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Un carré qui fait le tour du monde

19 octobre 2010

« Fabriquons donc une tablette de chocolat qui entrera dans la poche de toutes les vestes de sport ! », lança Clara Ritter à son mari un jour de 1932. Ce fut le début d'une carrière internationale. Aujourd'hui, l'entreprise, qui ne décline qu'un seul et même produit, possède l'une des marques les plus célèbres au monde.

« Vous êtes arrivés à destination », annonce la voix du GPS. Cette destination, c'est le siège de Ritter Sport, le fabricant de chocolat mondialement connu, installé au n°25 de la rue Alfred Ritter, à Waldenbuch. En Souabe, patrie de Daimler, Porsche et Bosch, le GPS prend pour repères des noms de fondateurs de sociétés. Car ici, les rues doivent souvent leur nom à de brillants entrepreneurs plutôt qu'aux poètes et aux philosophes.

Alfred Ritter fut l'un de ces entrepreneurs. En 1912, il fonda avec sa femme Clara une usine de chocolat et de confiserie à Stuttgart, à 15 kilomètres seulement de Waldenbuch où l'entreprise s'installera en 1930. C'est Clara qui, en 1932, eut l'idée qui allait mener l'entreprise sur la voie du succès : « Fabriquons donc une tablette de chocolat qui entrera dans la poche de toutes les vestes de sport sans se briser, tout en convervant le poids d'une tablette rectangulaire normale ». Le carré de chocolat reçut le nom de Ritter's Sport Schokolade. Une marque était née.

« Carré, pratique, gourmand »

Ce slogan lancé en 1970 est aujourd'hui connu dans le monde entier. Il incarne les caractéristiques exclusives de la marque. Carré se rapporte à la forme, pratique à un emballage original qui s'ouvre en un seul geste, gourmand au goût et à la qualité supérieure des ingrédients utilisés.

Au fil des décennies, Ritter Sport a également prouvé qu'une entreprise spécialisée dans un produit unique pouvait malgré tout se réinventer constamment. En 1974 fut lancée la « Bunte Palette » (gamme variée). Aujourd'hui, la tablette se décline en plus d'une vingtaine de variétés, de "Noisettes entières" à "bio", chacune possédant sa propre couleur d'emballage. En 1982, Ritter Sport commercialisa les carrés Minis et, en 2008, la version Ritter Sport bio. À présent, une nouvelle variété est lancée chaque année. Les succès de l'été 2010 s'appelaient « stracciatella », « yaourt aux fruits rouges » et « pêche-maracuja ».

Ritter Sport est une entreprise familiale souabe typique. À travers Alfred T. Ritter, le petit-fils du fondateur, la société bientôt centenaire en est à sa troisième génération de dirigeants. 800 employés se consacrent exclusivement à la production de la tablette-culte, dont ils produisent, chaque jour, 2,5 millions d'unités au siège de Waldenbuch, petite ville de 8000 habitants. 30 % de ces tablettes sont exportées dans 91 pays. En plus de son activité de production, l'entreprise s'implique activement dans le domaine environnemental, social et culturel.

Ainsi, depuis 1990, Ritter Sport s'est lancé dans le commerce équitable en promouvant la production d'un cacao bio au Nicaragua. En 2002, la société a installé sa propre centrale de cogénération sur le site. Elle couvre 30 % de ses besoins en électricité et 80 % de ses besoins de chauffage. Il y a dix ans, les catégories de salaires inférieures ont été supprimées, et, à travail identique, hommes et femmes sont désormais payés de façon identique. En outre, un musée Ritter Sport a vu le jour en 2005 juste à côté du site de production.

Médecine, art, idéal

Alfred T. Ritter est typiquement souabe : innovant et entreprenant, mais aussi modeste et gardant les pieds sur terre. Il n'en présente pas moins un profil singulier. Sa carrière a été influencée par les mouvements étudiants des années 60 et par la catastrophe de Tchernobyl. Après des études d'économie et de psychologie, il commença par exercer en tant que thérapeute à Heidelberg. À la fin des années 80, il fonda une entreprise écologique qui, jusqu'à aujourd'hui, produit des systèmes de chauffage non polluants.

En 2005, il reprit la direction de l'entreprise Ritter Sport à la suite d'un différend sur la stratégie d'expansion avec le directeur de l'époque, qui n'était pas issu de la famille. Marli Hoppe-Ritter, sa sœur, préside, quant à elle, le conseil de surveillance. Après des études de droit à Heidelberg, elle a dirigé une association qui, en 1976, ouvrit l'un des tout premiers centres d'accueil autonomes pour femmes battues en Allemagne. Marli Hoppe-Ritter collectionne également les œuvres d'art... avec une prédilection pour les formes carrées ! Depuis 2005, le musée Ritter a présenté les 700 œuvres qui ont enrichi sa collection au fil du temps lors de différentes expositions. Le frère et la sœur partagent l'idéal d'un monde meilleur.

Humaniste, perfectionniste, plébiscité

Alfred T. Ritter est assis dans l'une des nombreuses salles de conférence situées au rez-de-chaussée du bâtiment principal du siège administratif, à Waldenbuch. Il a de longs cheveux grisonnants et porte aujourd'hui un jean. Il n'aime pas discuter affaires. Il préfère parler des gens, des idées, des produits. Ou de l'importance qu'il accorde au bien-être de ses employés : « S'ils sont heureux, je le suis aussi », assure-t-il.

Ou encore des améliorations apportées au produit en dépit d'un environnement difficile, du rétrécissement des marges, de l'augmentation du prix des matières premières et de la succession d'étés chauds. « Aujourd'hui, Ritter Sport produit à flux tendu, ce qui présente des avantages en termes de fraîcheur et de goût », poursuit Alfred T. Ritter. L'entrepreneur aime aussi à souligner qu'en 2010, Ritter Sport a de nouveau été élu « Meilleure marque » de l'année.

Olaf Wilcke, directeur du développement international, est assis à la même table. Son terme favori est « unique ». En dehors des caractéristiques fondamentales des produits Ritter Sport, ce professionnel de la confiserie a rapidement imaginé d'autres arguments de vente exclusifs. Par exemple, l'épaisseur des tablettes, due à leur format carré. « Elle permet d'utiliser des noisettes entières, ce qui se répercute nettement sur le goût. »

On trouve aujourd'hui des tablettes Ritter Sport dans les magasins hors taxes, les oasis marocaines et dans l'Himalaya. Pour autant, la firme ne souhaite pas en rester là. « En Chine, la consommation est de 100 grammes par habitant. En Allemagne, elle est de 8,5 kilos. Il reste du potentiel à exploiter », explique Wilcke. Et c'est bien ce à quoi on s'emploie actuellement à Waldenbuch.

Voir l'article original sur le site du CIDAL : Un carré qui fait le tour du monde

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