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Conflit d'entreprise entre la France et l'Allemagne : l'exemple du siège d'EADS

15. Juni 2012

En annonçant le départ de 200 à 300 cadres supérieurs de Munich à Toulouse, le nouveau patron du plus grand groupe européen d'aéronautique et de défense, Tom Enders, a provoqué la colère des Bavarois et des Allemands. TEXTE : FREDERIC THERIN



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Point de banderoles revendicatrices, de piquets de grève ou de distributeurs de tracts en colère... Devant le siège européen d'EADS à Ottobrunn, à la sortie de Munich, cette matinée hivernale ressemble à toutes les autres. Les employés attendent patiemment au volant de leur voiture de passer le portillon de sécurité pour rejoindre leurs bureaux abrités dans des bâtiments gris sans charme de cinq étages. Le sol est encore gelé et l'énorme magasin Ikea, construit tout près de là, n'a toujours pas ouvert ses portes. Pourtant, dans les couloirs de l'entreprise, tous les employés ne parlent que de LA nouvelle: le prochain transfert du siège du premier groupe européen d'aéronautique et de défense à Toulouse.


"Les rumeurs à ce sujet couraient depuis longtemps mais le timing de cette annonce nous a pris de court", raconte une salariée qui travaille sur l'Eurofighter, l'avion de chasse concurrent du Rafale. "L'arrivée d'un Allemand à la tête de l'entreprise nous avait même fait espérer que cette option serait abandonnée." Mais le réalisme bien germanique de Tom Enders a été plus fort que son nationalisme...


Rester serein


En voulant faire de la ville rose "le centre de gravité du groupe", l'ancien parachutiste souhaite rationaliser l'organisation d'une entreprise tiraillée entre la France et l'Allemagne. "On a des implantations partout en Europe, est-ce qu'on peut nier un instant que le plus gros établissement d'EADS dans le monde, c'est Toulouse", a expliqué à l'AFP Marwan Lahoud, le directeur général à la stratégie et à l'international d' EADS. "Il n'y a pas de transfert, on ne ferme rien, il faut rester très serein."


Entre 200 et 300 personnes devraient tout au plus quitter la Bavière pour rejoindre le sud-ouest de la France. "Peu de gens vont vraiment être concernés par cette mesure mais c'est surtout le symbolisme même de cette décision qui choque les gens ici", explique un cadre allemand. "On sent qu' EADS perd sa double identité pour devenir un groupe de plus en plus franchouillard." Les réactions outragées des politiciens bavarois et berlinois confirment ce sentiment.


Des racines bavaroises


Même s'il avoue comprendre que "la décision de regrouper les principaux cadres sur un seul et même site soit logique", le ministre de l'Économie de la région la plus riche d'Allemagne, Martin Zeil, a demandé à Tom Enders de ne pas oublier les "racines bavaroises d'EADS". Sa filiale locale, Astrium, construit ainsi ses satellites à Ottobrunn. Le siège d'Eurocopter est également tout proche, tout comme le site de production de fuselage d'Eurofighter. Près de 15200 salariés travaillent en Bavière pour EADS et le départ de ses dirigeants vers la France représente une claque pour l'ensemble de ce secteur qui emploie 36000 personnes dans la région.


Berlin l'a bien compris. Dans une lettre adressée à Tom Enders, le coordinateur pour l'industrie aéronautique du ministère de l'Économie, Peter Hintze, a ainsi expliqué que "le gouvernement voit avec beaucoup d'inquiétude la concentration et la centralisation de compétences à Toulouse". Visiblement étonné par la polémique créée par sa décision, Tom Enders a commencé par balayer les critiques en parlant d'une "tempête dans un verre d'eau". Il a ensuite cherché à calmer le jeu en expliquant que le groupe n'avait aucune intention de quitter la Bavière. Pour prouver ses dires, il a rappelé que l'entreprise avait encore recruté l'an dernier 600 salariés supplémentaires dans cette région et qu'il avait débloqué une enveloppe de 60 millions d'euros pour le futur campus baptisé Aerospace. "Ces annonces ne changent rien, résume l'employée d'Eurofighter. Quelque chose s'est cassée avec Tom Enderset il aura bien du mal à retrouver notre confiance."


TEXTE : FREDERIC THERIN