Un bilan de l'emploi en Allemagne en demi-tente

PB Bilan de l'emploi en AllemagneLa baisse continue du chômage dope la popularité de la chancelière. Mais les conséquences sociales sont lourdes. TEXTE : CECILE CALLA


Paris_Berlin_LogoParisBerlin (http://www.parisberlin.fr) est le seul newsmagazine qui vous informe chaque mois sur l'actualité franco-allemande dans les domaines suivants : politique, économie, mode de vie, culture, éducation, médias.


Sur le papier, les chiffres du marché du travail sont étincelants : 6,7 % de chômeurs en décembre 2012, tendance à la baisse, 41,5 millions d'actifs en 2012, un nouveau record. Même le nombre de chômeurs de longue durée s'est fortement réduit, passant de 1,7 million en 2007 à 1,05 million en 2011, soit de 46% à 35% du total des sans-emploi. Dans la perspective des élections législatives en septembre prochain, la chancelière Angela Merkel (CDU) sait qu'elle a un atout majeur dans son jeu pour faire campagne et renouveler son mandat. Seulement, elle ne peut pas s'attribuer à elle seule la paternité de cette réussite.

Outre le retour de la croissance, cette bonne évolution tient en grande partie aux réformes de l'agenda 2010 décidées par son prédécesseur Gerhard Schröder (SPD), qui ont flexibilisé le marché du travail et durci les conditions d'indemnisation des chômeurs, mais aussi à l'introduction du chômage partiel par le gouvernement de Grande coalition CDU-CSU et SPD (2005-2009) pour permettre à l'économie allemande de digérer la crise.

Surtout, le bilan sur le front de l'emploi est loin d'être parfait. La baisse du chômage s'est accompagnée d'une expansion du secteur à bas salaires et d'une augmentation des inégalités sociales. Le nombre de salariés en situation précaire a bondi : 7,6 millions de personnes, soit près d'un Allemand sur quatre selon le NAK (une association d'organisations caritatives et de syndicats), touchent un salaire de misère qui les oblige à demander des aides de l'État. Selon une étude d'un institut de recherches sur le travail (IAQ) 23,1 % des salariés ont reçu un salaire à moins de 9,15 euros de l'heure en 2010 et près de 4,1 millions de salariés gagnent moins de 7 euros bruts de l'heure.

Au total, 19,9 % des Allemands sont menacés par la pauvreté. Angela Merkel a promis d'agir dans ce domaine avant la fin de la législature. Le sujet est brûlant comme le prouve la polémique, en novembre dernier, autour d'un rapport public sur la pauvreté dont certains passages sur l'inégale répartition des richesses et sur les écarts de salaires ont été supprimés. Peer Steinbrück, le candidat SPD, ancien proche de Gerhard Schröder, se trouve donc face à un paradoxe : il pourrait revendiquer plus fortement l'héritage des réformes de l'agenda 2010. Mais le SPD ayant choisi de faire campagne sur la justice sociale et la lutte contre les inégalités sociales, il est condamné au silence et doit regarder Mme Merkel cueillir les lauriers de la réussite.

TEXTE : CECILE CALLA