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Allemagne, géant d'Export aux pieds d'argile ?

24 février 2011

Alors que la "Grüne Woche" vient de s'achever à Berlin et que cette année se tiendra, en octobre, le plus grand salon mondial de l'agroalimentaire à Cologne, l'occasion s'impose de comprendre les raisons d'une percée fulgurante. TEXTE : REGIS PRESENT-GRIOT



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Le récent scandale de la dioxine aura eu au moins le mérite de rappeler que l'Allemagne, puissance industrielle exportatrice, est aussi un géant mondial de l'agroalimentaire. Elle a ainsi, depuis 2008, ravi à la France sa place de troisième exportateur mondial dans le secteur (derrière les États-Unis et les Pays-Bas). Une importance à nuancer tout de même. Au regard du commerce extérieur global de la République fédérale, les chiffres de l'agroalimentaire restent modestes : avec des exportations s'élevant tous secteurs confondus à 808,2 milliards d'euros (solde positif de 134,2 milliards) en 2009, les quelque 50 milliards d'exportations alimentaires (à 80% absorbés par l'UE) paraissent presque modestes. D'autant plus que si le pays est un acteur incontournable sur le marché mondial de l'alimentation, c'est aussi parce qu'il est le deuxième importateur mondial du secteur. Il n'y a donc pas d'excédents mais un léger défi cit (-9 milliards à peu près ces dernières années). En fait, la percée s'apprécie surtout dans sa dynamique : ces dix dernières années, les exportations agroalimentaires ont doublé, elles ont même été multipliées par quatre depuis 1980.


Le secret de la réussite


Dans le sillage des reproches de Christine Lagarde, ministre française de l'Économie, sur le côté "trop performant" du voisin, l'idée d'une "distorsion de concurrence" s'est répandue chez ceux qui, en France, cherchent à expliquer la réussite allemande dans un secteur longtemps chasse gardée de l'Hexagone. Le syndicat agricole majoritaire en France, la FNSEA, s'est ainsi fendu d'un document analysant ces écarts de compétitivité. En vrac, on évoque l'accès plus cher (taxes) et compliqué (autorisations) aux produits phytosanitaires, la faiblesse française de la filière de méthanisation agricole (installation et rémunération très en deçà de l'Allemagne) qui procure de substantiels compléments de revenus aux exploitants allemands mais surtout ce sont les coûts salariaux (absence de SMIC en Allemagne, exonération de charges sur les saisonniers) qui retiennent l'attention.


Même son de cloche lors d'une rencontre en mai dernier à l'Assemblée nationale entre députés et spécialistes autour de ces fameux "écarts de compétitivité". Marc Le Fur, président du groupe d'études des députés pour l'agroalimentaire s'exclame même : "Nous avons une vraie difficulté avec la concurrence allemande." Soucieuse de calmer le jeu, l'ambassade d'Allemagne à Paris organise en octobre dernier dans le magnifique Palais de Beauharnais, résidence de l'ambassadeur, une soirée-rencontre entre professionnels des deux côtés du Rhin sur le thème de la "compétitivité" dans le secteur.


Là aussi, ce sont les mêmes arguments pour expliquer l'inversement de positions en quelques années entre les deux partenaires.


L'influence du discount


La réalité est comme souvent sans doute plus complexe. Même si les revenus liés à la production de méthane sont un véritable ballon d'oxygène pour les agriculteurs allemands et que les coûts de main-d'oeuvre sont effectivement plus bas en Allemagne, le différentiel de performance peut se lire autrement. Le gros de la perte d'excédents français concerne les produits transformés. Or, sur ce segment, côté allemand, l'importance de la distribution discount exerce depuis des années une pression sur les prix à laquelle ont pu relativement échapper les producteurs français. Cette puissance du hard discount semble avoir eu deux conséquences : d'abord, une meilleure adéquation de l'offre à un marché fi nal extrêmement concurrentiel, mais aussi un volontarisme exportateur, ne serait-ce que pour échapper aux prix serrés du marché allemand. Peter Bleser, député et paysan, en charge de l'agriculture au sein du groupe CDU-CSU le reconnaît : "Notre pays a décidé de trouver des débouchés sur les marchés extérieurs." Sabine Eichner Lisboa, directrice de la Fédération allemande de l'industrie alimentaire, le confi rme : "Nous sommes allés chercher des débouchés à l'étranger pour améliorer notre rapport qualité/prix." Toutefois, le scandale de la dioxine a montré qu'en matière d'alimentation, la recherche du plus bas prix peut avoir un coût élevé.


TEXTE : REGIS PRESENT-GRIOT