Un programme Master entre Berlin et Paris : des études pour la jeune élite européenne

MD Programme Master entre Berlin et ParisLe cursus franco-allemand du Master Européen de Gouvernance et d'Administration qualifie de jeunes cadres supérieurs pour se consacrer à des missions européennes.

Dans les salles d'études, par cet après-midi ensoleillé, on traite les thèmes du conseil de contrôle des normes, de la législation et des modèles des coûts standard. Les étudiants prennent des notes sur un cahier ou directement sur leur ordinateur portable. Dans le nouveau bâtiment de l'université de Potsdam, les 20 participants au Master Européen de Gouvernance et d'Administration (MEGA) travaillent sur le sujet de la « Réforme de l'Etat et les nouvelles structures de gouvernance », avec l'aide de leur professeur Dominik Böllhoff. Ces participants de France, d'Allemagne et d'autres pays européens se consacrent à des ­études de spécialisation : le MEGA, est un cursus franco-allemand, d'une durée d'un an, permettant à des cadres du secteur ­public d'obtenir une qualification leur donnant accès à des missions européennes. Les études se font dans les deux capitales - Paris et Berlin - ainsi qu'à Potsdam. Deux tiers des 20 participants à la troisième ­promotion viennent de l'administration française et allemande et un tiers du secteur privé ; on y enseigne en allemand et en français.

La Française Stéphanie Favre se réjouit de faire un long séjour à Berlin. Elle s'extasie : « C'est une ville ouverte. » La jeune ­femme de 31 ans travaille au ministère de l'Environnement en France et veut se ­qualifier pour des projets européens et internationaux. Son camarade d'études Marc Foglia vient du ministère de l'Education nationale, en France, et s'est inscrit au Master afin de maîtriser les voies complexes qui, dans les deux pays, régissent la politique et l'administration. Tous deux déclarent : « La structure fédérale et les différentes autorités à tous les niveaux, en Allemagne, sont difficiles à comprendre pour nous Français, car en France tout est centralisé. » L'avantage du MEGA, dont les frais d'inscription s'élèvent à 10000 euros, est que le programme est orienté sur la pratique et permet de mieux comprendre les structures de décision et ainsi de reconnaître les intersections dans une coopération au niveau européen. Werner Jann, directeur du Potsdam Centrum für Politik und Management et l'un des créateurs du programme, souligne qu'il est très important que les participants aient l'opportunité d'apprendre les uns des autres et de faire partager leur propre expérience. Selon Jann, « les administrations modernes ont besoin de cadres supérieurs sachant comment l'Etat moderne change, dans un contexte européen. De nombreuses sections sont déjà en relation avec leurs collègues européens. »

Le cursus du Master permet d'acquérir des connaissances à différents niveaux. En plus des cultures et structures de l'administration, on se consacre à la gestion des ressources humaines et à l'animation d'équipes, à l'évaluation de la politique de l'Etat, aux institutions et stratégies européennes et surtout à la réforme en matière d'administration. Le programme d'enseignement est déjà basé sur la bonne gouvernance et l'administration proche des citoyens. Cela soulève aussi des questions : quelles évolutions ont lieu parallèlement en France et en Allemagne ? Quelles sont les différences entre les deux Etats pour ce qui est, par exemple, de la privatisation d'entreprises nationalisées ? Le programme profite aussi de ce que les partenaires venant de la politique et du monde universitaire peuvent mettre à disposition des professeurs hautement qualifiés, experts en évolutions actuelles. La formation commence par un module initial à l'Ecole Nationale d'Administration (ENA) puis à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne à Paris, suivi d'un stage pratique de trois mois auprès d'une organisation gouvernementale du pays partenaire ou d'une organisation européenne ou internationale. Le troisième module consiste en cours à l'université de Potsdam et à l'université Humboldt à Berlin, pour se terminer par la rédaction du mémoire du master. A cela s'ajoutent des voyages d'études à Strasbourg, Bruxelles et Florence. Il s'agit d'études de haut niveau que nombre de participants apprécient également car cela permet, après quelques années d'expérience professionnelle - au moins trois ans - de retourner à l'université. Sonia Seibel-Béchaz, coordinatrice, précise que, pour la fonction publique, il est difficile de donner un congé aux participants pour leurs études.

Lors d'événements actuels, par exemple l'issue du référendum irlandais sur le traité de Lisbonne de l'UE, les étudiants sont fébriles, comme le raconte Çigdem Pattaban. La jeune femme turque a posé sa candidature au cursus du Master afin d'augmenter ses connaissances sur ces grands pays de l'Union européenne, l'Allemagne et la ­France. « Ce sont les principaux acteurs de l'UE », dit-elle. Pour la politologue qui a fait ses études à Munich, la perspective européenne joue un rôle important. C'est pourquoi lors de son stage à Paris, elle a travaillé au département de l'UE du ministère des Affaires étrangères. Après avoir terminé son master, elle va quitter le ministère des Affaires étrangères turc pour aller à l'ambassade de Turquie à Berlin.

Il est clair que les agents administratifs qui veulent se qualifier pour une carrière européenne ou internationale retirent un profit du programme Master. Mais pourquoi le MEGA est-il attractif pour les employés du privé ? Bertil Huger travaille pour le groupe franco-allemand EADS. Ce diplômé en gestion d'entreprise qui a étudié à l'école ­d'élite ESADE à Barcelone explique : « EADS a l'Etat comme client - également dans des domaines très sensibles. Je veux comprendre comment fonctionnent les processus de décision. » Il a fait son stage au ministère français des Affaires étrangères où il s'est penché sur la politique de la sécurité et de l'énergie. De plus, les différences culturelles entre l'Allemagne et la France l'ont toujours intéressé. Il va pouvoir compléter son mémoire sur les cultures d'entreprise, rédigé à Toulouse chez Airbus, en y ajoutant les dimensions politiques et administratives.

La compétence interculturelle est l'un des principaux aspects du cursus Master. Juliane Seifert qui, en tant qu'historienne, travaille au ministère fédéral des Transports apprécie d‘apprendre avec les autres et de découvrir différentes cultures administratives. Les groupes doivent faire des efforts pour se constituer. Pas seulement du fait des barrières linguistiques. Stéphanie Favre et Marc Foglia ont constaté que « les manières de travailler sont très différentes. Les Allemands essaient tout d'abord de développer une méthode de travail. Les Français veulent immédiatement débattre des idées et voient plutôt le but à atteindre. » Cela rend le travail en groupe très intéressant. « L'idéal serait de prendre ce qu'il y a de mieux dans chaque pays », pense Foglia - pour, peut-être, créer l'Etat idéal.

Pour plus d'informations : Master of European Governance and Administration/Master Européen de Gouvernance et d'Administration (MEGA)

TEXTE : KERSTIN SCHNEIDER

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