Les entreprises allemandes travaillent à redresser le tissu industriel tunisien

PB Entreprises allemandes tissu industriel tunisienConsidéré comme l'un des pays les plus compétitifs au sud de la Méditerranée, la Tunisie attire les investissements industriels allemands. Bien qu'en troisième position, derrière la France et l'Italie, les entrepreneurs allemands y renforcent partout leur présence. À l'heure des révolutions arabes, cette stratégie de régionalisation industrielle pourrait faire d'eux, après l'Europe de l'Est, les précurseurs d'un nouveau modèle de coopération Nord-Sud. TEXTE : CHRISTINE HOLZBAUER


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Réalisée sur le terrain en juin 2011, l'étude que l'Institut de prospective économique du monde méditerranéen (IPEMED) publie au début du mois de février (1), arrive à point nommé. Sous la plume de l'un de ses chercheurs, Maxime Weigert, co-auteur d'une étude similaire sur la stratégie industrielle allemande dans les pays d'Europe centrale et orientale (PECO) (2), l'IPEMED aborde la problématique de l'investissement industriel sur la rive sud de la Méditerranée. Un an après la révolution dans le monde arabe, qui a débuté en Tunisie, le 14 janvier 2011, cet effort de mise en perspective des investissements européens dans les pays de la rive sud et est de la Méditerranée (PSEM) est louable. D'autant que l'auteur a décidé de privilégier une approche microéconomique plus à même, selon lui, de montrer l'aspect qualitatif des investissements industriels allemands réalisés en Tunisie : "Troisième partenaire économique de la Tunisie, l'Allemagne multiplie depuis quelques années les investissements industriels dans ce pays, que les entrepreneurs allemands considèrent comme l'un des plus compétitifs de la rive sud. L'étude microéconomique de la dynamique de ces investissements montre que les industriels allemands y développent une stratégie différente de celles de leurs homologues européens, notamment français et italiens", écrit-il.

Quantitatif vs. qualitatif

Avec 185 millions d'euros d'investissements directs étrangers (IDE), l'Allemagne est devenue, en 2009, un partenaire industriel de première importance pour la Tunisie, même si c'est l'Égypte qui a reçu le plus d'IDE allemands, suivie du Maroc et de la Tunisie. Rapportés à la taille du marché, ces chiffres doivent toutefois être relativisés en faveur de la Tunisie, d'autant plus que la quasi-totalité des entreprises allemandes présentes dans ce pays sont des sociétés exportatrices (le marché local n'étant pas exploité, contrairement à ce qui se passe en Égypte et au Maroc). Rapportés au nombre d'habitants, les stocks d'IDE ré vèlent qu'avec 17,7 euros par habitant (contre 7,9 pour l'Égypte et 6,4 pour le Maroc), la Tunisie occupe la place la plus importante dans l'investissement extérieur de l'Allemagne dans la région. Or, pour Maxime Weigert, "la spécificité de l'expérience allemande en Tunisie tient moins aux aspects quantitatifs du volume d'investissements (largement inférieurs, en nombre, à ceux réalisés par les entrepreneurs français et italiens) qu'à leurs aspects qualitatifs". Sur ce point, affirme-t-il, "il semble bien que l'Allemagne dispose déjà d'un temps d'avance sur ses concurrents français et italiens".

Les industriels allemands apparaissent, ainsi comme "les précurseurs d'un modèle de coopération industrielle bien plus bénéfique pour les deux parties". Liant la poursuite de la compétitivité, côté allemand, et une meilleure captation de la valeur ajoutée, côté tunisien, ce modèle de développement industriel basé sur l'approfondissement des échanges serait, ainsi, beaucoup plus au goût du jour des révolutions arabes. "La révolution tunisienne est le signe de la maturité sociale du pays et de sa capacité à entrer dans une nouvelle phase de développement (...). Dans le bassin méditerranéen, face à la crise politique du Sud et à la crise économique du Nord, le nouveau type de collaboration industrielle qui se dessine entre l'Allemagne et la Tunisie est probablement un mouvement à promouvoir pour les autres pays européens, conclut l'auteur.

Un pari audacieux

Vingt ans après l'aventure des PECO, l'appareil industriel allemand se redéploie dans un "deuxième cercle" dans des secteurs comme le textile, filière "traditionnelle" des entreprises allemandes en Tunisie, ou le secteur "électrique et électronique". C'est là qu'elles réalisent le plus d'investissements et créent le plus d'emplois à cause de la forte intensité en maind'oeuvre des activités de production liées à ce secteur, mais également par le fait que les groupes allemands opérant dans ces activités sont parmi les plus grandes entreprises étrangères implantées en Tunisie (Dräxlmaier et Leoni employaient, en 2010, plus de 22 000 personnes). Vue d'Allemagne, la Tunisie offre les conditions nécessaires à l'établissement d'un système productif intégré grâce, notamment, à sa position géographique. Sur le territoire tunisien, cela donne lieu à de nouvelles coopérations inter-firmes et au développement d'activités à forte valeur ajoutée, permettant de mobiliser une partie de son abondante main-d'oeuvre qualifiée. En élargissant à la rive sud de la Méditerranée leur stratégie de régionalisation industrielle, les Allemands ont fait un pari audacieux. À l'heure des révolutions arabes, cette capacité d'anticipation devrait contribuer à la création d'un nouveau modèle de coopération Nord-Sud.

  1. L'investissement industriel allemand en Tunisie : nouvelle séquence de la régionalisation industrielle ? Maxime Weigert - IPEMED (à paraître).
  2. Hassan Benabderrazik et Maxime Weigert : L'Industrie allemande dans les PECO : une stratégie industrielle fondée sur la proximité, la complémentarité et la solidarité, IPEMED, Palimpseste n°2, mars 2011.

Enquête : La révolution tunisienne a boosté les investissements allemands

Une enquête menée en octobre 2011 auprès des industriels allemands exerçant une activité en Tunisie par la Chambre de commerce tuniso-allemande (AHK) confirme la poursuite de la dynamique d'investissement entamée voilà une décennie. En 2010, 66 % des quelque 105 entreprises interrogées ont vu leur chiffre d'affaires augmenter, 62 % ont embauché du personnel supplémentaire et près de la moitié envisagent d'augmenter leurs investissements en 2012. Si la révolution a suspendu quelque temps l'investissement étranger en Tunisie, les entrepreneurs allemands ont continué à prendre position en approchant l'AHK ou en y adhérant. Cette dernière a, ainsi, enregistré près d'une soixantaine de nouveaux membres depuis janvier 2011. Plus que jamais, mais en toute discrétion, les Allemands semblent décidés à développer leurs activités en Tunisie.

TEXTE : CHRISTINE HOLZBAUER

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