Connexion-Emploi

Le site emploi franco-allemand

L'Autriche, le tigre alpin

19. September 2013

L'innovation, un solide partenariat social et l'ouverture sur l'Allemagne et l'Europe de l'Est sont les clés de la vigueur économique de l'Autriche. TEXTE : LUC ANDRE



Paris_Berlin_LogoParisBerlin (http://www.parisberlin.fr) est le seul newsmagazine qui vous informe chaque mois sur l'actualité franco-allemande dans les domaines suivants : politique, économie, mode de vie, culture, éducation, médias.




Georg Schmidinger a un souci étonnant pour un petit patron d'une Europe rongée par le chômage. "J'ai trois ou quatre postes libres. Nous allons commencer à chercher en Allemagne mais aussi en Espagne ou au Portugal", raconte le dirigeant d'Aquamot. Ses moteurs électriques pour bateaux se vendent dans le monde entier et équipent même la marine nationale française. L'entreprise a fait le pari de la qualité et du surmesure pour se distinguer de la concurrence chinoise à bas coûts. Elle écoule entre 650 à 700 moteurs par an, fabriqués par ses dix salariés en Haute-Autriche, dans le nord du pays. 80 % sont exportés.


Innovation, le maître mot


Ce positionnement résume bien les succès économiques de l'Autriche, véritable tigre alpin, troisième pays en Europe après le Luxembourg et les Pays-Bas pour le PIB par habitant. Camions de pompiers, remontées mécaniques, aciers spéciaux, systèmes de signalisation ferroviaire, l'industrie de la petite République a choisi des spécialisations pointues pour survivre dans une économie mondialisée, consacrant des salaires élevés et un haut niveau de protection sociale. L'innovation est donc un maître mot et les entreprises, imposées moins qu'en France, peuvent bénéficier d'un soutien au chômage technique. "Nous avons apporté 90 % des innovations dans notre secteur", se rengorge Ekkehard Assmann, porte-parole du n°1 mondial du transport par câble Doppelmayr-Garaventa. L'orientation à l'export semble une évidence pour ce petit pays de 8,5 millions d'habitants. "Nous sommes engagés à l'étranger pour compenser la volatilité du marché national, parfois 20 à 30 % par an", acquiesce M. Assmann. L'industrieux voisin allemand est, de loin, le premier partenaire commercial. L'Autriche y place près d'un tiers de ses exportations. L'interconnexion des deux économies est ancienne. Nombre d'entreprises autrichiennes sont des sous-traitants historiques de l'industrie d'outre-Rhin.


Faible chômage


Mis en place après-guerre, un autre élément clé des succès rouge-blanc-rouge est le partenariat social. Les représentants des entreprises et des salariés décident en étroite concertation des évolutions de la politique sociale, le gouvernement actant souvent les solutions de compromis élaborées. Cette institution garantit à la fois la paix sociale et la compétitivité de l'économie autrichienne qui peut se targuer du plus faible taux de chômage de l'UE avec 4,7% des actifs (7,6% pour les jeunes) selon Eurostat.


La lutte contre le chômage de longue durée est la priorité. Des aides spécifiques, négociées au cas par cas avec l'employeur, existent pour faire revenir dans l'emploi les publics fragiles. C'est dans cette philosophie que s'intègre le dispositif de garantie jeunesse (un emploi ou une formation sous six mois pour les 15 à 25ans) qui a inspiré les dirigeants européens. Mais prévient le chercheur Thomas Mayr, il ne faut pas ignorer l'importance de l'apprentissage (40% des 15-16 ans) en Autriche comme "fondement" de ces succès.


Eldorado à l'Est


Ayant profité de la nationalisation des avoirs nazis après 1945 pour asseoir son développement, l'Autriche a bénéficié d'un autre coup de pouce historique avec la chute du bloc soviétique puis l'élargissement de l'UE en 2004. Aux premières loges, banques, assurances, chaînes d'ameublement, mais aussi petites PME, se sont implantées sur ces nouveaux marchés, réactivant les liens économiques de l'ancien empire austro-hongrois.


Cette ouverture à l'Est a aussi bénéficié à l'important secteur touristique de ce pays montagneux. "En hiver, plus d'un quart de notre clientèle vient désormais d'Europe de l'Est", indique Markus Merz, un responsable de la station de Semmering, à moins de trois heures de voiture de Budapest ou Bratislava.


Ouverte sur l'Est, l'Autriche subit actuellement les contrecoups de la crise dans ces pays. Mais ce n'est qu'un accroc passager, selon Michael Landesmann, directeur de recherche à l'Institut d'économie internationale de Vienne (WIIW) : "Le potentiel de croissance est supérieur à celui de la zone euro.


Mit 4,7% hat Österreich die niedrigste Arbeitslosenquote der EU. Die Wirtschaftskraft resultiert aus der Formel Innovation und Zusammenarbeit mit Deutschland und Osteuropa.


La maison d'Hitler


Hitler n'y a passé que les trois premières années de sa vie, de 1889 à 1892, mais son nom colle toujours à la ville autrichienne de Braunau-am-Inn. L'utilisation de sa maison de naissance, une bâtisse jaune vide depuis 2011, que L'État autrichien sous-loue est un véritable casse-tête. La proposition du maire de Braunau, Johannes Waidbacher, d'y créer des logements, a suscité une vive polémique. Une quasi-invitation aux nostalgiques du IIIe Reich, se sont insurgés ses opposants. Après des mois de débats, la Volkshilfe (une organisation caritative) et l'université populaire devraient présenter début septembre un projet.


Ce feuilleton à rebondissements illustre le rapport ambigu de l'Autriche avec son passé nazi. Pendant une longue période, l'Autriche a pratiqué une "politique de l'oubli" et éludé sa complicité dans les crimes nazis contre l'humanité, se présentant comme "annexée" par l'Allemagne en 1938 lors de l'Anschluss et "première victime" d'Hitler. Cette attitude a évolué à la fin des années 1980 avec l'affaire Waldheim - la révélation du pas- sé nazi de Kurt Waldheim, ancien secrétaire général de l'ONU et président autrichien. La reconnaissance officielle d'une co-responsabilité ne remonte qu'aux années 1990 et le travail de mémoire n'a véritablement commencé qu'à ce moment là.


TEXTE : LUC ANDRE