En Allemagne, une rentrée sociale sous le signe du pouvoir d'achat

CIDAL Rentrée sociale du pouvoir achatAprès deux années de crise, le retour de vacances est, cette année, presque agréable pour les salariés allemands. Les perspectives de croissance pour 2010 ont grimpé en flèche à 3 %. Le marché du travail a effacé les incidences de la crise et retrouvé un étiage presque inédit depuis vingt ans. Certaines régions sont proches du plein emploi. La santé de l'économie allemande fait l'admiration de ses voisins. Pourtant, la rentrée sociale n'est pas exempte de tensions. La question des salaires arrive au premier rang des préoccupations.

Fin de la modération salariale ?

Lundi 6 septembre, les négociations salariales ont ainsi débuté dans la métallurgie, un secteur qui sert souvent de modèle à d'autres en la matière. Le syndicat de la branche, IG Metall, réclame 6 % d'augmentation pour 85.000 salariés. Son argument : ce sont les "premières négociations salariales de l'après-crise". "Un tel chiffre aurait suscité des cris de colère par le passé. Aujourd'hui, il est reçu dans le plus grand calme", note le magazine "Der Spiegel".

De fait, après une décennie de modération salariale, l'idée de faire profiter les salariés de la croissance fait peu à peu son chemin. La chancelière et plusieurs économistes y sont favorables. Les sacrifices des salariés allemands ont permis à l'économie allemande de gagner en compétitivité. Les entreprises profitent aujourd'hui de la reprise en exportant à nouveau massivement. Augmenter les salaires contribuerait non seulement à accorder "leur part" aux travailleurs, mais également à soutenir la consommation.

Selon la presse, toutefois, les hausses de rémunérations devraient, dans l'ensemble, rester modérées. D'une part, la reprise est encore fragile. Dans certains secteurs, les perspectives salariales sont suspendues au maintien de l'essor des exportations. Dans d'autres, comme la fonction publique, elles sont réduites d'emblée par le plan de rigueur de 80 milliards d'euros que vient d'adopter le gouvernement. Enfin, argue le quotidien économique "Handelsblatt", il convient de prendre en compte les sacrifices respectifs réalisés par les salariés et par les entreprises : ces dernières ont fait des efforts pour conserver leur personnel durant la crise. Elles ont également leur part dans le maintien de l'emploi et du pouvoir d'achat des salariés.

Abus dans l'intérim

En cette rentrée, le pouvoir d'achat n'est, en outre, pas le seul cheval de bataille des syndicats allemands. Michael Sommer, président de la Fédération des syndicats allemands (DGB), annonce ainsi un "automne chaud" dans un entretien accordé lundi au "Handelsblatt". Ses griefs sont de deux ordres. Il conteste, d'une part, la réduction des prestations sociales destinées aux plus démunis, adoptées dans le cadre du plan de rigueur.

D'autre part, il soulève le problème du recours massif à l'intérim par les entreprises, et les abus constatés dans le secteur en termes de rémunérations. Le gouvernement allemand envisage de légiférer sur ce thème sensible. La libre circulation dans toute l'Union européenne, qui sera accordée aux travailleurs des pays de l'est de l'Europe au 1er mai 2011, alimente les craintes de "dumping salarial".

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