Connexion-Emploi

Le site emploi franco-allemand

Les inégalités de revenu et au travail n’augmentent plus en Allemagne

21 janvier 2014

Alors que la crise économique et financière a accru les inégalités de revenus dans les pays industrialisés et émergents entre 2007 et 2010, l'Allemagne et l'Autriche ont enregistré la tendance inverse, selon la dernière étude de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). En Allemagne, l'institut IW fait le même constat.

À contre-courant

Selon l'OCDE, les inégalités se sont légèrement réduites en Allemagne et en Autriche durant les années de crise, entre 2007 et 2010. Ce constat vaut aussi bien pour les revenus bruts du travail et du capital que pour les revenus disponibles, c'est-à-dire après impôts, charges et prestations sociales. Selon l'OCDE, les inégalités de revenus sont restées proches de leur niveau d'avant la crise dans les deux pays.

Lundi, un jour avant la publication des données de l'OCDE, l'institut d'études économiques IW, à Cologne, était parvenu dans une étude détaillée aux mêmes résultats : en Allemagne, « les inégalités tendent à se réduire légèrement ». L'idée d'un fossé croissant entre riches et pauvres relève aujourd'hui du préjugé, a souligné son directeur, Michael Hüther.

Redistribution efficace des revenus

L'Allemagne doit cette tendance à la qualité de son système de redistribution fiscale. Selon l'IW, sa fiscalité redistribue en permanence les revenus du haut vers le bas. Elle est, de ce point de vue, plus redistributrice que la moyenne au sein de l'Union européenne (UE). En Allemagne, les bas revenus profitent davantage des transferts sociaux que dans la plupart des pays européens. L'Allemagne se classe 6e sur 27 en la matière.

L'IW est, par contre, plus réservé sur le système des charges sociales. En Allemagne, « la part relative des cotisations sociales est d'autant plus élevée que le revenu du travail est faible. Cette forme-là de redistribution ne fonctionne pas », conclut un porte-parole. Les statistiques de l'IW montrent même que la part des charges sociales se réduit pour les 10 % de revenus les plus élevés.

Mythes et idées reçues

Chiffres à l'appui, l'IW balaie aussi plusieurs idées reçues. Celle, par exemple, qui voudrait qu'un nombre croissant d'Allemands peinent à vivre des revenus d'un travail à plein temps. Faux !, répond l'IW. Le nombre de personnes dont l'État doit compléter le salaire par l'allocation Hartz IV est en net recul : il a baissé de 50 000 ces dernières années pour atteindre 290 000.

La précarisation par l'extension du travail à temps partiel relève également du mythe, ajoute l'IW. Selon les économistes de Cologne, l'emploi à temps partiel et les contrats à durée déterminée ne se sont nullement substitués à l'emploi à temps plein et à durée indéterminée : il est venu en complément. En 2012, le taux de chômage a d'ailleurs atteint en Allemagne son niveau le plus bas depuis 1991. Et « nous ne constatons toujours aucune augmentation à long terme de la part de l'emploi à bas salaire », précise M. Hüther.

Dans ce contexte, l'idée d'instaurer un salaire minimum universel de 8,50 € de l'heure laisse les économistes de l'IW sceptiques. Dans la population générale, 18 % des salariés ont un salaire inférieur, justifient-ils. Mais ce taux s'élève parfois à près de 60 % dans certains secteurs, tels que l'hôtellerie. Dans ces conditions, un salaire minimum aboutirait à la destruction de nombreux emplois. Un autre institut économique, le DIW, partage un constat similaire.

En attendant, la pauvreté n'a pas explosé en Allemagne. Le pays possède le 7e taux de pauvreté le moins élevé de l'UE, constate l'IW. Néanmoins, sur le long terme, une évolution s'est bel et bien produite outre-Rhin. Si les écarts de revenus « se détendent », selon l'IW, l'Allemagne est encore loin d'avoir retrouvé son niveau de la fin des années 1990.

© CIDAL