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Allemagne : 4 salariés sur 10 travaillent désormais à temps partiel

Allemagne : 4 salariés sur 10 travaillent désormais à temps partiel

On présente régulièrement l’Allemagne comme un pays qui devrait travailler davantage pour compenser le vieillissement démographique, la pénurie de personnel qualifié et le ralentissement de sa croissance économique. Pourtant, une nouvelle statistique montre que le débat ne se résume pas à savoir s’il faudrait passer de 35 à 40 heures par semaine. Selon les dernières données de l’Institut für Arbeitsmarkt- und Berufsforschung, publiées le 1er septembre 2026, la part du temps partiel a atteint 40,3 % au deuxième trimestre 2026, soit son plus haut niveau historique et, pour la première fois, un taux supérieur à 40 %. Dans le même temps, le volume total de travail effectué dans l’économie allemande a diminué de 0,5 % sur un an pour atteindre environ 14,4 milliards d’heures. Ce double mouvement résume l’un des paradoxes actuels du marché du travail allemand : le pays manque de professionnels dans de nombreux métiers, mais une part croissante des personnes en emploi travaille avec un volume horaire réduit. Pour les entreprises comme pour les candidats français qui envisagent de travailler en Allemagne, le sujet est donc beaucoup plus important qu’il n’y paraît. Derrière cette statistique se trouvent la garde des enfants, l’organisation scolaire, la fiscalité des couples, les carrières féminines, les choix familiaux et une question stratégique : comment mobiliser davantage de travail sans simplement demander à tous les salariés de travailler plus longtemps ?



1. Temps partiel en Allemagne : un record historique à 40,3 %

1. Temps partiel en Allemagne : un record historique à 40,3 %

Pour la première fois, la barre des 40 % est franchie

Le nouveau record publié par l’IAB est spectaculaire : au deuxième trimestre 2026, 40,3 % des salariés concernés par la statistique travaillaient à temps partiel. Le taux a progressé de 0,4 point par rapport au même trimestre de l’année précédente et dépasse pour la première fois la barre symbolique des 40 %. Cette progression résulte de deux mouvements simultanés. D’un côté, le nombre de personnes travaillant à temps partiel a augmenté de 0,5 % sur un an. De l’autre, le nombre de salariés à temps plein a reculé de 0,9 %. L’IAB-Arbeitszeitrechnung explique notamment ce phénomène par la progression de l’emploi dans des secteurs où le temps partiel est traditionnellement fréquent, comme la santé, l’action sociale ou l’éducation, tandis que des branches comportant beaucoup de postes à temps plein, notamment l’industrie manufacturière, perdent des emplois. Cette distinction est essentielle. Le record ne signifie pas seulement que davantage d’Allemands décident individuellement de réduire leurs horaires. La structure même de l’emploi allemand se déplace progressivement vers des secteurs dans lesquels le temps partiel est davantage utilisé. C’est pourquoi cette statistique permet de comprendre beaucoup plus largement la transformation actuelle du marché du travail allemand.

14,4 milliards d'heures travaillées au deuxième trimestre 2026

Le deuxième chiffre important concerne le volume total de travail. Selon l’Institut für Arbeitsmarkt- und Berufsforschung, environ 14,4 milliards d’heures ont été travaillées en Allemagne au deuxième trimestre 2026, soit une diminution de 0,5 % par rapport à l’année précédente. Après correction des variations saisonnières et calendaires, le recul atteint même 0,7 % par rapport au trimestre précédent. Parallèlement, le nombre de personnes en emploi a diminué de 0,5 % pour s’établir à un peu moins de 45,7 millions. Le temps de travail par actif occupé s’est élevé à 314,7 heures sur le trimestre, quasiment inchangé sur un an. Ces chiffres permettent de comprendre pourquoi les responsables économiques allemands ne parlent pas uniquement du nombre de personnes disponibles sur le marché du travail mais également du nombre total d’heures mobilisées. Deux pays peuvent afficher un taux d’emploi relativement élevé tout en produisant des volumes de travail très différents si une proportion importante de leurs salariés travaille 20, 25 ou 30 heures par semaine. Dans un contexte de vieillissement démographique, cette question devient stratégique : augmenter légèrement le temps de travail de millions de personnes peut théoriquement produire un effet beaucoup plus important que demander quelques heures supplémentaires uniquement aux salariés déjà à temps plein.


2. Pourquoi l'Allemagne manque de main-d'œuvre tout en travaillant moins d'heures

2. Pourquoi l'Allemagne manque de main-d'œuvre tout en travaillant moins d'heures

Le problème allemand n'est pas seulement le nombre de salariés disponibles

À première vue, la situation semble contradictoire. L’Allemagne évoque depuis plusieurs années son Fachkräftemangel, c’est-à-dire la pénurie de travailleurs qualifiés, tout en enregistrant un record du travail à temps partiel. Pourtant, les deux phénomènes sont parfaitement compatibles. Une économie peut disposer de millions de personnes en emploi tout en rencontrant un déficit de volume de travail lorsque beaucoup d’entre elles travaillent avec des horaires réduits. Le problème devient encore plus complexe lorsque les compétences ne se trouvent pas dans les secteurs qui recrutent. L’IAB constate par exemple que les secteurs de la santé, de l’action sociale ou de l’éducation, dans lesquels le temps partiel est fréquent, continuent à gagner des emplois, tandis que l’industrie manufacturière, traditionnellement caractérisée par une forte proportion de postes à temps plein, en perd. Le chercheur Enzo Weber, responsable du département « Prévisions et analyses macroéconomiques » de l’IAB, résume cette évolution en indiquant que la conjoncture s’est récemment stabilisée, mais que la crise industrielle continue de détruire de nombreux emplois à temps plein. La conséquence est importante : augmenter l’offre de travail ne consiste pas uniquement à faire travailler davantage un ingénieur déjà présent 40 heures dans son entreprise. Il faut également regarder les millions de salariés qui pourraient éventuellement augmenter leur quotité de travail de quelques heures s’ils disposaient des conditions nécessaires pour le faire.

La baisse de la Kurzarbeit ne suffit pas à inverser la tendance

Autre élément intéressant : la Kurzarbeit, le dispositif allemand de chômage partiel permettant aux entreprises de réduire temporairement les heures travaillées tout en conservant leurs salariés, a nettement diminué. Selon les estimations provisoires de l’IAB, environ 149 000 salariés étaient concernés au deuxième trimestre 2026, soit 83 000 de moins qu’un an auparavant. Cette diminution pourrait normalement contribuer à augmenter le volume de travail, puisque les personnes concernées retrouvent davantage d’heures. Pourtant, le volume global continue de reculer. Cela montre que la question va bien au-delà du chômage partiel conjoncturel. Le recul de l’emploi dans certains secteurs industriels, la progression des activités employant davantage de salariés à temps partiel et les choix individuels d’organisation du travail modifient structurellement la répartition des heures. La durée hebdomadaire habituelle de travail mesurée par l’IAB s’établissait au deuxième trimestre à 30,50 heures pour l’ensemble des salariés, avec 38,32 heures pour les temps pleins et 18,88 heures pour les temps partiels. Dès lors, déplacer ne serait-ce qu’une partie des salariés de 18, 20 ou 25 heures vers 25, 30 ou 35 heures pourrait représenter un réservoir considérable de travail supplémentaire, sans nécessairement modifier la durée contractuelle de ceux qui sont déjà à plein temps.



3. Les femmes restent au cœur du modèle allemand du temps partiel

3. Les femmes restent au cœur du modèle allemand du temps partiel

En Allemagne, une femme salariée sur deux travaille à temps partiel

Le débat devient particulièrement intéressant lorsque l’on distingue les hommes et les femmes. Les données 2025 du Statistisches Bundesamt montrent que 50,6 % des femmes salariées travaillaient à temps partiel, contre seulement 14,3 % des hommes. Autrement dit, le recours au temps partiel reste profondément genré. Les données issues d’une autre mesure de Destatis portant sur les personnes en emploi montrent la même tendance : près d’une femme sur deux travaille avec un horaire réduit. Cette organisation du travail est étroitement liée à la répartition des responsabilités familiales. Le Statistisches Bundesamt indique que la garde des enfants ou la prise en charge d’autres proches constitue beaucoup plus souvent un motif de temps partiel chez les femmes que chez les hommes. Cela permet de comprendre pourquoi le débat allemand sur le temps de travail touche directement les politiques familiales. Si une mère souhaiterait travailler 32 heures plutôt que 20 mais ne dispose pas d’une solution de garde compatible avec ses horaires, la question n’est pas celle de sa motivation professionnelle. Le véritable obstacle se situe dans l’infrastructure permettant de transformer une volonté de travailler davantage en heures effectivement disponibles sur le marché du travail.

Temps partiel choisi ne signifie pas toujours potentiel inexistant

Il serait toutefois incorrect de considérer automatiquement chaque salarié à temps partiel comme une personne qui voudrait travailler davantage. Les données de Destatis montrent précisément la diversité des situations. Parmi les personnes interrogées en 2024, 28 % indiquaient travailler à temps partiel principalement parce qu’elles le souhaitaient, tandis que d’autres évoquaient la prise en charge d’enfants ou de proches, une formation, des études, une maladie ou d’autres raisons personnelles. Seulement 4,8 % des personnes travaillant à temps partiel déclaraient vouloir travailler à plein temps sans avoir trouvé de poste correspondant. Il faut donc distinguer temps partiel choisi, temps partiel contraint et temps partiel conditionné par l’organisation familiale. Cette nuance est essentielle dans le débat politique allemand. La solution ne consiste évidemment pas à obliger des millions de personnes satisfaites de leur équilibre actuel à augmenter leurs horaires. L’enjeu est plutôt d’identifier les salariés qui seraient volontaires pour travailler quelques heures supplémentaires si les conditions étaient meilleures. Une personne travaillant 25 heures n’a peut-être aucune envie de passer immédiatement à 40 heures, mais pourrait accepter 30 ou 32 heures si l’école, la crèche, les transports et l’organisation de son employeur rendaient cette augmentation réaliste. C’est entre le petit temps partiel et le plein temps traditionnel que se trouve probablement une partie importante du potentiel inexploité. ([Destatis][3])



4. Temps partiel : quelles différences entre la France et l'Allemagne ?

4. Temps partiel : quelles différences entre la France et l'Allemagne ?

Le temps partiel féminin est beaucoup plus répandu en Allemagne qu'en France

La comparaison avec la France est particulièrement révélatrice. Selon l’Insee, 17,7 % des personnes en emploi en France travaillaient à temps partiel en 2025. Chez les femmes, cette proportion atteignait 26,6 %, contre 9,2 % chez les hommes. En Allemagne, les données de Destatis indiquaient pour la même année que 50,6 % des femmes salariées et 14,3 % des hommes salariés travaillaient à temps partiel. Les définitions et champs statistiques ne sont pas parfaitement identiques entre les enquêtes nationales : il ne faut donc pas comparer mécaniquement le record IAB de 40,3 % avec le 17,7 % français comme s’il s’agissait exactement du même indicateur. La tendance générale ne fait néanmoins aucun doute : le temps partiel, et particulièrement le temps partiel féminin, occupe une place beaucoup plus importante dans le modèle d’emploi allemand. Les données européennes vont dans le même sens : Eurostat classait en 2024 l’Allemagne parmi les pays de l’Union européenne ayant les plus fortes proportions de personnes employées à temps partiel, derrière notamment les Pays-Bas et l’Autriche. ([Insee][4])

Comparer uniquement le nombre annuel d'heures travaillées peut être trompeur

Cette différence explique pourquoi certaines comparaisons entre France et Allemagne sur le temps de travail peuvent prêter à confusion. On entend régulièrement que les salariés français travaillent moins que les Allemands, ou inversement, selon l’indicateur utilisé. Or une moyenne annuelle par personne en emploi est fortement influencée par la proportion de salariés à temps partiel. Si deux salariés allemands travaillent respectivement 40 heures et 20 heures, leur moyenne est de 30 heures, alors qu’un salarié français à 35 heures peut individuellement travailler moins que le premier mais davantage que la moyenne des deux Allemands. Comparer les moyennes sans regarder la structure de l’emploi revient donc à mélanger plusieurs phénomènes : durée du plein temps, fréquence du temps partiel, congés, absences, heures supplémentaires et structure sectorielle. Les données de Destatis montrent d’ailleurs qu’en 2025 les salariés allemands à temps plein travaillaient en moyenne 39,9 heures par semaine, alors que les salariés à temps partiel en effectuaient 21,3. Le faible volume moyen allemand ne signifie donc pas nécessairement que les salariés à temps plein ont une semaine particulièrement courte. Il reflète aussi le fait qu’un nombre très élevé de personnes, notamment de femmes, travaille avec une quotité réduite.



5. Pourquoi autant de salariés allemands choisissent-ils le temps partiel ?

5. Pourquoi autant de salariés allemands choisissent-ils le temps partiel ?

Garde d'enfants, école et fiscalité structurent les décisions professionnelles

Le recours important au Teilzeit en Allemagne ne peut pas être expliqué par une seule cause. La garde d’enfants joue évidemment un rôle essentiel. Les horaires des structures d’accueil et des établissements scolaires peuvent rendre difficile une activité à plein temps pour certains parents, particulièrement lorsqu’ils doivent également gérer les trajets, les vacances scolaires ou les journées écourtées. La fiscalité des couples a également longtemps alimenté le débat, notamment à travers l’Ehegattensplitting, mécanisme permettant aux couples mariés d’être imposés conjointement et qui peut, selon la situation des revenus du ménage, réduire l’incitation financière du second apporteur de revenu à augmenter fortement son activité. À cela s’ajoutent les habitudes d’entreprise, la disponibilité d’emplois à horaires réduits et des normes sociales qui ont historiquement encouragé beaucoup de mères allemandes à reprendre leur activité progressivement après la naissance d’un enfant. Les statistiques de Destatis illustrent le caractère fortement genré de ces choix : la prise en charge d’enfants ou de proches est beaucoup plus souvent mentionnée par les femmes travaillant à temps partiel. Ainsi, le débat sur le volume de travail disponible en Allemagne est autant un débat sur la politique familiale et l'organisation sociale qu'un débat sur la durée légale ou contractuelle du travail. ([Destatis][3])

La question n'est pas seulement de savoir si les Allemands veulent travailler plus

Lorsqu’un responsable politique affirme que les Allemands devraient travailler davantage, la formule peut donner l’impression que plusieurs millions de salariés ont simplement choisi de réduire leur activité par préférence personnelle. La réalité est beaucoup plus hétérogène. Certains travaillent effectivement moins parce qu’ils privilégient leur temps libre ou leur équilibre de vie. D’autres suivent une formation, connaissent des problèmes de santé, s’occupent de proches ou ne trouvent pas de poste correspondant au nombre d’heures souhaité. D’autres encore seraient potentiellement prêts à augmenter leur temps de travail si les conditions matérielles étaient différentes. C’est pourquoi la distinction entre volonté individuelle et contraintes institutionnelles est essentielle. Une mère travaillant quatre matinées par semaine parce que son enfant termine l’école à 13 heures ne réagira pas nécessairement à une incitation générale en faveur du travail supplémentaire. En revanche, une place en accueil périscolaire jusqu’à 16 ou 17 heures pourrait modifier directement le nombre d’heures qu’elle est en mesure de proposer à son employeur. La même logique s’applique aux horaires flexibles, au télétravail ou à la possibilité de répartir 30 heures sur quatre ou cinq jours. Le temps de travail disponible n'est donc pas seulement une préférence : il est aussi produit par l'organisation de la société et de l'entreprise.



6. Le véritable potentiel : passer de 20 ou 25 heures à 30 ou 35 heures

6. Le véritable potentiel : passer de 20 ou 25 heures à 30 ou 35 heures

Quelques heures supplémentaires multipliées par des millions de salariés changent l'équation

Le potentiel le plus intéressant pour l’économie allemande ne consiste probablement pas à demander à chaque salarié à temps partiel de revenir immédiatement à 40 heures. Une stratégie plus réaliste consiste à faciliter les augmentations intermédiaires du temps de travail. Les données de l’IAB indiquent que la durée hebdomadaire habituelle d’un salarié à temps partiel était de 18,88 heures au deuxième trimestre 2026. Imaginons, uniquement à titre d’illustration, qu’un million de personnes souhaitent et puissent ajouter cinq heures par semaine : cela représenterait cinq millions d’heures supplémentaires chaque semaine, sans recruter un seul salarié supplémentaire. L’enjeu économique est donc considérable. Mais cette augmentation ne peut fonctionner que si elle est volontaire et compatible avec les contraintes individuelles. L’employeur peut agir sur les horaires flexibles, le télétravail, la possibilité de choisir ses jours de présence ou l’organisation des équipes. L’État et les collectivités peuvent agir sur la garde d’enfants, l’école, les transports ou certaines incitations fiscales. Le débat allemand sur le travail pourrait ainsi évoluer d'une logique binaire « temps partiel contre temps plein » vers une logique beaucoup plus flexible de volume d'heures choisi et ajustable au cours de la carrière.



7. Le temps partiel peut-il être intéressant pour un candidat français en Allemagne ?

7. Le temps partiel peut-il être intéressant pour un candidat français en Allemagne ?

Un poste à 80 % peut constituer une excellente porte d'entrée en Allemagne

Pour un candidat français souhaitant travailler en Allemagne, le temps partiel ne doit pas être automatiquement considéré comme un choix par défaut ou un emploi moins intéressant. Dans certaines situations, un poste à 80 %, par exemple quatre jours ou environ 30 à 32 heures par semaine, peut constituer une excellente solution lors d’une mobilité internationale. Un couple français qui s’installe à Munich, Stuttgart, Hambourg ou Berlin doit souvent gérer simultanément un déménagement, la recherche d’un logement, l’inscription des enfants à l’école, les démarches administratives et l’apprentissage ou le perfectionnement de l’allemand. Commencer avec un temps de travail légèrement réduit peut faciliter cette transition. Le temps libéré peut également être consacré à des cours d’allemand intensifs, ce qui accélère ensuite l’intégration professionnelle. Le candidat doit toutefois vérifier si le poste est réellement pensé pour fonctionner à temps partiel. Un contrat à 32 heures n’est intéressant que si les responsabilités et les attentes sont également adaptées. Travailler officiellement quatre jours tout en restant joignable cinq jours et en assumant la charge d'un poste à temps plein revient simplement à accepter une baisse de salaire. Il faut donc discuter très concrètement de la répartition des missions, des horaires, des réunions et de la disponibilité attendue avant de signer.

Le temps partiel peut également faciliter une expatriation familiale

La situation est particulièrement intéressante pour les couples franco-allemands ou les familles françaises qui s’installent en Allemagne. Lorsque deux personnes poursuivent simultanément une carrière professionnelle, la question n’est pas seulement de maximiser le salaire individuel de chacun, mais d’organiser l’ensemble du foyer. Un poste à 30 ou 32 heures peut permettre à l’un des parents d’assurer certaines contraintes familiales pendant que l’autre commence un nouvel emploi à temps plein. Cela peut éviter qu’un conjoint abandonne complètement sa carrière pendant plusieurs années. Or une interruption professionnelle prolongée peut avoir des conséquences plus importantes à long terme qu’un passage temporaire à 80 %. Le candidat peut également utiliser ce temps pour améliorer son allemand, développer son réseau professionnel ou obtenir une certification utile sur le marché local. Le record allemand de 40,3 % de temps partiel montre surtout qu’un emploi à horaires réduits n’est pas marginal dans l’économie allemande : il fait partie du fonctionnement normal de nombreuses organisations. Cela ne signifie pas que toutes les entreprises ou tous les métiers offrent les mêmes possibilités, mais un candidat français peut parfaitement intégrer cette option dans sa négociation au lieu de considérer uniquement le modèle classique du plein temps.



8. Temps partiel, salaire et carrière : les points à vérifier avant d'accepter

8. Temps partiel, salaire et carrière : les points à vérifier avant d'accepter

80 % de temps de travail signifie généralement aussi 80 % du salaire contractuel

Avant d’accepter un emploi à temps partiel en Allemagne, il faut évidemment regarder les conséquences financières. Lorsqu’un poste à temps plein de 40 heures est rémunéré 70 000 euros brut par an, un passage classique à 80 % conduit généralement à un salaire contractuel proche de 56 000 euros, sauf accord différent. Le calcul doit toutefois être effectué sur le salaire net du ménage, car la fiscalité, les assurances sociales et la situation familiale peuvent modifier l’écart réel de revenu disponible. Il faut également examiner les éléments variables : bonus, voiture de fonction, participation aux bénéfices, retraite d’entreprise et autres avantages. Certains sont calculés proportionnellement au temps de travail, d’autres peuvent rester identiques. Le candidat doit surtout poser une question souvent oubliée : la charge réelle sera-t-elle elle aussi réduite de 20 % ? Sur des fonctions de management, commerciales ou de gestion de projet, il arrive qu’un salarié réduise son salaire et ses heures contractuelles mais conserve pratiquement les mêmes objectifs. Dans cette situation, le temps partiel devient beaucoup moins avantageux. Avant de signer, demandez donc comment sont réparties les responsabilités, quel jour sera éventuellement non travaillé, si les réunions importantes respectent cette organisation et comment sont gérées les urgences. Le contrat ne doit pas seulement indiquer un nombre d’heures : l'organisation réelle du poste doit rendre ce nombre d'heures crédible.

Le temps partiel peut encore avoir un coût professionnel, notamment pour les femmes

Le développement massif du travail à temps partiel pose également une question de carrière professionnelle. Lorsqu’une très grande proportion de femmes réduit son temps de travail alors que les hommes restent majoritairement à temps plein, les conséquences ne se limitent pas au revenu mensuel. Elles peuvent toucher l’accès aux responsabilités, l’accumulation d’expérience, les augmentations de salaire, les cotisations pour la retraite et la capacité à changer d’employeur. Les chiffres de Destatis montrent l’ampleur de l’écart : 50,6 % des femmes salariées étaient à temps partiel en 2025 contre 14,3 % des hommes. Sur une carrière de vingt ou trente ans, cette différence peut produire des écarts considérables de revenu et de retraite. Pour un candidat ou une candidate française, accepter un temps partiel peut être une excellente décision pendant une période donnée, mais il faut idéalement conserver la possibilité de remonter ensuite son temps de travail. Il est donc utile de demander à l’employeur comment fonctionnent les changements de quotité et si l’entreprise propose réellement des postes à responsabilité à temps partiel. La flexibilité est beaucoup plus intéressante lorsqu'elle fonctionne dans les deux sens : réduire son activité lorsque la vie familiale l'exige, puis pouvoir l'augmenter lorsque la situation change.

Notre analyse : le débat allemand sur « travailler plus » pose probablement la mauvaise question

Le record de 40,3 % de salariés à temps partiel au deuxième trimestre 2026, publié par l’IAB, ne signifie pas que quatre Allemands sur dix refusent de travailler davantage. Il montre surtout que le marché du travail allemand repose de plus en plus sur une combinaison de temps pleins et de temps partiels, avec une forte concentration de ces derniers chez les femmes et dans certains secteurs comme la santé, l’action sociale ou l’éducation. Dans le même temps, l’industrie perd des emplois à temps plein et le volume global de travail recule à 14,4 milliards d’heures, soit 0,5 % de moins sur un an. Face au vieillissement démographique, l’Allemagne a donc plusieurs leviers : attirer davantage de travailleurs étrangers, améliorer la productivité, prolonger certaines carrières, recruter des personnes actuellement éloignées du marché du travail et permettre aux salariés à temps partiel qui le souhaitent d'augmenter progressivement leurs heures. Ce dernier levier implique des changements très concrets : davantage de solutions de garde, des horaires scolaires compatibles avec les carrières des deux parents, une meilleure flexibilité des entreprises et un système fiscal qui ne décourage pas l’augmentation du second revenu du ménage. La véritable question n’est donc probablement pas « Pourquoi les Allemands ne travaillent-ils pas 40 heures ? », mais plutôt : « Qu'est-ce qui empêche une personne volontaire travaillant aujourd'hui 20 ou 25 heures d'en travailler demain 30 ou 35 ? »



9. FAQ : travailler à temps partiel en Allemagne

9. FAQ : travailler à temps partiel en Allemagne

Quelle est la part des salariés à temps partiel en Allemagne en 2026 ?

Selon l’Institut für Arbeitsmarkt- und Berufsforschung, la Teilzeitquote a atteint 40,3 % au deuxième trimestre 2026. Il s’agit du niveau le plus élevé enregistré dans la série de l’IAB et de la première fois que l’indicateur franchit les 40 %. Le nombre de salariés à temps partiel a progressé de 0,5 % par rapport au deuxième trimestre 2025, tandis que le nombre de salariés à temps plein a diminué de 0,9 %. Il faut cependant faire attention aux comparaisons internationales : le taux de 40,3 % repose sur la méthodologie de l’IAB et ne doit pas être comparé directement à n’importe quel indicateur français ou européen calculé avec une autre population ou une autre définition. Pour les comparaisons France–Allemagne, il est préférable d’utiliser des statistiques construites selon des méthodologies comparables et de regarder séparément le temps partiel féminin et masculin. La conclusion demeure néanmoins claire : le travail à temps partiel occupe désormais une place considérable dans le modèle d'emploi allemand.

Combien d'heures travaille un salarié à temps partiel en Allemagne ?

L’IAB estime que la durée hebdomadaire habituelle des salariés à temps partiel atteignait 18,88 heures au deuxième trimestre 2026, contre 38,32 heures pour les salariés à temps plein. Une autre source, Destatis, estimait à 21,3 heures par semaine la durée effectivement travaillée en moyenne par les salariés à temps partiel en 2025. Les chiffres diffèrent parce que les concepts et méthodes ne sont pas identiques, mais ils montrent qu’un temps partiel allemand peut prendre des formes très diverses. Certains salariés travaillent 15 ou 20 heures, d’autres 30 ou 32 heures. Pour un candidat français, il est donc préférable de ne pas demander simplement « le poste est-il à temps partiel ? », mais de vérifier le nombre d'heures exact, la répartition dans la semaine et les attentes de disponibilité. Un poste à 80 % sur quatre jours est très différent d’un emploi de 20 heures réparties sur cinq matinées.

Les femmes travaillent-elles davantage à temps partiel en Allemagne qu'en France ?

Oui, la différence est très importante. Selon Destatis, 50,6 % des femmes salariées en Allemagne travaillaient à temps partiel en 2025, contre 14,3 % des hommes. En France, l’Insee indique que 26,6 % des femmes en emploi travaillaient à temps partiel en 2025, contre 9,2 % des hommes. Les champs statistiques des deux enquêtes ne sont pas parfaitement identiques et ces chiffres doivent donc être comparés avec précaution. Mais l’écart est suffisamment important pour mettre en évidence une différence structurelle entre les deux marchés du travail. Le modèle allemand repose beaucoup plus largement sur le travail à temps partiel féminin. Cette particularité est essentielle lorsqu’on compare les volumes annuels de travail en France et en Allemagne, car une moyenne nationale peut être réduite par une forte proportion de temps partiels même si les salariés allemands à temps plein effectuent des semaines proches de 40 heures.

Pourquoi autant de femmes travaillent-elles à temps partiel en Allemagne ?

Les raisons sont multiples et ne peuvent pas être réduites à une simple préférence individuelle. Les données du Statistisches Bundesamt montrent que les femmes citent beaucoup plus fréquemment que les hommes la garde des enfants ou la prise en charge de proches comme motif d’un temps de travail réduit. À cela s’ajoutent l’organisation des structures de garde, les horaires scolaires, certains choix familiaux et les incitations économiques du système fiscal allemand. Historiquement, de nombreuses familles ont également organisé leur activité professionnelle selon un modèle dans lequel l’un des parents, généralement la mère, reprend le travail à temps partiel après une naissance. Ces pratiques évoluent mais restent très visibles dans les statistiques. Le débat allemand consiste donc désormais à déterminer comment permettre aux personnes qui le souhaitent d’augmenter leurs horaires sans leur imposer un retour brutal au plein temps. La disponibilité d'une crèche, d'un accueil périscolaire ou d'horaires professionnels flexibles peut parfois produire davantage d'heures de travail qu'une simple incitation financière. ([Destatis][3])

Peut-on demander un poste à 80 % en Allemagne ?

Oui. Un temps de travail de 80 %, correspondant par exemple à quatre jours par semaine ou à environ 30 à 32 heures selon la durée du plein temps dans l’entreprise, est une organisation courante dans de nombreux environnements professionnels allemands. Sa faisabilité dépend toutefois du métier, de l’entreprise et de la manière dont les responsabilités peuvent être organisées. Pour un candidat français, il peut être pertinent d’aborder cette question pendant le processus de recrutement lorsque l’annonce indique « Teilzeit möglich », « Vollzeit oder Teilzeit » ou lorsqu’une certaine flexibilité est mentionnée. Il faut cependant éviter de négocier uniquement le nombre d’heures. Demandez également comment le poste fonctionne concrètement : quelles journées de présence sont indispensables, les réunions importantes sont-elles concentrées sur certains jours, les objectifs sont-ils ajustés à la quotité et peut-on revenir ultérieurement à temps plein ? Un bon poste à 80 % est un véritable poste organisé à 80 %, pas un emploi à temps plein réalisé en quatre jours pour 80 % du salaire.

Le temps partiel est-il intéressant lors d'une expatriation en Allemagne ?

Il peut l’être, particulièrement lors des premiers mois d’une expatriation familiale en Allemagne. Une installation à l’étranger implique souvent beaucoup de tâches parallèles : démarches administratives, logement, école ou crèche, adaptation familiale, création d’un réseau et apprentissage de l’allemand. Un poste à 30 ou 32 heures peut donner davantage de marge pour gérer cette transition tout en évitant une interruption complète de carrière. Pour un conjoint accompagnateur, le temps partiel peut également constituer une première étape vers le marché allemand, surtout lorsque le niveau d’allemand doit encore progresser. Il faut toutefois comparer soigneusement le salaire net, les perspectives d’évolution et l’organisation réelle du poste. Le temps partiel est particulièrement intéressant lorsqu’il reste réversible : pouvoir commencer à 80 %, puis passer à 90 ou 100 % lorsque les enfants grandissent ou lorsque l’intégration est terminée, offre davantage de sécurité professionnelle. Dans un pays où le temps partiel représente désormais une part très importante de l’emploi, cette option mérite donc d’être intégrée dans la stratégie d’un candidat français plutôt que considérée systématiquement comme un second choix.

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Jérôme

Jérôme Lecot

 
 
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