Une nouvelle génération de femmes managers en Allemagne

MD Femmes managers en AllemagneUne nouvelle génération de femmes managers ayant bénéficié d'une excellente formation arrive de plus en souvent au sommet de l'échelle, dans les conseils de surveillance et les directoires. Les entreprises ont d'impérieuses raisons économiques de continuer à embaucher des femmes.

Les féministes blanchies sous le harnois avaient peine à y croire lorsque fit irruption, mi-juin 2010, l'ère de la femme. Le quotidien Handelsblatt se mettait en quête de cadres supérieurs féminins pour l'Allemagne de demain. Le Financial Times Deutschland proclamait immédiatement « l'ère de la femme ». Quant à la revue économique Capital, elle allait même jusqu'à publier, à la une, une histoire intitulée « Le chef s‘habille en Prada ». On citait, ici des recruteurs cherchant désespérément des femmes aptes à occuper des postes de direction, là, des présidents de conseils de surveillance en quête de candidates à l'organe suprême des sociétés anonymes, ailleurs, des directeurs désireux de souhaiter chaleureusement - chose rare - la bienvenue à des candi­dates de sexe féminin. Sans compter les voix de femmes se stimulant mutuellement pour percer enfin « le plafond de verre » qui a jusqu'ici toujours fait obstacle à l'accès de collaboratrices capables à des postes cadres. À perte de vue, des femmes. Chez Siemens, après Barbara Kux, Brigitte Ederer est la deuxième femme à être passée au directoire, et ce cet été ; le groupe de logiciel SAP a également nommé une femme, Angelika Dammann, à son directoire. Depuis quelques semaines, Regine Stachelhaus enrichit l'équipe diri­geante du groupe énergétique E.ON. Et le grand cabinet d'avocats Hengeler a nommé Daniela Favoccia associée-gérante, la pro­pulsant à un poste clé du cabinet.

Plus de femmes leaders avec ou sans quota

L'économie allemande se féminise. De toute évidence. Alors qu'en janvier, le Deutsches Institut für Wirtschaftsforschung se plaignait du recul continuel de la proportion de femmes aux postes cadres des entreprises allemandes, il n'en est plus question maintenant. Ce printemps, Telekom a même été la première entreprise du Dax à instaurer un quota féminin. D'autres sociétés, comme la Deutsche Post, évitent, certes, de prononcer le mot explosif de « quota » tout en désirant augmenter la proportion de femmes à tous les niveaux de l'entreprise pour la porter à environ 30 % des effectifs. Quant à la Commission de gouvernance d'entreprise du gouvernement fédéral, elle conseille vivement aux entreprises du pays d'augmenter sensiblement leur proportion de femmes. Un quota féminin aux conseils de surveillance ? Lorsque la Norvège l'instaura il y a quelques années, l'économie allemande a réagi par un refus. Depuis, le groupe de ceux qui disent non a diminué.

Les équipes mixtes marchent mieux

Les membres du directoire d'une société anonyme correspondent aux filles et aux comités consultatifs d'une entreprise familiale. Il y a déjà quelques années que Nicola Leibinger-Kammüller dirige le groupe de machines-outils modèle, Trumpf. Quant à Simone Bagel-Trah, elle préside depuis l'an dernier, en qualité de représentante de la famille Henkel, le conseil de surveillance du groupe de lessives et biens de consommation de Düsseldorf, ce qui fait d'elle l'une des femmes les plus puissantes d'Allemagne.

Tout le monde est-il devenu féministe pour autant ? Bien sûr que non. Plusieurs bonnes raisons dictées par l'économie plaident en faveur de l'embauche de femmes : actuellement, nombre d'entreprises du monde entier pensent qu'elles marcheront mieux si les femmes y sont bien représentées, et ce à tous les niveaux de travail. Pas seulement parce que les femmes sont l'une des plus grandes catégories de clients. Si l'on ne se fie pas uniquement aux hiérarchies d'entreprise classiques, aux directeurs aguerris et aux schémas de pensée habituels, on se débrouille tout simplement mieux sur le marché. Les équipes mixtes travaillent mieux que celles homogènes. Et les femmes s'accommodent mieux des nouvelles formes de travail en équipes alternantes que les hommes qui se sont organisés en vue d'une carrière classique dans l'entreprise. C'est ce qui résulte toujours des études menées à ce sujet.

Pour les sociétés allemandes, un autre problème vient se greffer là-dessus. La relève se fait rare. Le nombre de jeunes gens ayant bénéficié d'une bonne formation étant en recul, on porte maintenant le regard sur les catégories de population longtemps négligées par les ressources humaines classiques. À savoir les femmes et les migrants. En Allemagne, le pourcentage de femmes exerçant une activité professionnelle est encore comparativement faible. Bien que ce soit le cas des deux tiers environ des femmes entre 15 et 65 ans, ce pourcentage est de 80 % chez les hommes. Quand il s'agit de mobiliser davantage de personnes pour le marché de l'emploi, cela tombe donc sous le sens de se concentrer sur les femmes où le potentiel est le plus élevé. Et ce, surtout chez les femmes qui ont bénéficié d'une bonne formation. Car, chez elles, l'envie de travailler est nettement moindre que dans d'autres pays européens. Cela tient, bien sûr, notamment à l'image qu'on se fait de la famille et aux possibilités de garderie sans oublier les perspectives d'avancement. Jusqu'ici, l'offre d'hommes qualifiés et ambitieux a toujours suffi.

A l'avenir, les sociétés dépendront des femmes

La tendance qu'avaient les supérieurs hiérarchiques, en recrutant du personnel pour les entreprises allemandes, de se tourner vers des personnes qui leur ressemblaient a toujours avantagé les hommes au départ. Tant que la plupart des postes de direction sont occupés par des représentants du sexe masculin, il est évident que les hommes ressemblent plus aux hommes que les femmes. C'est ce qui explique que les hommes avaient de meilleures perspectives en début de carrière et de meilleures chances d'avancement.

Or maintenant, les premières générations pour lesquelles ce mode de recrutement ne fonctionne plus arrivent sur le marché de l'emploi. Il y a trop peu d'hommes ayant bénéficié d'une bonne formation et nombre de services de ressources humaines sont dirigés par des femmes. Les entreprises sont tributaires des femmes. Pour pouvoir fidéliser ces dernières à l'entreprise, elles doivent créer un climat qui donne aux femmes de réelles possibilités d'avancement. Ce problème s'accentuera encore avec l'arrivée des années creuses. C'est pourquoi, actuellement, les présidents de directoire mentionnent en connaissance de cause la garderie de leur entreprise et ne bronchent même plus lorsque leurs stagiaires envisagent avec assurance l'équilibre entre leur vie professionnelle et leur vie privée.

Les sociologues ont prouvé que les gens se sentent en minorité dès qu'ils sont représentés à moins de 30 % dans un groupe. Mais, en général, les minorités sont moins sûres d'elles que la majorité, elles se contentent de moins et acceptent une sous-­estimation de leurs facultés et de leur potentiel. C'est la raison pour laquelle les entreprises qui se préparent à l'évolution démographique essaient de porter (peu à peu) la proportion des femmes au-dessus de la barre des 30 % à tous les niveaux de la hiérarchie.

Ceci dit, a-t-on encore besoin d'un quota féminin si tout va au-devant des femmes ? Selon la ministre fédérale de la Famille, Kristina Schröder, un quota féminin est l'ultima ratio, c'est-à-dire la dernière ressource si rien ne bouge. Un quota accélérerait le processus. Mais il n'est pas nécessaire car les effets voulus se feraient aussi sentir à la longue. Ce qui durerait, certes, plus longtemps. Certaines entreprises ne sont pas prêtes à attendre. Telekom, par exemple, ne se contente pas d'envisager un quota féminin. Le directeur des ressources humaines, Thomas Sattelberger, est d'avis qu'il faudrait aussi réfléchir à encourager les migrants dont l'avenir est prometteur à entamer leur carrière chez Telekom. S'agirait-il d'un véritable quota ? Probablement pas. Mais dès qu'on atteint les 30 % des effectifs, on a de toute façon l'impression d'appartenir à un groupe qui compte.

Pour plus d'informations : Politique d'égalité entre hommes et femmes

TEXTE : URSULA WEIDENFELD

Voir l'article original sur le site du magazin-deutschland : Le pays a de nouvelles femmes

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