Intégration des élèves handicapés : poursuivez vos efforts !

ParisBerlin_élèves_handicapésDepuis la loi française de 2005 pour l'égalité des droits et des chances des personnes handicapées, la scolarisation de ces enfants en milieu ordinaire progresse. En France comme en Allemagne, nombre de possibilités existent, mais il reste beaucoup d'améliorations à apporter. TEXTE : LARA BOURGET


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Sur le chemin de l'école, deux enfants. L'un en fauteuil, l'autre valide. Ils se tiennent par la main. Aller en classe ensemble ? C'est leur droit, affirmé par la loi du 11 février 2005, et soutenu par une récente directive du Parlement européen, le 2 avril 2009 ; qu'il s'agisse d'enfants en fauteuil, trisomiques, dyslexiques ou autistes etc. "Il était temps !, se réjouit Marie- Christine Philbert, présidente de la Fédération Nationale des Associations au service des élèves présentant une situation de handicap (Fnaseph) et maman d'une fille trisomique. Un enfant, quel qu'il soit, a sa place à l'école !"

L'Europe toute entière s'engage petit à petit vers ce type de scolarisation "intégrative" ou "inclusive" des élèves handicapés dans une classe ordinaire. Mais "la France et l'Allemagne ont encore un système mixte, où ces derniers sont scolarisés à la fois en milieu spécialisé et dans les écoles normales", explique Cornelia Schneider, professeur à l'Université du Mont Saint Vincent au Canada et auteur d'une thèse sur le sujet.

L'inclusion a du mal à décoller

Dans l'Hexagone, les petits handicapés fréquentent soit les établissements spécialisés, tels les Instituts Médico-Educatifs (IME) soit l'école. Là, des classes d'intégration scolaire (CLIS) en petits groupes ont été mises en place, où ils partagent certaines activités avec leurs camarades. À partir du collège et au lycée, la CLIS devient Unité pédagogique d'intégration. Les élèves y sont réunis par 10 selon leur handicap. "Un réel effort a été réalisé car, depuis 2005, 30 % d'enfants en plus sont scolarisés en milieu ordinaire. Mais il ne faut pas oublier les conditions de l'accueil", rappelle Jean- Marie Barbier, président de l'Association des Paralysés de France (APF). Or l'accompagnement et la pédagogie ne suivent pas.

Certes, dès les années 70, l'Allemagne avait affirmé ce droit et de nombreuses expérimentations ont vu le jour. Pourtant, à part dans certains Länder, les chiffres de "l'inclusion" ont du mal à décoller. Aujourd'hui, ce pays se situe dans une approche dite "pragmatique", sans systématique, où les enfants peuvent être en structures spécialisées, dans des dispositifs d'intégration comme en France ou en classes ordinaires. Dans certains Länder, comme à Berlin, en Basse-Saxe ou encore en Rhénanie du Nord-Westphalie, les modèles d'inclusion sont très avancés. "Un tutorat est mis en place entre les élèves, des enseignants spécialisés sont présents en classe et fonctionnent avec leurs collègues", explique Cornelia Schneider. Ces systèmes fonctionnent très bien, mais ils coûtent très cher. D'où les chiffres qui stagnent.

Faire évoluer les mentalités

Sur le papier, la volonté est donc là. Mais sur le terrain, on manque d'accompagnement dans les deux pays. Les moyens financiers peinent à être débloqués et les mentalités ont du mal à évoluer. "On enseigne comme si de rien n'était dans une classe où l'on accueille un handicapé. Ce n'est pas possible ! Il faut repenser l'école pour vraiment ‘inclure' ces enfants. La pédagogie frontale, présente surtout en France, ne peut pas marcher. Les enseignants doivent être formés et faire de la qualité et non de la quantité ! Actuellement, on ne donne pas les outils pour que cela fonctionne bien", s'insurge Cornelia Schneider.

Un autre défi : la démarche inclusive dans l'école secondaire qui, au-delà des grands principes, se heurte encore à bien des obstacles que ne connaît plus le primaire (réticences disciplinaires, attitudes des professeurs réservées, formations insuffisantes...) Pour que les adolescents handicapés et leurs amis valides puissent continuer leur chemin la main dans la main.
Depuis la loi française de 2005 pour l'égalité des droits et des chances des personnes handicapées, la scolarisation de ces enfants en milieu ordinaire progresse. En France comme en Allemagne, nombre de possibilités existent, mais il reste beaucoup d'améliorations à apporter.

TEXTE : LARA BOURGET