The German-French career magazine
French 
German 
Find the French-German job of your dreams here
 

Profil atypique en Allemagne : pourquoi les entreprises recrutent autrement

Profil atypique en Allemagne : pourquoi les entreprises recrutent autrement

Pendant longtemps, trouver un emploi en Allemagne avec un parcours atypique pouvait sembler particulièrement difficile. Le modèle traditionnel allemand accordait une place importante au diplôme, à la qualification professionnelle précise et à l’expérience acquise dans le même métier ou le même secteur. Un commercial venant d’une autre industrie, un ingénieur souhaitant devenir chef de projet ou un candidat français n’ayant encore jamais travaillé en Allemagne pouvaient donc être écartés rapidement. Cette logique n’a pas disparu en 2026, mais elle commence à évoluer. Les difficultés persistantes de recrutement dans certains métiers, le départ progressif des baby-boomers, la digitalisation et la transformation des compétences poussent certaines entreprises à regarder au-delà du CV parfaitement linéaire. La Bundesagentur für Arbeit recensait encore 157 métiers en pénurie en Allemagne en 2025. De son côté, l’Institut für Arbeitsmarkt- und Berufsforschung souligne que le départ à la retraite de la génération du baby-boom jusqu’en 2035 continuera à peser sur le potentiel de main-d’œuvre. Dans ce contexte, les compétences transférables, la capacité d’apprentissage et le potentiel du candidat prennent davantage de valeur. Pour les Français qui souhaitent travailler en Allemagne, cette évolution peut ouvrir des portes auparavant difficiles à franchir.



1. Qu'est-ce qu'un profil atypique sur le marché du travail allemand ?


1. Qu'est-ce qu'un profil atypique sur le marché du travail allemand ?

Le profil atypique n'est pas nécessairement un candidat moins qualifié

Un profil atypique n’est pas synonyme de candidat inexpérimenté ou insuffisamment qualifié. Il s’agit avant tout d’un professionnel dont le parcours ne correspond pas exactement au chemin traditionnel imaginé pour le poste. Cela peut être un commercial qui change de secteur, un ingénieur souhaitant évoluer vers la gestion de projet, un Français postulant en Allemagne sans expérience professionnelle allemande, un salarié ayant effectué une reconversion ou encore une personne reprenant une activité après une interruption de carrière. On peut également y ajouter les Quereinsteiger, terme très utilisé en Allemagne pour désigner les personnes qui entrent dans un métier ou un domaine professionnel par une voie différente de la formation classique. Le point commun de ces candidats est simple : leur CV oblige le recruteur à aller au-delà des intitulés de postes pour comprendre ce qu’ils savent réellement faire. Prenons un commercial ayant vendu pendant huit ans des équipements destinés à l’industrie automobile. S’il postule chez un fabricant de machines, son secteur change, mais ses compétences en vente B2B, négociation de contrats, prospection, gestion de grands comptes et compréhension de produits techniques restent largement exploitables. Même logique pour un ingénieur automobile souhaitant rejoindre l’énergie ou l’automatisation. Le véritable enjeu n’est donc plus uniquement de savoir si le candidat a déjà occupé exactement le même poste, mais quelle proportion des compétences nécessaires il maîtrise déjà et combien de temps il lui faudra pour acquérir le reste.



2. Pourquoi la pénurie de talents pousse les entreprises à élargir leurs critères

2. Pourquoi la pénurie de talents pousse les entreprises à élargir leurs critères

157 métiers restent confrontés à une pénurie de personnel qualifié

Le premier facteur qui pousse les recruteurs à regarder des parcours différents est la difficulté persistante à trouver certaines compétences. Selon la Fachkräfteengpassanalyse 2025 de la Bundesagentur für Arbeit, 157 catégories de métiers présentaient encore une pénurie de personnel qualifié en Allemagne en 2025, contre 163 en 2024 et 183 en 2023. La situation s’est donc légèrement détendue avec le ralentissement économique, mais les tensions restent importantes dans des domaines comme les soins et la santé, la construction, l’artisanat, la conduite professionnelle, l’éducation et certains métiers techniques. Il faut toutefois éviter de parler d’une pénurie générale touchant indistinctement tous les métiers allemands : la Bundesagentur für Arbeit précise elle-même que l’offre de main-d’œuvre reste supérieure à la demande dans plusieurs professions. Le problème est surtout celui d’une inadéquation entre les compétences disponibles et les compétences recherchées. C’est précisément cette situation qui peut favoriser les profils atypiques. Lorsqu’une entreprise reçoit dix candidatures parfaitement adaptées, elle peut maintenir des critères très stricts. Lorsqu’elle cherche pendant plusieurs mois une compétence rare, la question change : faut-il continuer à attendre un candidat réunissant 100 % des critères ou recruter quelqu’un qui en possède 70 à 80 % et peut apprendre le reste ? Pour un Français qui souhaite travailler en Allemagne, cette deuxième logique peut créer de véritables opportunités.

Le vieillissement démographique va maintenir la pression sur le recrutement

Le deuxième facteur est structurel et ne disparaîtra pas avec une simple reprise ou récession économique. L’Institut für Arbeitsmarkt- und Berufsforschung souligne que le marché du travail allemand doit simultanément absorber les conséquences de la transformation numérique, de la transition écologique et du vieillissement démographique. Une grande partie de la génération du baby-boom quittera progressivement le marché du travail jusqu’en 2035. Dans certaines régions et certains niveaux de qualification, les jeunes actifs ne suffiront pas à remplacer les départs. Une étude de l’IAB sur le rôle des salariés étrangers publiée en 2025 souligne d’ailleurs que les travailleurs étrangers jouent déjà un rôle important pour compenser les effets démographiques, notamment dans les zones rurales et en Allemagne de l’Est. Cette réalité est particulièrement intéressante pour les candidats français. La nationalité étrangère ou l’absence d’un parcours professionnel exclusivement allemand ne doivent donc pas être considérées uniquement comme des handicaps. Une entreprise qui doit renouveler une partie de ses effectifs dispose de trois grandes possibilités : trouver davantage de candidats allemands correspondant exactement au profil historique, former des candidats possédant des compétences proches ou recruter davantage de professionnels internationaux. Les deux dernières options prennent mécaniquement de l’importance lorsque le premier vivier devient insuffisant.



3. Skills-based hiring : les compétences prennent davantage de poids


3. Skills-based hiring : les compétences prennent davantage de poids

Les recruteurs cherchent des compétences avant de chercher un CV parfait

Cette évolution possède désormais un nom dans le recrutement international : le skills-based hiring, c’est-à-dire un recrutement davantage fondé sur les compétences réellement nécessaires pour réussir dans le poste. L’idée ne consiste pas à supprimer les diplômes ou l’expérience, mais à se demander si chaque critère traditionnel constitue réellement une condition indispensable. Selon une analyse publiée par Stepstone, 87 % des recruteurs interrogés indiquaient en 2025 que leur principal défi était de trouver des personnes possédant les bonnes compétences. Pourtant, plus de deux entreprises sur cinq continuaient à exiger systématiquement des diplômes ou certifications pour leurs postes. Ce décalage illustre parfaitement le problème. Une entreprise peut affirmer qu’elle ne trouve pas suffisamment de candidats tout en éliminant automatiquement des personnes capables de réaliser le travail parce qu’elles ne possèdent pas le diplôme, l’intitulé de poste ou l’expérience sectorielle attendus. Le recrutement par compétences cherche à corriger cette contradiction. Pour un candidat, cela signifie qu’un CV moderne doit montrer beaucoup plus clairement les savoir-faire : pilotage de projet, acquisition clients, négociation, analyse de données, management, SAP, automatisation, amélioration continue ou développement commercial. Plus ces compétences sont démontrées par des réalisations concrètes, moins le recruteur doit se fier à la simple conformité du parcours.

L'intelligence artificielle renforce la valeur de la capacité d'apprentissage

L’intelligence artificielle, la digitalisation et la transition énergétique accélèrent également l’évolution des métiers. Dans cet environnement, recruter uniquement sur la base d’une expérience acquise il y a dix ans peut devenir insuffisant. Une compétence technique parfaitement adaptée aujourd’hui peut perdre une partie de sa valeur lorsque les outils, les processus ou les technologies changent. À l’inverse, un professionnel ayant déjà démontré qu’il pouvait apprendre une nouvelle technologie, changer de marché ou s’adapter à une nouvelle organisation possède une qualité durable : la capacité à apprendre. C’est l’une des raisons pour lesquelles les profils ayant effectué une reconversion peuvent être intéressants. Un candidat qui a réussi à passer de la mécanique à l’automatisation, du marketing traditionnel au digital ou de la vente B2C à la vente B2B possède déjà une preuve concrète de son adaptabilité. Le paradoxe est intéressant : ce qui pouvait autrefois apparaître comme une faiblesse sur le CV — un changement de trajectoire — peut devenir un indicateur de flexibilité professionnelle. Cela ne signifie évidemment pas que la motivation remplace les compétences techniques indispensables. Un candidat ne devient pas ingénieur, infirmier ou expert réglementaire uniquement parce qu’il apprend vite. En revanche, lorsqu’une partie des compétences peut raisonnablement être acquise en quelques mois, la capacité d’apprentissage peut peser fortement dans la décision.



4. Pourquoi un parcours atypique peut devenir un avantage

4. Pourquoi un parcours atypique peut devenir un avantage

Changer de secteur peut apporter des méthodes que l'entreprise ne possède pas encore

Un candidat provenant d’un autre secteur n’apporte pas uniquement des compétences qu’il faudra adapter : il peut également apporter des méthodes que l’entreprise cible ne possède pas encore. Prenons une PME industrielle allemande qui souhaite professionnaliser son organisation commerciale. Un responsable des ventes provenant d’une entreprise technologique peut avoir utilisé pendant plusieurs années un CRM sophistiqué, une segmentation précise des prospects, des méthodes de lead generation ou des indicateurs de performance commerciale que la PME n’utilise pas encore. De la même manière, un responsable qualité venant de l’automobile peut apporter à une industrie moins mature des méthodes très structurées de qualification fournisseurs, d’amélioration continue et d’analyse des défauts. Son manque d’expérience sectorielle devient alors partiellement compensé par une expérience méthodologique plus avancée. Pour le candidat, la difficulté consiste à rendre cet avantage visible. Écrire « huit ans dans l’automobile » ne suffit pas. Il faut expliquer ce que ces huit années permettent d’apporter : réduction des défauts de 20 %, pilotage de trente fournisseurs, mise en place d’un processus d’audit ou gestion d’un projet international. Un profil atypique devient réellement attractif lorsqu’il peut répondre à la question : « Qu'est-ce que mon parcours différent permet à cette entreprise de faire mieux ? »



5. Quelles opportunités pour les candidats français en Allemagne ?

5. Quelles opportunités pour les candidats français en Allemagne ?

Ne pas avoir encore travaillé en Allemagne n'est pas nécessairement éliminatoire

Pour les candidats français souhaitant travailler en Allemagne, cette évolution est particulièrement intéressante, car beaucoup s’autocensurent devant les offres allemandes. Ils lisent une annonce et constatent qu’ils ne possèdent que sept critères sur dix : leur allemand est B2 au lieu de C1, ils ont travaillé dans un secteur voisin plutôt que dans l’industrie exacte, ou ils n’ont encore jamais été salariés d’une entreprise allemande. Ils concluent alors qu’il est inutile de postuler. Cette logique peut conduire à manquer des opportunités. Le candidat doit évidemment distinguer les exigences indispensables des critères souhaitables. Pour un poste nécessitant quotidiennement la négociation de contrats complexes en allemand, le niveau linguistique peut être non négociable. Pour un poste dans une équipe internationale travaillant largement en anglais, la situation peut être très différente. Même chose pour l’expérience sectorielle. Une entreprise allemande cherchant un commercial chargé de développer la France peut parfois avoir davantage intérêt à recruter un excellent vendeur français connaissant le marché français mais venant d’un secteur voisin qu’un spécialiste allemand de son produit ne maîtrisant ni la langue ni les codes commerciaux français. L’importance croissante des travailleurs étrangers sur le marché allemand, documentée notamment par l’IAB, renforce l’intérêt de ces profils internationaux.

Votre profil franco-allemand peut constituer une compétence à part entière

Un candidat français doit également comprendre que son profil international n’est pas simplement une ligne supplémentaire dans son CV. Dans certaines fonctions, il peut constituer une compétence professionnelle directement monétisable. Imaginons une PME allemande située à Stuttgart, Munich ou Düsseldorf qui réalise déjà 10 % de son chiffre d’affaires en France et souhaite doubler cette part. Un candidat français possédant cinq ans d’expérience commerciale B2B, un niveau B2 ou C1 en allemand et une bonne connaissance des habitudes commerciales des deux pays peut présenter une valeur très spécifique. Il comprend pourquoi un client français ne réagit pas toujours de la même manière qu’un client allemand, peut éviter certains malentendus culturels et sait traduire les attentes du marché français auprès du siège allemand. La même logique s’applique à un acheteur, un chef de projet, un responsable RH ou un ingénieur travaillant avec des équipes des deux côtés du Rhin. Le candidat doit donc éviter de présenter son français comme une simple langue maternelle. Il peut plutôt montrer comment sa compétence interculturelle franco-allemande a permis de gagner un client, de résoudre un conflit, de coordonner un projet ou de faciliter une négociation. Le parcours atypique devient alors une spécialisation.



6. Comment valoriser un profil atypique auprès d'un recruteur allemand ?

6. Comment valoriser un profil atypique auprès d'un recruteur allemand ?

Traduire son expérience en compétences transférables

La première règle consiste à ne jamais obliger le recruteur à effectuer lui-même le travail de traduction. Un candidat venant d’un autre secteur doit expliquer immédiatement pourquoi son expérience est pertinente. Prenons un Français ayant travaillé pendant dix ans comme responsable grands comptes dans l’automobile et souhaitant rejoindre une entreprise allemande spécialisée dans les solutions énergétiques. Son CV ne devrait pas seulement indiquer « 10 ans d’expérience automobile ». Une formulation plus efficace serait : « 10 ans de développement de grands comptes industriels en Europe, négociation de contrats complexes, gestion d’un portefeuille de 12 millions d’euros et coordination d’équipes commerciales et techniques franco-allemandes ». L’expérience n’a pas changé, mais sa lecture devient totalement différente. Même logique pour un ingénieur : « ingénieur automobile » peut devenir « ingénieur systèmes spécialisé dans le développement de produits mécatroniques complexes, la validation technique et la coordination internationale de fournisseurs ». Le secteur d’origine reste indiqué, mais il ne constitue plus l’identité professionnelle entière du candidat. Pour identifier les bons mots-clés, il est utile d’étudier les offres publiées sur Stepstone, LinkedIn ou la Jobsuche de la Bundesagentur für Arbeit. Après l’analyse de quinze ou vingt annonces similaires, les compétences récurrentes deviennent généralement évidentes.

Quantifier ses réalisations pour rassurer le recruteur

Plus un parcours est atypique, plus le candidat doit fournir des preuves concrètes de performance. Un recruteur qui reçoit un candidat provenant exactement du même secteur dispose déjà de nombreux repères. Face à un parcours différent, il doit effectuer davantage d’interprétation et peut percevoir un risque supplémentaire. Les chiffres permettent de réduire cette incertitude. « Responsable d’une équipe commerciale » est beaucoup moins précis que « management de 12 commerciaux en France et en Allemagne ». « Gestion des achats » est moins convaincant que « responsabilité d’un portefeuille achats de 18 millions d’euros auprès de 25 fournisseurs européens ». « Amélioration des processus » devient plus crédible lorsqu’elle est accompagnée d’une réduction de 15 % des délais, de 10 % des coûts ou de 25 % des défauts. Cette logique est particulièrement importante pour un candidat français sans expérience allemande. Si le recruteur ne peut pas encore évaluer sa capacité à évoluer dans une organisation allemande, il peut au moins constater que le candidat a déjà obtenu des résultats mesurables dans des environnements comparables. Un profil atypique ne doit donc pas chercher à faire oublier ses différences. Il doit réduire le risque perçu en apportant davantage de preuves.



7. Pourquoi les entreprises doivent également revoir leurs critères de recrutement

7. Pourquoi les entreprises doivent également revoir leurs critères de recrutement

Chercher le candidat parfait peut devenir une stratégie coûteuse

L’ouverture aux profils atypiques ne dépend pas seulement des candidats. Les entreprises doivent également apprendre à distinguer les critères indispensables des critères simplement confortables. Une PME française recrutant un directeur commercial en Allemagne peut, par exemple, demander simultanément dix ans d’expérience, cinq ans dans son secteur précis, un allemand natif, un français courant, une connaissance de SAP, un réseau existant et une résidence dans un rayon de 50 kilomètres autour du siège. Pris séparément, chacun de ces critères semble logique. Additionnés, ils peuvent réduire le vivier à quelques personnes, voire à aucun candidat disponible au moment du recrutement. Le phénomène est d’autant plus problématique que la Bundesagentur für Arbeit continue d’identifier des pénuries dans 157 métiers. L’entreprise doit donc se demander ce qui peut être appris. Un logiciel interne peut parfois être maîtrisé en quelques semaines. Un produit technique peut être appris en quelques mois. Une connaissance du marché peut se construire. En revanche, dix années de management, une excellente capacité de négociation ou une véritable maîtrise interculturelle sont beaucoup plus longues à développer. Le recrutement efficace consiste donc moins à accumuler les critères qu’à identifier ceux qui prédisent réellement la réussite dans le poste.



8. Trois questions à se poser avant d'écarter un candidat atypique

8. Trois questions à se poser avant d'écarter un candidat atypique

Potentiel, apprentissage et valeur ajoutée : trois critères pour décider autrement

Avant d’écarter un candidat parce qu’il lui manque une expérience sectorielle, un logiciel ou une ligne particulière sur son CV, trois questions permettent de prendre une décision plus rationnelle. Première question : cette compétence peut-elle s’apprendre en quelques mois ? Si la réponse est oui, son absence ne devrait peut-être pas être éliminatoire. Deuxième question : le candidat a-t-il déjà démontré sa capacité à apprendre rapidement ? Une reconversion réussie, une promotion, la maîtrise d’une nouvelle technologie ou une mobilité internationale constituent des preuves intéressantes. Troisième question : son parcours différent peut-il apporter quelque chose que les candidats traditionnels n’apportent pas ? Un Français recruté par une société allemande peut connaître un marché que l’équipe maîtrise mal. Un ancien entrepreneur peut apporter une forte autonomie. Un ingénieur devenu commercial peut comprendre simultanément le produit et le client. Ces questions ne signifient pas qu’il faut recruter n’importe quel candidat motivé. Les compétences indispensables, notamment dans les professions réglementées ou fortement techniques, restent indispensables. Elles permettent en revanche d’éviter une erreur fréquente : confondre l'absence d'un parcours conventionnel avec l'absence de potentiel. Dans un marché du travail où certaines compétences restent rares, cette distinction peut faire une différence considérable.

Notre analyse : le recrutement allemand devient progressivement un recrutement de potentiel

Le marché du travail allemand ne s’est pas transformé du jour au lendemain en un système où les diplômes, l’expérience et la maîtrise de l’allemand n’auraient plus d’importance. Ce serait une conclusion excessive. La véritable évolution est plus subtile : face à la transformation des métiers et aux pénuries persistantes dans certaines professions, les employeurs ont davantage intérêt à examiner ce qu’un candidat sait faire et ce qu’il peut apprendre, plutôt que de rechercher exclusivement la reproduction exacte du salarié précédent. Cette évolution est soutenue par deux tendances structurelles. D’un côté, l’IAB rappelle que le départ des baby-boomers continuera à réduire le potentiel de main-d’œuvre dans les prochaines années. De l’autre, le développement du skills-based hiring présenté par Stepstone montre que les entreprises réfléchissent davantage à la place réelle des compétences dans leurs processus de sélection. Pour les candidats français, la conséquence est importante : ne vous éliminez pas vous-même parce que votre CV ne correspond pas à 100 % à l'annonce. Si vous possédez les compétences essentielles, pouvez démontrer vos résultats et êtes capable d’expliquer comment vous comblerez rapidement les écarts restants, votre parcours atypique peut devenir un argument plutôt qu’un handicap.



9. FAQ : trouver un emploi en Allemagne avec un parcours atypique

9. FAQ : trouver un emploi en Allemagne avec un parcours atypique

Peut-on trouver un emploi en Allemagne sans avoir déjà travaillé en Allemagne ?

Oui, il est possible de trouver un emploi en Allemagne sans expérience professionnelle allemande, notamment lorsque le candidat possède une compétence recherchée ou une expérience internationale pertinente. L’absence d’expérience allemande peut néanmoins soulever des questions chez le recruteur : niveau linguistique, compréhension de la culture professionnelle, capacité d’intégration ou connaissance du marché local.

"Le meilleur moyen d’y répondre consiste à apporter des preuves. Un Français ayant déjà travaillé avec des clients allemands, participé à des projets franco-allemands ou utilisé régulièrement l’allemand dans son activité doit le montrer clairement."

Adélaïde Sapelier
Recruteuse
Eurojob-Consulting

ASapelier


Dans certains métiers internationaux, l’expérience acquise en France peut être parfaitement transférable. Les travailleurs étrangers jouent d’ailleurs un rôle croissant dans le marché du travail allemand, comme le montre l’IAB. Le candidat doit donc éviter de présenter son absence d’expérience allemande comme une faiblesse à excuser. Il doit plutôt expliquer pourquoi ses compétences acquises en France répondent aux besoins de l'employeur allemand et montrer qu’il a préparé concrètement son intégration professionnelle.

Peut-on travailler en Allemagne en venant d'un autre secteur ?

Oui, mais la réussite dépend principalement de la distance entre votre expérience actuelle et le métier ciblé. Un changement d’industrie est généralement plus facile lorsqu’on conserve la même fonction. Un acheteur automobile qui devient acheteur dans l’énergie effectue un changement moins important qu’un acheteur souhaitant devenir développeur informatique. Pour réussir un changement de secteur en Allemagne, il faut donc identifier les compétences qui restent valables indépendamment de l’industrie : vente B2B, gestion de projet, qualité, achats, supply chain, management, analyse de données, SAP ou gestion de fournisseurs, par exemple. Le CV doit ensuite utiliser le vocabulaire du secteur cible. L’objectif est que le recruteur puisse constater en quelques secondes que vous ne repartez pas de zéro. Votre expérience sectorielle change, mais votre capital de compétences reste largement utilisable. Cette approche permet également de cibler des secteurs adjacents plutôt que d’envoyer des candidatures sans cohérence.

Faut-il posséder 100 % des compétences d'une offre d'emploi allemande ?

Non. Une offre d’emploi décrit généralement le profil souhaité, mais toutes les exigences n’ont pas nécessairement la même importance. Le candidat doit distinguer les compétences indispensables de celles qui peuvent être apprises. Une certification obligatoire, une autorisation professionnelle ou la maîtrise d’une technologie centrale au poste peuvent constituer de véritables prérequis. À l’inverse, la connaissance d’un logiciel interne, d’un produit spécifique ou d’un secteur proche peut parfois s’acquérir rapidement. Le développement du skills-based hiring va précisément dans cette direction : analyser les compétences nécessaires plutôt que sélectionner uniquement sur les diplômes ou intitulés de postes. Selon Stepstone, 87 % des recruteurs interrogés considéraient en 2025 la recherche des bonnes compétences comme leur principal défi. Si vous correspondez aux exigences essentielles et pouvez expliquer comment vous acquerrez les autres, une candidature reste pertinente même sans correspondance à 100 %.

Comment expliquer un parcours atypique pendant un entretien en Allemagne ?

La meilleure stratégie consiste à présenter votre parcours comme une progression cohérente plutôt que comme une succession de changements qu’il faudrait justifier. Évitez de consacrer plusieurs minutes à expliquer pourquoi vous avez quitté chaque entreprise ou pourquoi votre parcours n’est pas linéaire. Montrez plutôt ce que chaque étape vous a appris et comment ces expériences convergent vers le poste actuel. Un ingénieur passé par la production, la qualité puis la gestion de projet peut expliquer que ces trois expériences lui donnent aujourd’hui une compréhension complète du cycle industriel. Un commercial ayant travaillé dans deux secteurs différents peut montrer qu’il sait apprendre rapidement des produits techniques et s’adapter à de nouveaux marchés. Un Français ayant construit sa carrière entre la France et l’Allemagne peut mettre en avant sa capacité à travailler dans deux cultures professionnelles. Le recruteur doit comprendre la logique de votre parcours en moins de deux minutes. Plus cette logique est simple et tournée vers les besoins du futur poste, moins le caractère atypique du CV sera perçu comme un risque.

Quelles compétences mettre en avant pour travailler en Allemagne avec un profil atypique ?

Les compétences à mettre en avant dépendent évidemment du poste, mais un candidat atypique doit particulièrement valoriser ses compétences transférables et ses réalisations mesurables. La gestion de projet, le management, la négociation, la vente B2B, les achats, la qualité, la supply chain, l’analyse de données, l’amélioration continue ou la coordination internationale sont des exemples de compétences utilisables dans plusieurs industries. À celles-ci peuvent s’ajouter les langues et les compétences interculturelles. Pour un Français, parler français, allemand et éventuellement anglais peut constituer un avantage lorsqu’une entreprise allemande travaille à l’international. Mais une compétence n’est réellement convaincante que lorsqu’elle est accompagnée d’une preuve. Au lieu d’écrire « bonnes compétences commerciales », indiquez par exemple « développement d’un portefeuille de 4 à 7 millions d’euros en trois ans ». Au lieu de « management », précisez « management direct d’une équipe franco-allemande de 12 personnes ». Le CV d'un candidat atypique doit rassurer par les faits précisément parce que son parcours rassure moins par sa conformité.

En savoir plus:

 
Olivier

Olivier

 
 
Our newsletter

German-French job news at a glance: subscribe now.

 
More articles at