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Comment l'Allemagne se mobilise au défi du manque de main-d’œuvre qualifiée

28 juin 2011

À l'étranger, elle suscite l'admiration. En Allemagne, elle ne va pas sans interrogations. La bonne santé du marché du travail allemand fait partiellement écran à une autre réalité : la menace d'un manque de main d'œuvre qualifiée. Le gouvernement, qui s'en inquiète, réunit ce mercredi un sommet avec les partenaires sociaux afin de dégager des solutions. Il souhaite miser sur la formation, ainsi que sur le retour au travail des femmes et des seniors inactifs. L'ampleur du recours à l'immigration de travail, en revanche, demeure controversée.

La ministre du Travail et des Affaires sociales, Ursula von der Leyen, qui avait été parmi les premières à tirer la sonnette d'alarme face à la pénurie de main-d'œuvre qualifiée, voit ainsi ce bouleversement comme une opportunité. « Le manque de main-d'œuvre qualifiée est le défi majeur auquel l'Allemagne doit faire face », analysait-elle dimanche dans un entretien accordé à la presse. « Il arrive très vite. De nouvelles perspectives s'ouvrent pour de nombreux jeunes, femmes, seniors, ainsi que pour les chômeurs de longue durée » (voir ci-dessous).

Femmes, seniors, immigrés, un potentiel inexploité

Tel est aussi l'avis de la chancelière Angela Merkel. Certes, on ne peut pas « faire de chaque chômeur de longue durée un ingénieur », a-t-elle déclaré lundi. Mais, face à la pénurie d'actifs qualifiés, « nous sommes loin d'avoir épuisé » les possibilités existant sur le marché du travail national. Lorsque le budget fédéral consacré au chômage de longue durée atteint 40 milliards d'euros, les responsables politiques ne doivent pas seulement lorgner sur la main d'œuvre qualifiée étrangère mais prendre en considération l'insertion de ces personnes, affirme-t-elle.

De fait, les femmes au foyer sont encore nombreuses en Allemagne. Elles constituent un réservoir important de main-d'œuvre souvent qualifiée, et partant une cible privilégiée pour le gouvernement. « C'est un fait : il y a environ six millions de femmes qui ne travaillent pas, aujourd'hui en Allemagne », explique Mme von der Leyen. « Nombre d'entre elles souhaitent travailler. Parmi les mères d'enfants de moins de dix ans, un tiers émettent ce souhait. Et beaucoup d'employées à temps partiel aimeraient en faire davantage. La volonté est là mais les structures ne suivent pas. »

En effet, il reste beaucoup à faire pour permettre à toutes les femmes de concilier emploi et vie de famille. Et chacun a un rôle à jouer. « Les entreprises doivent créer des conditions de travail propices à la vie de famille. Les Länder doivent construire des écoles à plein temps et des crèches », détaille la ministre, en promettant de les en convaincre.

Autonomie financière des femmes

Ce n'est, cependant, pas tout. Le gouvernement allemand entend promouvoir l'autonomie financière des femmes dans son ensemble. Il souhaite notamment les empêcher de tomber dans le piège fréquent d'emplois précaires finalement sans perspective. « C'est un sujet que nous allons examiner à l'automne », annonce la ministre.

Plus généralement, c'est un nouvel arsenal de mesures qu'il faut désormais élaborer. Il faut ainsi multiplier les possibilités d'emploi pour les seniors et les immigrés déjà établis en Allemagne, par exemple via des efforts de formation. Enfin, il faut offrir des opportunités d'emploi dignes aux jeunes. « Il s'agit aussi de ne pas laisser les meilleurs diplômés de nos universités s'user éternellement dans des stages et des CDD jusqu'à ce qu'ils prennent le chemin de l'étranger », a prévenu, lundi, la chancelière Angela Merkel.

Voir l'article original sur le site du CIDAL : Mobilisation face au défi du manque de main-d'œuvre qualifiée

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