ce réseau est la recherche appliquée au service des entreprises. Sans surprise, les mêmes domaines d'activité se retrouvent donc dans la liste des 34 instituts Carnot : environnement, mécanique, chimie, construction, etc. Leur structure est différente de celle de leurs homologues allemands puisque, une fois n'est pas coutume, le modèle français est moins centralisé autour d'une maison mère. Les instituts de recherche deviennent instituts Carnot pour une durée déterminée (cinq ans), renouvelable selon le respect des engagements initiaux. "Aujourd'hui, dans le domaine de la recherche, on sait que l'argent public ne va pas augmenter. Donc pour chercher de nouveaux fonds, il faut se tourner vers l'Europe et de manière contractuelle vers les entreprises", déclare Alain Duprey. Avec un budget consolidé qui atteint aujourd'hui les deux milliards d'euros, le réseau Carnot veut désormais explicitement tenir la comparaison avec les instituts Fraunhofer.


TEXTE : SEBASTIEN VANNIER