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Vers la création d’un salaire minimum interprofessionnel en Allemagne

11 novembre 2011

Retrouvez un article plus récent sur ce thème au lien suivant : Revalorisation du salaire minimum légal en Allemagne en 2017.

France, Belgique, Pays-bas, Espagne, Luxembourg, Hongrie, Slovénie : l'Allemagne s'apprête-t-elle à rejoindre les 21 pays de l'Union européenne (UE) qui possèdent un salaire minimum légal ? Le débat est ancien outre-Rhin, et il vient d'être relancé à quinze jours de l'ouverture du congrès de l'Union chrétienne-démocrate (CDU). Sa présidente, la chancelière Angela Merkel, appuie l'adoption d'une motion en faveur de la création d'un salaire minimum interprofessionnel valable dans tout le pays.

Congrès de la CDU

Très attachée à l'autonomie des partenaires sociaux, l'Allemagne ne possède pas de loi imposant le respect d'un salaire minimum. La question se négocie branche par branche. Certaines conventions collectives prévoient ainsi une rémunération minimale. Ces dernières années, le gouvernement fédéral a, en outre, indirectement imposé le respect d'un minimum salarial dans certains secteurs particulièrement exposés au risque de dumping salarial (intérim, soins aux personnes, bâtiment-travaux publics, par exemple) en prononçant l'extension d'accords tarifaires à toutes les entreprises de ces secteurs. Près de quatre millions de salariés en profitent aujourd'hui.

Mais le débat va aujourd'hui plus loin. À la mi-novembre, le courant social de l'Union chrétienne-démocrate soumettra au vote du parti une motion proposant la création d'un salaire minimum interprofessionnel fédéral obligatoire. En d'autres termes, la mise en place d'une rémunération minimale obligatoire pour tous les salariés, quels que soit leur lieu de résidence et leur secteur d'activité. Son montant serait fixé par une commission réunissant les partenaires sociaux. Il prendrait pour référence le salaire minimum inscrit dans la convention collective des intérimaires, soit 7,79 euros de l'heure dans les Länder ouest-allemands et 6,89 euros à l'Est.

« Dignité du travail »

La chancelière a fait savoir qu'elle appuierait ce texte. Elle « considère qu'il en va de la dignité du travail », a expliqué le porte-parole adjoint de la chancellerie, Georg Streiter. Il n'est pas question d'une loi dans l'immédiat. Mais « la chancelière s'intéresse au sujet », a-t-il ajouté. À ses yeux, les conditions salariales imposées à de nombreux salariés sont inacceptables. « Nous devons nous assurer qu'il n'y ait pas de lacunes dans la couverture du territoire » en matière de rémunération minimale, a dit Mme Merkel il y a quelques jours lors d'un congrès des femmes de la CDU.

Un regard jeté sur les statistiques révèle, en effet, que de telles « lacunes » existent. Les entreprises non couvertes par une convention salariale sont de plus en plus nombreuses. Selon la Fondation Hans Böckler, le taux de couverture est ainsi passé, entre 1998 et 2009, de 76 % à 65 % à l'Ouest et de 63 % à 51 % à l'Est.

Travailleurs pauvres

Ainsi, 1,2 million de salariés gagneraient aujourd'hui moins de cinq euros de l'heure, selon une étude de l'institut Prognos pour la Fondation Friedrich Ebert. 2,4 millions auraient une rémunération comprise entre cinq et 7,50 euros de l'heure. Au total, cinq millions de personnes travailleraient pour moins de 8,50 euros de l'heure. Parmi les secteurs les moins rémunérateurs figurent la coiffure, l'hôtellerie-restauration ou encore les centres d'appels.

Il n'est donc pas étonnant que le débat sur le salaire minimum revienne sur le devant de la scène dans le contexte plus général de la réflexion sur la montée des inégalités. Les Allemands ne s'y trompent pas. Selon un sondage Emnid publié ce mardi, 86 % des Allemands sont favorables à la création d'un salaire minimum. Seuls 14 % s'y opposent.

Il y a cependant loin de la coupe aux lèvres. La mise en place d'un salaire minimum a beau être appuyée par une majorité d'Allemands, par le courant social et la direction de la CDU ainsi que l'opposition sociale-démocrate et verte au Bundestag, elle est tout sauf arrêtée.

Réactions

En effet, elle suscite en Allemagne encore bien des réserves, en particulier de la part du patronat. Les présidents de la Confédération des associations patronales (BDA) et de l'Association des chambres de commerce et d'industrie allemandes (DIHK), Dieter Hundt et Hans Heinrich Driftmann, mettent en garde contre une mesure qui renchérirait le coût du travail pour les emplois à bas salaires au détriment des plus faibles : chômeurs de longue durée, personnes peu qualifiées et jeunes. La mesure freinerait l'emploi et favoriserait le travail illégal.

Sur le plan politique, le courant libéral de la CDU, et surtout les libéraux du FDP émettent également des réserves. « Nous jugeons problématique la création d'une rémunération plancher universelle », a déclaré lundi le secrétaire général du FDP, Christian Lindner, en se référant à l'accord de coalition. Enfin, même les partisans de la création d'un salaire minimum divergent sur ses modalités.

Mais une chose est sûre : un salaire minimum interprofessionnel fixé par l'État a peu de chance de voir le jour outre-Rhin. Les Allemands tiennent à ce que les questions de rémunération demeurent entre les mains des partenaires sociaux. Et ils redoutent plus que tout l'idée que le montant du salaire minimum puisse devenir un enjeu électoral.

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