Les chomeurs transfrontaliers ont leur agence pour l'emploi franco-allemand

PB Chomeurs transfrontaliers emploi franco-allemandDans l'Hexagone, où plus de 10% de la population active est sans emploi, la situation inquiète de plus en plus. Comme maigre consolation, les chômeurs, du moins les demandeurs d'emploi transfrontaliers, peuvent désormais pointer franco-allemand... En tout cas en théorie. TEXTE : ANTOINE MOUTEAU


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Petits arbustes ornés des drapeaux français et allemands, cravates, tailleurs et grosses berlines... En l'espace de quelques heures, la petite gare de la toute aussi petite ville frontalière de Kehl a pris des allures de représentation consulaire. Sous les projecteurs, les ministres français et allemand du Travail, Michel Sapin et Ursula von der Leyen, sont venus inaugurer le 26 février des bureaux d'un nouveau genre. Près des voies, à quelques mètres des trains, se trouve désormais le service de placement transfrontalier, une sorte de Pôle emploi franco-allemand, grande première entre les deux pays. Après quelques coups de ciseaux et un ruban découpé, Ursula von der Leyen et Michel Sapin reprennent la route pour Strasbourg. Ensemble, ils doivent y signer un accord de coopération franco-allemand en faveur de l'emploi transfrontalier. Les deux ministres ont prôné une plus grande mobilité dans une région transfrontalière, traversée "au milieu par un fleuve qui n'est plus une fron- tière et qu'il est facile d'enjamber", pour Michel Sapin, et dont "les limites nationales sont de plus en plus difficiles à reconnaître", selon Ursula von der Leyen. Mais derrière les grands discours se cache la réalité du terrain. Plus d'une semaine après l'inauguration officielle, le service connaissait encore quelques couacs.

De la poudre aux yeux ?

Pour faciliter les démarches, Pôle emploi et l'Arbeitsagentur ont mis en place un numéro de téléphone unique et direct. Seulement voilà, lorsque les demandeurs d'emploi appellent, ils tombent sur la boîte vocale de la Bundesarbeitsagentur. La petite voix automatisée répond exclusivement en allemand. Et surtout, avant de rediriger les appelants vers un conseiller, elle les contraint à indiquer leur code postal... allemand. Tapez 67000 pour Strasbourg et l'appel n'aboutira pas. "C'est un problème mais nous sommes en train d'y remédier", explique Hanspeter Fakler de l'Arbeitsagentur d'Offenburg. Entre-temps, la nouvelle a fait le tour des réseaux sociaux et de nombreuses personnes ont dénoncé ce qu'elles estiment être une véritable mascarade. Mais pour l'Arbeitsagentur, le système fonctionne déjà. "Nous avons déjà 110 Strasbourgeois inscrits dans notre base de données allemande, une bonne partie d'entre eux se sont inscrits après l'inauguration", se réjouit Hanspeter Fakler. "Cependant, nous n'avons pas encore eu d'inscription côté allemand." Hanspeter Fakler parle d'un objectif de 200 inscriptions par mois mais rappelle que seuls les habitants de Strasbourg et de l'Ortenau sont concernés. "Nous avons eu de nombreux appels de toute la France et de toute l'Allemagne mais nous avons dû leur expliquer qu'il ne s'agit pour l'instant que d'une zone bien définie."

30 fois plus de Français que d'Allemands

Selon les chiffres de l'Arbeitsagentur et de Pôle emploi, plus de 46 300 transfrontaliers français se rendent chaque jour de l'autre côté de la frontière pour y exercer une activité professionnelle. Environ 23300 Alsaciens travaillent dans le Bade-Wurtemberg contre 23 000 Lorrains dans les Länder de la Sarre et de Rhénanie-Palatinat. Côté allemand, seuls 1 500 personnes font le chemin inverse pour un emploi en Alsace ou en Lorraine.

Pour comprendre ce qui motive les transfrontaliers français, il ne faut pas chercher très loin... Alors que l'Alsace est noyée sous un chômage frôlant les 9 %, le Bade-Wurtemberg n'a rien à envier aux pays scandinaves avec un taux inférieur à 4 %.

TEXTE : ANTOINE MOUTEAU