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Schlecker: l'exemple de faillite d'une entreprise allemande

26. März 2012

Les Schlecker ont révolutionné le commerce du savon et des cosmétiques. Mais ils ont aussi malmené leurs employés et ruiné leur réputation. Retour sur les raisons de cette faillite.Schlecker en Allemagne, c'est plus de 6 000 filiales, et, surtout, une véritable institution. Tout le monde dans le pays connaît l'enseigne bleue de ces magasins de produits de beauté et d'hygiène. Rien d'étonnant donc à ce que le dépôt de bilan de l'entreprise, annoncé fin janvier, ait provoqué une onde de choc. TEXTE : DEBORAH BERLIOZ



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Une chute vertigineuse pour son fondateur, Anton Schlecker, qui avait pourtant connu des débuts fulgurants. Quand, en 1974, les prix des savons et autres produits semblables sont libérés, il y voit immédiatement une opportunité. Dès 1975, ce charcutier de formation lance sa chaîne de drogueries. "Il a très vite acheté en gros", explique Thomas Roeb, professeur de marketing à l'école de commerce de Bonn-Rhein-Sieg. "Cela lui a permis d'avoir des prix bien plus bas que les petits droguistes indépendants qui dominaient avant le marché." Et il n'est pas le seul, les chaînes Rossmann et DM apparaissent au même moment. Mais Schlecker sera le plus rapide. Deux ans plus tard, il est déjà à la tête de 200 magasins, en 1984 on compte 1 000 filiales. En 1987, il s'étend à l'étranger. "Il ouvrait des petits magasins, dans des locations pas forcément avantageuses. DM et Rossmann , à l'inverse, ont préféré dès le début avoir des espaces plus grands, dans des lieux très fréquentés. Ils ont donc mis plus de temps à se développer", analyse Roeb.


La stratégie des petits magasins


L'empire de  Schlecker est ainsi devenu tentaculaire. On trouve désormais "un magasin tous les trois kilomètres en Allemagne", selon le site Internet de la compagnie. Et il est présent dans plusieurs pays d'Europe. Mais la stratégie d'Anton Schlecker a aussi ses désavantages. Qui dit petits magasins, dit marges moins importantes. Pour qu'ils restent rentables, il faut lésiner sur le reste, comme sur l'esthétique. "La plupart des magasins  Schlecker  ont l'air encore plus sordide que des Aldi d'il y a dix ans", commente un journaliste du Frankfurter Allgemeine Zeitung.


Et il faut également économiser sur les salaires. Au point qu'à la fin des années 90 le couple Schlecker est condamné pour avoir payé des centaines de salariés en dessous du salaire fixé par les conventions collectives. Et un scandale similaire éclate à nouveau en 2010. L'image de  Schlecker n'est donc pas bonne auprès des Allemands. Et Anton Schlecker passe pour un mauvais patron doublé d'un pingre. Une perception qu'il ne fait rien pour changer, puisque le patriarche ne se montre jamais dans les médias.


Cependant, l'explication de la faillite ne réside pas uniquement dans cette mauvaise réputation. "Cela a joué un rôle, certes. Mais ce qui a été décisif, ça a été la croissance de la concurrence. Au début des années 2000,  Rossmann  et DM ont commencé une grande politique d'expansion", explique Roeb. Avec leurs magasins plus grands et plus modernes, ils ont capté la clientèle de Schlecker  et ses bénéfices. En 2010, l'entreprise annonce un recul de ses ventes de 650 millions d'euros sur un an, à 6,55 milliards d'euros. Et les spécialistes estiment même qu'elle serait déficitaire depuis trois ans.


La réaction du patriarche ne se fait pas attendre. Il engage une entreprise de conseil et met ses enfants sur le devant de la scène. Lars et Meike, 40 et 38 ans, annoncent dès 2010 un grand plan de rénovation des magasins. Pour redorer l'image de  Schlecker , les héritiers se montrent chaleureux, proches de leurs travailleurs, et n'hésitent pas à envoyer des photos à la presse.


Mais ces changements arrivent trop tard. Seuls 350 magasins ont subi un relooking jusqu'à aujourd'hui. Et la tentative de trouver des investisseurs fin 2011 n'a pas fonctionné. Toutefois, la famille Schlecker n'a pas l'intention de jeter l'éponge. Le dépôt de bilan ne signifie pas forcément la fin de l'empire d'Anton, même si lui-même se retirera complètement de la tête de l'entreprise en août ou septembre prochain. Des accords ont été passés avec les principaux fournisseurs, et l'entreprise bénéficie d'une procédure de sauvegarde qui lui permet de maintenir son activité. Elle ne pourra cependant pas échapper à des restructurations dont on ignore encore l'ampleur.


TEXTE : DEBORAH BERLIOZ