L’immigration, une ressource pour le marché du travail allemand

CIDAL Immigration marché du travail allemandFaiblesse des naissances, vieillissement : l'évolution démographique provoque en Allemagne une pénurie de main-d'œuvre qualifiée qui pourrait brider la croissance dans les années à venir. Aussi, le recours à une immigration de travail sélective est-il aujourd'hui envisagé. Un peu plus d'un demi-siècle après l'arrivée en Allemagne des premiers « travailleurs invités (Gastarbeiter), cependant, les personnes issues de l'immigration ont toujours des difficultés à s'intégrer sur le marché du travail.

C'est l'un des principaux défis auxquelles les entreprises allemandes seront confrontées au cours des prochaines années. Et, pour y faire face, le gouvernement allemand tente de mobiliser toutes les personnes disponibles : jeunes, femmes, seniors ou chômeurs de longue durée. Mais chacun le sait : même en les formant, ce ne sera pas suffisant. La pénurie de main-d'œuvre qualifiée semble planer comme une menace sur l'avenir de l'économie allemande. Et, dans certaines branches et certaines régions, elle est déjà une réalité.

Des Gastarbeiter à la pénurie de main-d'œuvre qualifiée

Alors que faire ? Voilà plusieurs années que responsables politiques et entrepreneurs envisagent ouvertement le recours à une immigration contrôlée. L'objectif : attirer en Allemagne des ingénieurs, médecins, informaticiens et spécialistes venus du monde entier pour soutenir la croissance et la santé des systèmes de protection sociale. Le problème n'est pas propre à l'Allemagne. Une « carte bleue » européenne, inspirée de la « carte verte » américaine, est en passe de voir le jour. À Berlin, le gouvernement a présenté fin juin 2011 un plan de lutte contre la pénurie de main-d'œuvre qualifiée. Il prévoit, entre autres, de faciliter le travail des étrangers qualifiés en Allemagne.

Ce recours à l'immigration de travail n'est pas une première outre-Rhin. De 1955 à 1973, la République fédérale a fait appel à 2,6 millions de « travailleurs invités » (les fameux Gastarbeiter) pour soutenir sa reconstruction. Ils arrivèrent d'abord d'Italie, d'Espagne, voire de Grèce puis, à partir de 1960, de Turquie, du Portugal, du Maroc et de Tunisie, sur la base d'accords bilatéraux signés directement avec ces pays. De l'autre côté du mur, la RDA faisait appel à des travailleurs venus de Pologne, de Hongrie, du Mozambique, du Vietnam, de Cuba ou encore d'Angola.

La vie de ces Gastarbeiter n'était pas aisée. La plupart du temps non qualifiés, ils parlaient peu l'allemand et exerçaient les métiers désertés par les Allemands. Mais leur contribution à la croissance de l'économie allemande a été importante : des économistes ont calculé qu'elle avait correspondu à un point de produit intérieur brut (PIB), soit quelque 20 milliards d'euros, par an. Pourtant, lorsque la crise économique survint au début des années 1970, ils furent les premiers à être licenciés. Et l'Allemagne mit fin au recrutement de Gastarbeiter.

Pénalisés sur le marché de l'emploi

Quarante ans plus tard, leurs enfants et petits-enfants ont pris la relève. Mais qu'en est-il de leur intégration professionnelle, à l'heure où l'on parle à nouveau de recourir à l'immigration ? La situation est mitigée. Selon l'office allemand des statistiques, Destatis, le taux de chômage des personnes issues de l'immigration (11,5 %) demeurait en 2010 deux fois plus élevé que celui des Allemands de souche (5,8 %). La précarité de l'emploi est également plus fréquente chez les premiers (11,3 % contre 6,8 %), et ils sont plus nombreux à créer leur propre entreprise. Sans doute en partie pour échapper au chômage. Enfin, il y a moins d'employés et de fonctionnaires chez les personnes issues de l'immigration, mais nettement plus d'ouvriers (39,5 % contre 22,3 % chez les Allemands de souche).

Cette situation est le résultat d'une prise de conscience tardive. Pendant des décennies, l'Allemagne a oublié la présence de ses Gastarbeiter et de leurs descendants, et fermé les yeux sur une réalité : elle était devenue un pays d'immigration. Mais depuis les années 2000, les choses ont commencé à changer. La politique d'intégration est ainsi devenue l'une des priorités de l'action gouvernementale.

Mesures

Parmi les mesures phares figurent l'élaboration et la mise en œuvre, depuis 2007, d'un vaste Plan national pour l'intégration. Il réunit 400 engagements visant à actionner les leviers de l'intégration à tous les niveaux. L'insertion professionnelle et la promotion de l'égalité des chances comptent, bien entendu, parmi ses éléments clés. Ainsi, Berlin a embauché 3 000 « parrains éducatifs » pour aider les enfants issus de l'immigration à réussir leur scolarité, puis leur formation. Il a institué des filières de la « deuxième chance ». Il a développé un soutien linguistique précoce pour les enfants de familles étrangères (la mauvaise maîtrise de l'allemand est la principale cause d'échec scolaire et professionnel). Enfin, Berlin a mis en place une série d'instruments de mesure chiffrés pour garantir un suivi objectif de l'impact de toutes ces mesures.

Au-delà, le gouvernement a également pressé les entreprises de changer leur regard sur l'immigration. Partout, il a cherché à faire passer ce message : la diversité est une chance à saisir. Dans cet esprit, il s'est inspiré du modèle francais de « charte pour la diversité ». À ce jour, près de 870 entreprises allemandes ont signé une charte similaire, qui prévoit de favoriser l'équité entre les salariés. Elles emploient au total près de 4,6 millions de personnes.

Ces mesures permettront-elles d'intégrer de nouvelles personnes au cours des prochaines années ? Une chose est sûre : contrairement aux années 1960, les dirigeants actuels ont à l'esprit le problème de l'intégration lorsqu'ils projettent de recourir à l'immigration contrôlée. Leur principal souci, pour l'heure, est donc de faciliter l'emploi en Allemagne de personnes qualifiées. Dans cette perspective que le gouvernement allemand a fait passé, en septembre 2011, une nouvelle loi qui améliore la reconnaissance des diplômes et des qualifications obtenus à l'étranger.

Voir l'article original sur le site du CIDAL : Commerce extérieur : les perspectives restent souriantes

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