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L'impossible deuxième enfant

L'Allemagne devrait perdre d'ici à 2060 entre 12 et 17 millions d'habitants. Un chiffre choc pour un phénomène bien connu des démographes. Malgré la politique volontariste du salaire parental introduite par l'ancienne ministre de la famille Ursula von der Leyen, la baisse de la population allemande est irréversible. TEXTE : CAROLINE BRUNEAU



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Des café familiaux, des crèches toutes neuves, des boutiques pour bébés à tous les coins de rue : à regarder ce qui se passe à Friedrichshain, dans l'est de Berlin, la politique familiale est un vrai succès. À tel point que le manque de place en crèche se fait déjà sentir, comme pour Katharina. Cette jeune maman de 33 ans n'a pas trouvé de place pour sa fille de 11 mois.


Le salaire parental : une mesure décisive dans la décision de faire un enfant


Cet après-midi, elle organise une rencontre avec six mamans et papas et leur bébé. Entre le latte macchiato et le Stollen, ces Allemands sont unanimes : le salaire parental, entré en vigueur au 1er janvier 2007, a été décisif dans leur décision de faire un enfant.
À première vue la politique volontariste d'Ursula von der Leyen, elle-même médecin et mère de sept enfants, a atteint son but : encourager les diplômés à faire des bébés. "Je lui tire mon chapeau pour tout ce qu'elle a accompli", reconnaît Silvana. Alors, prête pour ce deuxième enfant qu'elle imaginait avoir ? La réponse tombe, coupante : "Non. Mon mari a déjà une fille d'une précédente union, ce serait trop compliqué logistiquement de caser trois enfants dans la voiture lors des départs en vacances." Et le rêve de la famille idéale se brise sur les contraintes matérielles.


L'enjeu du deuxième enfant


Ce deuxième enfant, c'est pourtant l'enjeu de la politique nataliste allemande. "Ce qu'il faut, c'est permettre aux femmes de réaliser leur désir d'enfant, qui se situe en moyenne à 1,7 enfants", explique Steffen Kröhnert, sociologue à l'institut pour la population et le développement. Mais avec seulement 1,4 enfants par femme, les Allemandes sont en queue du peloton mondial de la natalité. Seuls le Japon, Hong-Kong et le Vatican font pire.


L'instauration du salaire parental (Elterngeld) et de l'abattement fi scal pour les enfants avaient laissé entrevoir un changement : en 2007, pour la première fois depuis les années 70, le nombre de bébés avait progressé (+12 000 naissances), et l'embellie s'était poursuivie en 2008 avec un nombre de naissances stables. "Cette politique est bonne, mais elle arrive trop tard. Chaque génération née depuis 1964 est plus petite d'un tiers que celle qui la précède", explique le sociologue. La pyramide des âges qui s'affiche sur son ordinateur ne laisse pas de doute : l'âge médian allemand est désormais de 46 ans, et le nombre de femmes en âge de procréer se réduit inexorablement.
Même si toutes les Allemandes se mettaient à avoir deux enfants, elles ne sont pas assez nombreuses pour enrayer le retard pris depuis trente ans.


L'Allemagne du futur ne sera plus jamais aussi riche qu'elle l'a été


D'autant plus qu'un autre modèle est en train de se renforcer : celui de la femme sans enfant.
"25 % des Allemandes ne deviennent jamais mère, ce qui est unique au monde", souligne Steffen Kröhnert. De multiples raisons expliquent ce rejet de la maternité : la longueur des études, le manque chronique de structures d'accueil, le mythe de la "mère corbeau", cette Rabenmutter jugée par la société si elle osait travailler plutôt que rester à la maison.
Le monde du travail n'a pas non plus aidé les femmes : jusqu'au milieu des années 80, les syndicats attaquaient le travail féminin, responsable selon eux du chômage galopant.
La réalité est pourtant tout autre. Pour le sociologue, "si les femmes ne peuvent pas concilier famille et travail, elles renoncent aux enfants. Or une société en déclin démographique cesse d'innover et s'appauvrit. Il faut se faire à l'idée que l'Allemagne du futur ne sera plus jamais aussi riche qu'elle l'a été, sans compter le problème des retraites."


TEXTE : CAROLINE BRUNEAU