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Les jeunes et le monde de l'entreprise, un débat extrêmement vaste

4 mars 2011



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Le "péril jeune" n'a jamais été autant d'actualité, seize ans après la sortie en salles du fi lm éponyme de Cédric Klapisch. L'arrivée et l'entrée dans la vie active de la nouvelle génération met à mal nombre de vieux principes qui régissent les entreprises quand elle n'est pas au cœur même de leurs réflexions sur leur propre évolution. La donne change avec ces jeunes actifs qui ont connu depuis l'enfance le chômage, celui de leurs parents, la chute de certains idéaux, et plusieurs crises : politiques, internationales et financières. Cette génération semble pour certains plus compliquée à gérer que celles de ses aînés.


"Nous devons donner du sens à cette jeune génération qui en demande plus que nous qui étions assez formatés, obéissants", remarque Guy Maugis, 57 ans, président de Bosch France. "Le respect de la règle suffi sait pour réussir", souligne ce dirigeant. "Aujourd'hui, l'engagement des plus jeunes est important de leur part quand ils savent à quoi ils servent et pourquoi ils sont là."


"Il faut réhabiliter la marque comme phare identitaire", invoque Didier Pitelet, auteur (déjà) en 2002 de Regards sur l'avenir des jeunes et créateur du concept de "marque employeur". Selon lui, "il faut remettre en avant la culture de l'entreprise. Il n'est pas normal que 70 % des managers trentenaires français déclarent ne pas adhérer aux valeurs de leur entreprise." Les jeunes cadres seraient comme les footballeurs d'aujourd'hui, sans passion du maillot, ni du club employeur. "Il faut réinventer des rites d'arrivée, d'évolution, de considération, de reconnaissance dans le monde de l'entreprise. Ça peut permettre au turn over d'être divisé par deux..."


Pour Philippe Pierre, docteur en sociologie de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris, spécialiste de la mobilité en entreprise, le "décalage entre ce qui est dit et ce qui est vécu" touche aussi bien les entreprises que la génération dite Y. Les jeunes ne sont, eux aussi, pas toujours très cohérents. Comment prôner la mobilité géographique et dans le même temps vouloir fonder un foyer ? Un exemple parmi d'autres. Un paradoxe de plus. Mais le plus marquant n'est-il pas dans la méconnaissance de leurs aînés à leur sujet ? Les adultes les imaginent "inquiets et révoltés" quand ils se disent "ambitieux, tranquilles et autonomes".


"Le métier de dirigeant devient de plus en plus difficile car les attentes de la nouvelle génération sont encore plus importantes," souligne Guy Maugis. "Les différences entre jeunes Français et jeunes Allemands sont nombreuses fait remarquer Karl Boudjema, membre de l'Office franco-allemand pour la jeunesse (OFAJ). Leurs rapports à l'entreprise, aux stages, au monde syndical, leur vision du concept de mobilité, etc., différent en bien des points." Le débat ne fait que commencer.


TEXTE : ALEXANDRE DININ