Le site emploi franco-allemand

Publiez votre offre dès 490€ Trouvez ici votre job franco-allemand de rêve

Le système scolaire allemand : inégalités et politique d'éducation

Le système scolaire allemand : inégalités et politique d'éducation

Le système scolaire allemand, souvent cité comme modèle étant particulièrement respectueux du rythme de l'enfant, est remis en question en Allemagne. Une étude confirme que les enfants des milieux défavorisés ont moins de chances d'accéder au Gymnasium.





Des parcours scolaires en Allemagne différents : Luca, Lucasz et Niels

À Berlin, Luca, 7 ans, vit dans une maison entourée d'un jardin soigné, dans un quartier privilégié où les écoles répondent toutes aux critères de l'école classique à l'allemande : les cours ont lieu le matin, les écoles n'ont pas de cantine et les enfants fréquentent l'après-midi conservatoire de musique et club de sport.

À quelques kilomètres plus au Nord, Lucasz, un adolescent renfrogné du quartier populaire de Wedding, n'a jamais mis les pieds ni dans un club de sport ni à l'école de musique. Ses parents, Polonais et tous deux au chômage, ont depuis longtemps renoncé à tenter de limiter sa consommation de médias électroniques.

Pour les Dross, il est évident que Luca ira un jour au lycée. Lucasz fréquente pour sa part une Realschule, l'étape intermédiaire entre le lycée et la voie de garage qu'est la Hauptschule, supprimée à Berlin à la rentrée faute de débouchés. Les notes du garçon ne sont pour l'instant pas suffisantes pour lui permettre d'atteindre l'étroite passerelle qui pourrait en théorie lui permettre de passer le Bac. Chaque année, 3 % des élèves de Realschule arrivent à accéder au lycée. 80 % d'entre eux y échouent.

Dans le quartier de Wilmersdorf, Niels, 9 ans, fréquente, figure encore exotique dans le paysage scolaire allemand, une école pilote dont les portes sont ouvertes chaque jour jusqu'à 16 heures. L'établissement possède une cantine, un véritable luxe pour les mères qui travaillent dans un pays où les repas du midi sont le plus souvent pris à la maison, ou au fast-food du coin.

L'après-midi, l'emploi du temps de Niels alterne quelques heures de cours obligatoires et des ateliers. Surtout, tous les enfants de son école ont la possibilité de faire leurs devoirs sur place, encadrés par un enseignant pouvant les aider si nécessaire.

La mère de Lucasz estime :

"Si mon fils avait cette possibilité dans son école, il n'aurait peut-être pas les difficultés qu'il a aujourd'hui en mathématiques."

Outre-Rhin, l'école relève de la compétence des Bundesländer. Programmes, cursus, nombre d'années pour aller au bac, âge de la sélection vers les filières moins nobles (10 ou 12 ans selon les régions), tout dépend du Land où on habite. Le modèle traditionnel de l'école à mi-temps reste dominant. Stefan Appel, président de l'association Ganztagsschulverband qui milite pour le développement des écoles à temps plein, souligne :

"Ce modèle est trop éloigné de la réalité sociale."

Son adjointe, Gunild Schulz-Gade, ajoute :

"Bien des études ont montré que les élèves qui fréquentent des écoles à temps plein ont de meilleures compétences sociales que ceux qui ne vont à l'école que le matin."





Le modèle scolaire en Allemagne très critiqué

C'est à contrecoeur que politiciens et opinion publique ont entrepris de revoir au début de ce siècle le modèle scolaire à mi-temps, un modèle moins coûteux pour les finances publiques, généralement considéré comme plus respectueux du rythme des enfants, mais incompatible avec le travail des femmes, la multiplication des familles monoparentales et l'objectif politique qu'est devenu l'intégration des enfants issus de l'immigration.

Le choc de l'étude Pisa (un comparatif des performances scolaires des enfants mené au sein de l'OCDE) est largement responsable de cette remise en question. L'Allemagne, jusqu'alors convaincue de posséder l'un des meilleurs systèmes scolaires au monde, découvrait avec stupeur que ses écoliers ne figuraient qu'en milieu de classement en termes de performances scolaires, bien loin derrière la Finlande. D'ailleurs, Pisa assure que les petits Allemands sont comme les petits Français, très moyens en mathématiques, en lecture et dans les matières scientifiques.





Le milieu social a une importance capitale pour aller jusqu'au Bac

Surtout, l'étude met en avant une forte corrélation entre origines sociales et résultats scolaires. Le sociologue Martin Diewald précise :

"Nulle part ailleurs qu'en Allemagne le système scolaire ne pérennise à ce point les inégalités des chances et nulle part ailleurs l'ascenseur social ne fonctionne aussi mal."

Statistiquement parlant, Lucasz a bien moins de chances que Luca ou Niels d'aller jusqu'à l'Abitur. L'école allemande oriente trop tôt les enfants faibles, et ne les prend pas assez longtemps en charge dans la journée pour combler les déficits. Barbara, l'enseignante allemande de Niels, qui a également travaillé en France et en Belgique, estime :

"Le rythme scolaire traditionnel allemand, à mi-temps, ne permet pas aux enfants d'être pris en charge correctement par l'école. Ce modèle est parfait pour les enfants des milieux favorisés, qui sont soutenus et poussés à la maison. Mais pour les enfants des milieux défavorisés, dont les parents sont au chômage, étrangers ne parlant pas l'allemand ou tout simplement pour les mères seules, ce système est catastrophique. J'ai eu des élèves qui étaient littéralement livrés à eux-mêmes, déjà à 7 ans, tout l'après-midi. Dans les grandes villes, ils sont de plus en plus nombreux. Il n'y a que l'école à temps plein pour permettre à ces enfants de s'en sortir..."

Aujourd'hui, 6 400 des 32 300 écoles que compte le pays reçoivent les élèves à temps plein, essentiellement dans les Länder de tradition sociale-démocrate tels que Berlin, le Brandebourg, Brême, la Rhénanie-du-Nord-Westphalie et la Rhénanie-Palatinat.

En savoir plus :