La chute sans filet des salaires allemands

Mindestlohn salaires allemandsLe salaire minimum interprofessionnel n'appartient pas à la culture sociale allemande. Pourtant, de plus en plus de voix s'élèvent pour l'exiger dans la République fédérale. Il faut dire que les salaires de misère n'y sont pas rares. TEXTE : DEBORAH BERLIOZ


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Le salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC) semble relever de l'évidence sociale en France. Depuis 1950, le législateur fixe en effet dans l'Hexagone une frontière sous laquelle les rémunérations ne doivent pas descendre. En Allemagne, au contraire, un SMIC semble presque relever de l'aberration. Ici, les salaires sont négociés par les partenaires sociaux, branche par branche, sans intervention publique.

Cependant, dans de plus en plus de domaines, une rémunération plancher, négociée entre les syndicats et le patronat est de mise. Les couvreurs et le personnel de nettoyage, par exemple, bénéficient de telles dispositions. Mais les salaires de misère sont loin d'être rares. Selon une étude de la société de recherche Prognos, 1,2 million d'Allemands travaillent pour moins de cinq euros bruts de l'heure. À titre de comparaison, le SMIC est fixé à neuf euros. Mais pourquoi les Allemands ne se révoltent-ils pas plus pour demander un salaire minimum ? "Les citoyens de la République fédérale sont moins solidaires que les Français. C'est une autre culture politique", explique Barbara Riedmüller, professeur d'économie à la Freie Universität de Berlin.

D'ailleurs, pendant longtemps, la gauche et les syndicats non plus ne se sont pas saisis de la question. Réduire le chômage était leur priorité. "Cela ne fait que dix ans environ, depuis que les bas salaires se sont multipliés dans les services et que les ‘400 euros jobs' sont apparus, que le SPD et les syndicats demandent un salaire minimum", affirme Riedmüller.

Aujourd'hui, cette revendication fait partie intégrante du programme des sociaux-démocrates et des Verts. De leur côté, les syndicats comme IG Metall et Ver.di ne cessent de de- mander à l'Etat de légiférer. Et ils sont suivis par la population. Selon un sondage commandé en avril dernier par Ver.di, le syndicat des services, 76 % des Allemands souhaiteraient l'introduction d'un salaire minimum interprofessionnel. Ces derniers redoutent notamment un dumping salarial provoqué par l'ouverture de leur marché du travail aux huit pays de l'Est qui ont rejoint l'UE en 2004.

Mais le gouvernement ne plie pas. La chancelière refuse toujours le principe d'un SMIC à la française. Quant aux libéraux, ils voient dans le salaire minimum légal un véritable instrument diabolique qui ne ferait que détruire des emplois. Pourtant, l'étude de Prognos a démontré qu'un salaire minimum de 8,50 euros de l'heure pourrait rapporter plus de sept milliards d'euros de recettes fiscales à l'Etat.

Le débat n'est donc pas terminé. "Je pense que ce sujet sera primordial lors des prochaines élections", conclut le professeur.

TEXTE : DEBORAH BERLIOZ