EDF: De « l'énergie » dans les relations franco-allemandes

ParisBerlin_BoudierElectricité de France entretient des relations privilégiées avec l'Allemagne depuis de nombreuses années, notamment au travers de sa participation dans le troisième énergéticien du pays, Energie Baden-Württemberg AG (EnBW). M. Marc Boudier, Directeur Europe d'EDF et membre du conseil de surveillance d'EnBW, nous expose les grandes lignes de cette coopération réussie.


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M. Boudier, rappelez-nous quels sont les intérêts d'EDF en Allemagne ?

EDF a fait le choix de se développer en Allemagne à travers sa participation dans EnBW. Notre participation au capital d'EnBW est aujourd'hui de 45,01% à parité avec notre partenaire OEW (Oberschwäbische Elektrizitätswerke), un groupement de collectivités locales du Bade-Wurtemberg avec qui nous sommes liés par un pacte d'actionnaires qui nous donne le co-contrôle d'EnBW. La complémentarité et la bonne entente entre EDF et OEW permettent à EnBW de bénéficier à la fois des apports d'un partenaire industriel et international que nous sommes et d'un ancrage régional très profond. EnBW est un bon exemple d'un partenariat franco-allemand.

EnBW compte actuellement près de 6 millions de clients en Allemagne où le groupe jouit d'une grande notoriété, notamment avec sa marque Yello qui a su conquérir près de 1,5 millions de clients. EnBW est présent sur l'ensemble de la chaîne de valeur de l'énergie (production, transport, distribution, commercialisation) et a réalisé un chiffre d'affaires de 16,3 milliards d'euros en 2008.

Quelle place occupe le marché allemand dans la stratégie d'EDF ?

L'Allemagne constitue le premier marché énergétique européen et se trouve du fait de sa position géographique au cœur d'une « plaque électrique » qui comprend l'Allemagne, l'Autriche et la Suisse et donne accès à près de 90 millions de consommateurs. Aussi, nous considérons qu'une présence en Allemagne est indispensable dans la perspective de la création d'un véritable marché énergétique européen, ce qui fait de ce pays un axe majeur de la stratégie de développement du groupe EDF.

Comment se concrétise au quotidien votre partenariat avec EnBW ?

Une multitude de projets communs ont été initiés ces dernières années entre nos deux groupes, permettant ainsi d'aboutir à des synergies très concrètes dans de nombreux domaines tels que la production d'électricité, les achats ou la Recherche & Développement.

Actuellement, nous investissons conjointement dans un stockage de gaz en cavités salines à Etzel, dans le Nord de l'Allemagne. EnBW et EDF y détiennent chacun deux cavités de stockage, dont l'exploitation et l'optimisation seront réalisées en commun. De manière plus globale, EDF soutient le développement d'EnBW, dans des projets de croissance externe, de renouvellement de capacités de production thermique conventionnelle ou encore dans les énergies renouvelables. A titre d'exemple, EnBW construit actuellement une centrale charbon de 900 MW à Karlsruhe, pour un montant de plus d'un milliard d'euros. De même, EnBW a engagé un premier projet éolien offshore de 50 MW dans la mer Baltique.

De quelles manières prenez-vous en compte la dimension interculturelle associée à cette coopération industrielle ?

Dans le domaine des Ressources Humaines, nous avons mis en place depuis plusieurs années un programme d'échanges de personnel portant au total sur plus d'une centaine de cadres. Nous avons également un programme de recrutement et de formation commune de jeunes ingénieurs bilingues notamment dans le nucléaire, qui concerne aujourd'hui environ 25 cadres, ainsi qu'un nouveau programme de stages franco-allemands destinés à des étudiants qui souhaitent effectuer un stage de 4 à 6 mois, une moitié à EDF et l'autre moitié à EnBW.

Une des limites à ces échanges est la difficulté à trouver chez EDF du personnel parlant suffisamment l'allemand et maîtrisant le français chez EnBW. Si l'anglais s'est imposé en général comme la langue des affaires, cela ne suffit pas lorsque l'on vise une expatriation au cœur des activités des partenaires. Par ailleurs, EDF soutient des manifestations culturelles telles que les « semaines françaises » de Stuttgart et de Karlsruhe.

Selon vous, en quoi les politiques énergétiques menées par ces deux pays voisins se distinguent-elles ?

Le marché de l'énergie en Allemagne se distingue du marché français par des enjeux tel que le renouvellement plus rapide du parc de production d'électricité, largement fondé sur le charbon et le lignite, ou encore par les débats autour de la sortie du nucléaire qui assure plus d'un tiers de la production électrique allemande. Ainsi, environ 20 000 MW de capacités de production seront à renouveler d'ici 2020, et 20 000 MW supplémentaires en cas de maintien de la sortie du nucléaire. Les énergies renouvelables ont connu un essor spectaculaire en Allemagne par le biais d'un cadre réglementaire incitatif, avec un objectif très ambitieux de 30% dans la production d'électricité d'ici 2020.
En France, le nucléaire et l'hydraulique sont prépondérants dans le mix énergétique. La production d'EDF en France est ainsi à 95 % non émettrice de CO2. EDF développe aussi les énergies renouvelables, via sa filiale EDF Energies Nouvelles, en France comme à l'étranger et a prévu d'investir jusqu'à 3 milliards d'euros d'ici 2010 dans ce secteur.

Si vous deviez résumer ce partenariat entre EDF et EnBW en quelques mots ?

Je dirais que c'est d'abord un partenariat entre deux actionnaires. EDF et OEW ont su démontrer ces dernières années leur vision commune de l'avenir de l'entreprise, en dépit de leurs différences et peut-être même grâce à elles. C'est aussi une collaboration très active à l'échelon des dirigeants et du personnel d'EDF et d'EnBW qui se matérialise sur de nombreux projets communs créateurs de valeur. Il s'agit d'un exemple réussi de collaboration franco-allemande, qui mérite d'être souligné à une époque où l'on peut relever de nombreux commentaires sur les difficultés, réelles ou supposées, traversées par le couple franco-allemand, moteur traditionnel de l'Europe.

INTERVIEW : AURORE FELZINE