Connexion-Emploi

Le site emploi franco-allemand

Allemagne - Suisse : "Je t'aime... pas du tout"

19 septembre 2013

Depuis une dizaine d'années, la Suisse est devenue une terre d'accueil plébiscitée par de nombreux Allemands. Cette immigration massive n'est pas sans créer des tensions. TEXTE : MARC MEILLASSOUX



Paris_Berlin_LogoParisBerlin (http://www.parisberlin.fr) est le seul newsmagazine qui vous informe chaque mois sur l'actualité franco-allemande dans les domaines suivants : politique, économie, mode de vie, culture, éducation, médias.




Les Allemands aiment la Suisse. La réciproque est-elle toujours vraie ? Sur les dix dernières années, les ressortissants allemands sont (re-)devenus la première communauté dans la Confédération helvétique. D'après l'association des Allemands de Suisse, ils seraient aujourd'hui près de 500 000 sur le territoire pour une population de près de 8 millions d'habitants, soit environ 6% de la population. L'accord bilatéral signé en 2002 par la Confédération helvétique et l'Union européenne facilitant les mouvements des ressortissants européens dans la Confédération helvétique a offert un cadre favorable à cette immigration. Le partage de la langue, la qualité de la vie, les hauts salaires et les perspectives fleurissantes d'emploi et de promotion ont fait le reste.
"La plupart de nos adhérents sont venus ici avec un travail en poche. La composante salaire existe effectivement, notamment chez les médecins, mal payés en Allemagne, ou pour les chefs d'entreprise qui bénéficient ici d'une fiscalité plus clémente", confirme Matthias Estermann, président de l'association.


Le lien entre l'Allemagne et la Suisse est également empreint d'Histoire, le petit voisin ayant été une terre régulière d'accueil durant les années de guerre ou d'avant-guerre. Ainsi, avant la Première Guerre mondiale, la communauté allemande représentait près de 10 % de la population helvétique.


Faits divers et sentiment de rejet


Aujourd'hui, après une décennie de forte immigration allemande, la tendance serait pourtant en train de s'inverser. "Le renouveau sur le marché du travail allemand a inversé la dynamique et on enregistre depuis trois ans un solde migrateur négatif", affirme ce financier originaire d'Hambourg. Pour certains, la montée d'une forme de germanophobie n'est également pas étrangère au retour au pays de nombreux Allemands.


Ces dernières années, la presse alémanique s'est en tout cas emparée du sujet et rapporté de nombreux témoignages: insultes, dégradations de véhicules et de bâtiments, menaces... "Il y a effectivement des plaintes de touristes allemands, mais on ne peut pas conclure à un quelconque phénomène de germanophobie", tempère-t-on chez Suisse-Tourisme. Pour Jonas, trentenaire allemand qui fait la navette entre Zurich et la capitale allemande, le sentiment de rejet est palpable au quotidien. "Il y a parfois une forme d'agressivité quand les gens remarquent le dialecte allemand, alors dans la rue on se force à parler suisse-allemand... voire anglais", explique ce diplômé en économie de l'université Humboldt de Berlin.


Concurrence accrue


Parmi les griefs adressés aux Allemands, on parle de leur supposé communautarisme ou de l'"opportunisme" qui motiverait leur venue: profiter des hauts salaires et des possibilités de carrière avant de rentrer au bercail. "Par opposition à l'immigration venue du sud de l'Espagne ou des Balkans, l'immigration allemande de cette dernière décennie est très formée et occupe des postes à responsabilité. Les Allemands sont alors vus comme des concurrents par une partie de la société civile", explique le porte-parole d'une mairie suisse-allemande.


Certains les tiennent alors responsables de la hausse des loyers dans les centres-villes, les accusent de favoriser l'embauche de leurs compatriotes ou dénoncent une sur-représentation dans les postes à responsabilité.


En janvier 2013, une polémique a ainsi éclaté après le départ à la retraite du dernier professeur suisse de l'Institut des médias de Zurich, Heinz Bonfadelli, les autres chaires étant occupées par quatre Allemands et un Autrichien. Lors de la présélection des candidats à sa succession, aucun Suisse n'a été retenu. "Ce phénomène n'est pas représentatif de la réalité du terrain, c'est un sujet monté en épingle par les médias, qui surfent sur la vague de discours politiques marginaux", rétorque Anna Schindler, directrice du service du développement urbain de la ville de Zürich, qui gère notamment les questions d'intégration.


Tensions politiques


Pour ne rien arranger, les récentes relations diplomatiques entre les deux pays ont été pour le moins orageuses. Les tentatives avortées pour parvenir à un accord fiscal entre les deux pays, la pratique de rachat de listes d'exilés fiscaux allemands par certains Länder et la remise en cause du secret bancaire ont fait renaître les craintes de voir la Suisse perdre son indépendance sous la pression du voisin allemand.


Plus récemment, la décision unilatérale de l'Allemagne d'interdire le survol de nuit du territoire allemand à proximité de l'aéroport de Zurich a également montré le visage d'une Allemagne autoritaire et arrogante.


Sur le plan local, les partis nationalistes suisses comme l'UDC soufflent également sur les braises, jouant sur la fibre anti-immigrationniste et anti-européenne. Il y a un an, la députée Natalie Rickli (UDC), avait relancé la polémique en réclamant une clause pour stopper l'immigration allemande, "trop nombreuse dans le pays". Pour l'UDC, fort de 54 des 200 "représentants nationaux" de la chambre basse suisse, l'enjeu n'est peut-être pas si anodin qu'il y paraît.


Internationale et branchée, Zurich est une ville verte où il fait bon vivre


D'après l'hebdomadaire britannique The Economist, Zurich est la deuxième ville la plus agréable à vivre au monde. Place financière et métropole multiculturelle, à la fois historique et moderne, la ville est plébiscitée par les étrangers qui viennent s'y installer en masse. Ici, 30% des habitants sont étrangers et 60 % ont au moins un parent étranger. "C'est une ville très agréable à vivre, à la fois calme et active. D'un côté le lac, les Alpes, la nature et de l'autre, une vie culturelle et nocturne très riche", explique Jonas, jeune Allemand travaillant entre Zurich et Berlin. Il évoque aussi une dimension historique liée à son pays d'origine.


En effet, c'est à Zurich, dans le Cabaret Voltaire qu'est née en 1916 l'école dadaïste, sous l'impulsion d'artistes allemands comme Hugo Ball. Le Schauspielhaus, théâtre renommé de la ville, doit également sa notoriété à l'afflux massif dès 1933 de metteurs en scène et acteurs allemands, comme Albert Basserman, et plus tard Bertolt Brecht.


Autre incontournable, le café Odéon - qui a compté comme habitués Karl Marx, Lénine ou Stephan Zweig. Outre la vieille ville, ses ruelles étroites, ses maisons médiévales et ses troquets, la vie nocturne zurichoise est également réputée. On retiendra notamment les nombreuses piscines au bord du lac, qui la nuit tombée se transforment en discothèques ou l'ancienne zone industrielle à l'ouest de la ville, transformée en fief nocturne, avec notamment la Rote Fabrik, place forte de la scène alternative zurichoise.


La proposition du maire de Braunau, Johannes Waidbacher, d'y créer des logements, a suscité une vive polémique. Une quasi-invitation aux nostalgiques du IIIe Reich, se sont insurgés ses opposants, privilégiant la création d'un Musée de la responsabilité. Pour couper court, un député russe Franz Klintsevitchn a proposé de racheter la demeure datant du XVIIe siècle et de la raser, en signe de victoire finale sur le nazisme. Problème : l'endroit est classé monument historique. Excédé par les remous suscités par cette proposition, un élu local s'était exclamé dans la presse qu'Hitler" avait simplement fait dans ses couches" à Braunau.


Après des mois de débats, la Volkshilfe (une organisation caritative) et l'université populaire devraient présenter début septembre un projet. Ce feuilleton à rebondissements illustre le rapport ambigu de l'Autriche avec son passé nazi. Pendant une longue période après la guerre, l'Autriche a pratiqué une "politique de l'oubli" et éludé sa complicité dans les crimes nazis contre l'humanité, se présentant comme "annexée" par l'Allemagne en 1938 lors de l'Anschluss et "première victime" d'Hitler. Cette attitude a évolué à la fin des années 1980 avec l'affaire Waldheim - la révélation du passé nazi de Kurt Waldheim, ancien secrétaire général de l'ONU et président autrichien. Oublier ou s'y confronter ? La reconnaissance officielle d'une co-responsabilité ne remonte qu'aux années 1990 et le travail de mémoire n'a véritablement commencé qu'à ce moment-là. Une étrange amnésie collective, largement dénoncée dans les œuvres contemporaines de l'écrivain Elfriede Jelinek ou le réalisateur Michael Haneke.


TEXTE : MARC MEILLASSOUX