Les Food Coop à l’allemande : l’art de consommer responsable

ParisBerlin_Food_CoopA l'heure où les scandales se multiplient dans le discount alimentaire, les Allemands sont nombreux à tourner le dos aux systèmes classiques. Une alternative parmi tant d'autres, qui connaît une véritable vogue outre-Rhin : la Food Coop (de l'anglais Food Cooperative), centrale d'achat sans intermédiaire entre le producteur et le consommateur. ParisBerlin a mené l'enquête sur un phénomène encore peu connu en France. TEXTE : MARIE-ADELINE LE GUENNEC


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Un drôle de remue-ménage dans une petite rue de Kreuzberg. Deux étudiants au look roots déchargent des sacs de pommes de terre, tandis qu'une quarantenaire plie sous le poids des cagettes de courgettes.
L'ambiance est bon enfant, mais ça travaille dur : après les fruits et légumes, le jus de pomme fermier et l'huile d'olive, c'est au tour des produits laitiers de gagner la cave de l'immeuble. On attend encore la livraison du boulanger, et le camion de Terra, qui assure l'approvisionnement en produits finis et articles de droguerie. Il faut aller vite, car l'équipe chargée du tri des marchandises arrive dans deux heures : un mardi matin ordinaire, pour les membres de la Food Cop FC Schinke09. À l'origine de ce groupe fondé à l'automne 2004, sept étudiants engagés qui souhaitaient prouver la viabilité au quotidien d'une autre façon de consommer, responsable et participative. C'est tout naturellement qu'ils font le choix de la Food Coop.

Supprimer les intermédiaires, consommer local

Les Food Coop sont des centrales d'achats de produits alimentaires en gros, ressemblant à celles qui fournissent n'importe quel magasin. La différence, c'est que cela se passe hors des réseaux économiques classiques, en supprimant les intermédiaires entre le consommateur et le producteur.

Mieux manger (les Food Coop se tournent en majorité vers des produits issus de l'agriculture biologique), en fi nir avec la consommation aveugle et passive de supermarché, acheter local et équitable, assurer livraison, tri et répartition, voire donner un coup de main au producteur, soutenir des projets, en bref responsabiliser le consommateur devenu acteur de son approvisionnement : tel est le credo d'une pratique qui s'est développée en Allemagne dans les années 70, et qui connaît une très grande vogue aujourd'hui, à l'heure où le risque écologique est omniprésent et où l'économie de marché ne convainc plus.

Progrès technique contre esprit Coop

La FC Schinke 09 regroupait à ses débuts environ 40 membres, principalement des WG, mais aussi des familles, des individuels, des cafés... Le fonctionnement, assez anarchique au commencement (les listes de commandes étaient établies oralement, lors de longues réunions hebdomadaires), a connu une nette amélioration après la création d'un logiciel de commande en ligne. Le nombre de membres a doublé en cinq ans, mais a atteint a priori son niveau maximum : pour des raisons logistiques évidentes, mais aussi pour préserver l'esprit de la Food Coop, le plafond hebdomadaire des commandes a été fixé à 800 euros. Le mot d'ordre : acheter directement aux producteurs, et dans la région de Berlin.

Pour les produits finis (en gros, tout ce qui nécessite une transformation et un conditionnement agroalimentaire) ils sont pourtant encore contraints de recourir à un intermédiaire : Terra Naturkost GmbH, qui approvisionne aussi les supermarchés biologiques du type Bio Company.
Une solution peu satisfaisante : pas de contrôle sur l'origine et la fabrication des produits, et des méthodes dictées par le profit. Une des contradictions d'un système qui ne parvient pas à s'affranchir totalement des circuits classiques, ce qui nécessiterait une autarcie et un refus de la modernité que ne souhaitent pas les membres. Contre l'économie de marché ?
Oui, tout contre...

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TEXTE : MARIE-ADELINE LE GUENNEC