Connexion-Emploi

Le site emploi franco-allemand

La gestion interculturelle franco-allemande à la côte

17 mai 2013

Des cabinets spécialisés en gestion interculturelle aident les entreprises, filiales ou équipes franco-allemandes à travailler ensemble en bonne intelligence. Une discipline qui entre progressivement dans les mœurs. TEXTE : MARC MEILLASSOUX



Paris_Berlin_LogoParisBerlin (http://www.parisberlin.fr) est le seul newsmagazine qui vous informe chaque mois sur l'actualité franco-allemande dans les domaines suivants : politique, économie, mode de vie, culture, éducation, médias.




Partenaires majeures, les entreprises françaises et allemandes peuvent connaître de fortes différences en termes de culture d'entreprise, de culture d'affaires et de rapports humains. De plus en plus, les entreprises font appel à des cabinets de gestion spécialisés dans l'interculturel : pour des cadres expatriés, des équipes mixtes ou une importante négociation à l'étranger. Sous peine de voir apparaître des "virus émotionnels", "ces sensations qui empêchent la convergence alors même que les acteurs veulent jouer carte sur table et qui naissent d'un conflit d'intérêt, d'un non-dit, d'une méfiance naturelle vis-à-vis d'une personne ou d'un jeu de pouvoir qui empêche l'échange", explique Pierre de Bartha, associé-fondateur de JPB et pionnier de la discipline. Par exemple, lorsqu'une ligne de production française doit être fermée et récupérée par des Allemands, et qu'on demande aux Français de faciliter la transmission. "Jouer le jeu de cette décision managériale sera vécu par les Français comme une demande de se passer une corde au cou et d'arroser l'arbre auquel la corde est attachée !" estime Pierre de Bartha.


Prise de conscience progressive


Depuis le premier séminaire organisé par JPB avec la Chambre de commerce franco-allemande en 1989, la gestion interculturelle a touché un public de plus en plus vaste, une évolution accélérée par les crises successives des vingt dernières années. Les spécialistes sont de plus en plus confrontés à des cas de filiales ou de sociétés rachetées "en souffrance", au sein desquelles ils chercheront à détecter les failles "business-culturelles" ou relationnelles. "Aujourd'hui, les entreprises ont pris conscience de ce paramètre, elles sont nombreuses à avoir eu de mauvaises expériences", observe Pierre Frot, directeur de la filiale allemande d'Advention Business Partners. Lors des fusions-acquisitions, il est désormais courant de voir un grand cabinet de conseil comme Mercer ou Mckinsey s'occuper de la mise en place des structures et procédures, et un cabinet comme JPB se concentrer sur l'instauration d'une base de confiance.


Internationalisation


Autre évolution, l'internationalisation: "C'est le changement majeur des dernières années : il y a de moins en moins de thématiques purement franco-allemandes, davantage concernent plutôt trois, quatre pays ou plus", explique Pierre Frot. Ainsi, BNP souhaitant cen- traliser certaines fonctions de sa filiale banque en Allemagne, a fait passer à toute la filiale allemande - en contact avec des pays des quatre coins du monde - une formation interculturelle. Une sécurité qui peut éviter des déconvenues comme lors de ce projet de coopé- ration franco-allemand au Japon qui tourne mal. À l'origine, un faux-ami en anglais dans la charte d'entreprise grippe tout le système: "commitment". Il a pour les Français une dimension morale : "je m'engage", c'est à dire "je suis prêt à tout faire pour", alors que pour les Allemands l'utilise dans une optique contractuelle "ich engagiere mich" ou "je suis prêt à m'engager seulement si je maîtrise parfaitement mon sujet". Résultat, les Français reprochent aux Allemands de ne jamais s'engager donc de n'avoir aucun esprit d'équipe, et les Allemands accusent les Français de s'engager tout le temps mais à la légère. Des malentendus comme en voient chaque jour ces spécialistes de l'interculturel, qui restent convaincus du potentiel des équipes multiculturelles : "avec une personne qui fait l'interface, elles peuvent atteindre des complémentarités exceptionnelles et déplacer des montagnes", assure Pierre de Braha.


TEXTE : MARC MEILLASSOUX